Protégé : Alcool

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Protégé : Un enterrement

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Protégé : La nuit

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Protégé : Karel

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Party of three

AVIS AUX LECTEURS
Bien loin de prétendre au prochain prix littéraire mais soucieuse de garder une certaine exclusivité, j’installe un système de mot de passe pour les prochains extraits de romans. Si ça t’intéresse tu m’envoies un MP ou un mail (indiqué sur mon blog) et bam, à toi la lecture.
La bisouille.

Sally était tirée du sommeil par le tambour de la pluie contre les fenêtres. Les paupières lourdes, elle vit Harmony la fixer avec des yeux ronds et son corps se balancer d’avant en arrière avec une régularité de métronome.

« – Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Sally

« – Mon père vient de mourir. lâcha-t-elle. « Sally, ça y est. Annie vient de m’appeler. Putain de merde

– Comment tu te sens? dit Sally en s’asseyant derrière Harmony, ses jambes autour d’elle dans un geste… ben maternel.

– Vide.

– Tu as fumé? »

Harmonie brandit sa pipe et une bouteille en guise de réponse. Son débit était frénétique

« – Tu te rends compte, on va l’enterrer dans trois jours !!! Qu’est-ce que je vais mettre? J’ai plus rien à me mettre!

– Mais qu’est-ce que tu racontes?

– Tu as mis quoi, toi, pour l’enterrement de ton père?

– Je sais plus, c’est quoi cette question? »

Harmony lui tendait un verre.

« – Tu t’en souviens pas?

– Merci. Si je m’en souviens, je portais du bleu marine, Sally porta le verre à ses lèvres :
« Je déteste cette putain de couleur.

– Oui mais plus précisément, c’était quoi tes fringues?

– Tu crois pas que t’as d’autres choses à penser que de savoir ce que je portais?

– Non, ils sont morts le même jour, Sally ! Ding, ding, ding, on est le 6 ! C’est un signe. C’est le signe qu’on est liées karmiquement toutes les deux, tu comprends ? Je dois porter la même chose que tu portais il y a dix ans,  d’accord ? Alors réfléchis, merde!

– Ok quelle grosse montagne de conneries… Normal. D’accord, d’accord. Alors attends voir, Marguerite voulait me faire porter du bleu marine parce qu’elle jugeait le noir vulgaire. Ok, je me souviens.

– Et?

– Et jamais de la vie tu porterais ce que je portais.

– Genre?

– Genre t’aurais l’air d’une foutue catho, Harmony.

– Parce que je suis quoi d’après toi ? hurlait-elle

– Ok, t’énerve pas. J’avais de ces serre-tête à dents qui te défoncent le crâne. Euh.. un cardigan bleu marine avec un blason, une jupe plissée bleue marine, un chemisier blanc, des mocassins à glands.

– Merde.

– Tes idées à la con, aussi… et je te dis ça avec tout mon amour. »

 

Une bouteille de vodka plus tard, Harmony ronflait sur le lit, complètement nue. Elle avait tenu à ce que chacune enfile la tenue de l’autre. Une lubie régulière dont Sally ne bitait ni les tenants ni les aboutissants. Aussi Harmony était-elle nue et Sally dans la robe à fleurs tâchée du sperme de Manu.

Sally s’ennuyait et dessinait des étoiles sur l’écran de la télévision. Le corps de sa colocataire était couvert de grains de beauté, sa peau avait l’aspect laiteux caractéristique des rousses mais son pubis châtain lui l’effet de ne pas assumer les choses. En conséquence de quoi, elle profita du coma de sa colocataire pour faire un peu la conne. Elle manqua de se casser la gueule sur une flaque dans la salle de bain et en conclut que l’une d’elles avait pissé par terre. Une vieille tondeuse était rangée à sa place sous le lavabo, chargée, prête à faire un carnage avec les poils d’Harmony. Ce que Sally trouvait sensass avec le sommeil de son amie , c’est qu’elle seule pouvait lui faire à peu près tout sans qu’elle ne se réveille. Sally ôta le sabot et s’attaqua la toison noisette, les poils volèrent dans le lit défait et ne tardèrent pas à venir lui chatouiller les narines.

 

Sally repensait à sa prof d’Arts du lycée et du thème « déconstruction/construction » qu’elle avait complètement foiré et qui lui avait valu la sentence définitive: son travail ne verrait jamais la FIAC.

On frappait à la porte, c’était Manu.

« – Qu’est-ce que tu fais là ? aboya-t-elle

« – Je viens voir ta copine.

– Elle n’est pas décente là, et elle dort. Enfin, je crois, je suis jamais sûre.

– Bon, ça tombe bien, c’est toi que je viens voir. T’as l’air dé-faite. » articula Manu « Qu’est-ce que tu faisais?

– Je faisais une déconstruction/construction sur la chatte d’Harmony. »
Sally remarqua que si le jeune homme avait pris la peine de rentrer chez lui, il n’avait pas pris celle de pendre une douche ou de se changer.

Il se pencha sur le pubis de son amante :

« – C’est …. Hitler ?
– Je ne suis pas sûre de ce que je vais faire des poils qui restent mais j’ai bien-envie de les utiliser.

Manu balança ses baskets dans un coin de l’appart et sa veste à l’opposé, ça plaisait à Sally, sa débilité adolescente.

« -T’as pensé à les lui coller entre les sourcils?
– Non putain mais c’est une excellente idée !

Manu dessinait de minuscules croix gammées sur le ventre de son amante pendant que Sally partait à la recherche d’un tube de colle dans le dressing

« -Il faudrait aussi peigner les cheveux et la moustache avec la colle. C’est quand même très frisé, là. fit-il remarquer.
« -Une chose à la fois, dit-elle, je n’ai toujours pas la colle. T’as pas du Pento?
« -Non mais je viens de trouver un peigne dans votre bordel, c’est déjà énorme.
– Le père d’Harmony est mort ce matin.
– Oh merde, la pauvre… De quoi?
– Pneumonie.
– Mais c’est dégueulasse ce que tu fais !
– Ah, fit Sally, c’est vrai ! J’avais oublié que tu la connaissais depuis quoi ? Quarante-cinq minutes ? Elle n’est pas juste bêtement triste, je t’assure. Elle est… je ne sais pas. Décontenancée? Désœuvrée? Coupable?
– Je comprends rien.
– Son père a eu un AVC, il y a dix ans, suite à une chute provoquée une mauvaise cuite . Il était dans le coma depuis. Elle hérite d’un appartement dans le seizième et est soulagée de son père, que demande le peuple? Aide-moi, tiens les poils.
– Toi, ça se voit que tu n’as jamais perdu un proche. asséna, Manu, dégoûté.
– Sans doute. Passe-moi le peigne, s’il-te-plaît.
– C’est pas de la colle forte au moins?
– Mais nan !!!

 

Il était cinq heures quand elle avait joui dans la bouche de Manu. Il avait suffi qu’il lui demande si elle y entravait quelque chose à la tendresse des hommes, celle qui est maladroite comme Bambi qui apprend à marcher. Elle s’était coulé sur ses genoux, collé son corps adolescent à son corps adolescent, son sexe plaqué sur le sien à travers la toile tendue de son pantalon, elle avait planté ses ongles dans sa barbe et dans sa tignasse aux boucles chaudes pour attirer sa bouche contre sa gorge. Elle le tirait partout: barbe, cheveux, oreilles. Assis l’un sur l’autre sur le sol à ondoyer comme des vipères débiles. Il a passé une main sous ses fesses et a enfoncé trois doigts dans la bonne-bouche-ruisseau. C’est bien la même robe mais le goût est différent. Il porte les doigts mouillés à son nez et à sa bouche, puis à la sienne. De l’autre main il l’écarta pour sortir de son pénis de son pantalon, palpitante turgescence mignonne et elle se plaqua contre lui à nouveau. Elle l’aspire, Ils tremblent. En trois énergiques coups de rein, il éjacule. Sally feulait, elle trépignait et le frappait. Il la jeta sur le lit où sa tête cogna contre le genou d’Harmony. Manu grignotait ses petites viandes fragiles et poissées. Sally jouissait fort et très vite avant de lui décocher un coup de pied dans la mâchoire. Manu s’en mordit la langue. Alors, Sally sentit la main d’Harmony caresser ses cheveux, elle vit sa tête s’approcher, se poser au-dessus de son visage pour lui offrir un long baiser. Manu s’était levé, du sang coulait de sa lèvre inférieure qu’il tenait d’une main et s’était mis à casser les bouteilles vides en gueulant qu’elles étaient folles, furieuses, salopes ! Il ne récolta en réponse que deux rires gutturaux.

Gloutonnes.

1992

« Papa est mort. Maman se tient devant nous. Pourquoi pleure-t-elle cette fois-ci? »

Instantanément, à la seconde même où leur prononce les mots, Jokabeth fond en larmes. Sally ne comprend pas comment elle fait. Des sanglots obèses et bruyants. La tête dans ses deux mains,elle voit sa sœur prise de hoquets, son petit ventre se retourner comme un gant, ses jambes maigres dépasser de son tee-shirt de nuit. Papa est mort. Elles le savaient maintenant. Toute leur vie, il sera mort. Quand elles seront grandes, il sera mort. Sally a compris ce qu’a dit sa mère, elle a compris pourquoi sa sœur et elle pleuraient si fort mais elle ne sait pas ce qu’elle doit faire. Il serait sans doute de bon ton de se joindre à elles. Où est-il, déjà? Marguerite s’assied entre ses filles sur le canapé de tissus crème, pour les prendre dans ses bras aujourd’hui inutiles. Ce souvenir qui restera, Jokabeth a pleuré avant Sally.

« On va se serrer les coudes, hein? On va se serrer les coudes. » Où est-il? Il est à la morgue. La maison paraît plus petite, chaque chose rétrécit et finalement, comme tout le monde, Sally pleure. Pourquoi il est mort, Maman? Il était trop malade, mon chaton. Ça n’avait rien de réel, ça sonnait plutôt comme des dialogues Lassie, chien fidèle.

Marguerite passe toute la matinée au téléphone et Sally profite de sa dévotion à prévenir la terre entière pour se gaver de Milky Way, chose qu’elle n’a pas le droit de faire d’ordinaire en lisant un album de Tintin. Elle ne sait pas où est Jokabeth. Si, elle est dans la chambre avec leur mère. Depuis un an, Sally et son père partageaient la même chambre, Sally le jour, son père la nuit. Drôle de petite chambre au papier peint Laura Ashley, aux placards emplis de vêtements d’homme et d’armes à feu cachées. Au bureau de petite fille où s’entassent les journaux intimes, les Hara-Kiri, les dessins, les blocs d’ordonnances, les Roald Dahl et les médicaments. Ce père qui menace de tuer dort dans son lit. Dans sa couette à feuilles de lierre, avec ses peluches. Sally dort dans la chambre de Jokabeth. Marguerite téléphone dans sa chambre. Ça a un côté risible. Sally regarde cette chambre. Son père gémissant, jurant, mauvais comme la peste. Un pantin cinglé dans un tee-shirt Mickey Mouse, qui crie qu’il tuerait pour dormir. Un homme pervers qui hurle que leurs vies de gamines font trop de boucan. L’humour dans la mort, c’est la trivialité des instants graves. Peut-on imaginer qu’un homme en tee-shirt Mickey a des envies de massacre? Sa maladie physique, c’est une blague. Sa folie est une très mauvaise farce. Elles ont frôlé le fait-divers.

A l’heure du déjeuner, la maison est remplie de gens. Les amis qui ne savaient pas que Marc-Charles était devenu un monstre. Ils apportent à manger. Ils couvrent tous les miroirs de la maison. Ils pleurent aussi. Et Shi’vah commence. Sally ne veut pas aller à l’école demain.

Partie II Boulevard de Charonne

Dehors, le boulevard de Charonne était chaud. C’était l’heure des gens pressés de rentrer chez eux. C’était l’heure des bobos attardés aux terrasses des cafés; la rue de Bagnolet grouillait de parisiens, ses trottoirs trop étroits sont autant d’obstacles pour Harmony et par extension, pour sa compagne agoraphobe. Elles passèrent devant le Gobe-Lune où se trouvaient déjà Jean, Séti et Manu. Elles les retrouveraient tout à l’heure.

 

Dans la supérette, il est impossible de se déplacer de face. Les gens se faufilent de profil. Sally appelle la caissière pour qu’elle ouvre la vitrine des alcools et choisit deux bouteilles d’Absolut. Harmony la rejoignait les bras chargés de packs de bière, les poches pleines de mayonnaise et de rillettes de thon. Elle avait aussi volé des tampons et une paire de bas noirs. En faisant la queue, elles commentaient le physique des gens dans la file. Décrétant que l’homme devant elles ressemblait à Pascal Sevran, que la femme avec lui était taillée comme une bouteille de Perrier. L’adolescent qui les précédait avait une peau à avoir mauvaise haleine. La vieille qui était quant à elle en train de payer ses articles devait être greffière dans une autre vie pour que son corps lui en veuille à ce point dans celle-ci. Ça leur faisait passer le temps. Harmony et elle décapsulèrent  une bouteille et la vidèrent d’un trait. La caissière leur fit les gros yeux, elle détestait les voir boire dans son magasin. Comme une cloche anar’, Harmony rota haut et fort pour lui signifier son point de vue .

 

La chaleur montait du ventre de Sally, dénouant un peu ses épaules . Elle en ouvrit une autre, versant la bière en pente raide dans sa gorge et petit à petit, ça cesserait d’appeler à l’aide sous son crâne.

Et ce soir tout irait bien.

Quand leur tour arriva deux bières plus tard, Sally flottait. La caissière tirait ostensiblement la gueule attendu qu’elle ne daigna pas les aider à charger les sacs. De plus, elle sait qu’Harmony a dû voler tout un tas de trucs, ses yeux les mitraillent, Sally ne comprend pas pourquoi l’employée n’intervient pas. Laissant un pack vide sur le tapis, elles paient et partent.

Au Gobe-Lune, Jean et Manu les attendent. Sally les connais à peine, c’est toujours Harmony qui lui présente de nouvelles têtes comme elle ne sort presque jamais. Manu est le nouvel amant de son amie. Il a 26 ans, plutôt petit et maigre mais son visage mangé de barbe et sa tignasse bouclée ont quelque chose de définitivement sympathique. Il ressemble à ce qu’il est : un breton sous acide. Et chaque fois qu’Harmony lui présente un de ses amants, ce dernier veut coucher avec Sally. Et elle ne sait pas dire non. Sally imagine donc à quoi ressemblerait Manu la tête entre ses cuisses.

Jean lui demande pourquoi elle s’appelle Sally et cette question la plonge dans la perplexité. « Est-ce que c’est à cause de Quand Harry rencontre Sally ? » demande t-il goguenard. Elle répond qu’elle était déjà née en 1989 et que ce prénom lui vient de sa grande tante paternelle échappée des camps.

Donc Sally est juive ? “Juste à moitié”  Sally lui demande pourquoi il s’appelle Jean; “Est-ce à cause de Jean de Florette ?” Manu rigole.

Harmony veut maintenant rentrer pour lui montrer leur vue du Père-Lachaise et bien que Manu ait aussi une vue sur le cimetière, il les suit avec enthousiasme.

Jean reste seul.

 

Assis tous les trois sur le parquet, à boire et pour Manu et Harmony à taper rail sur rail, Sally se dit qu’après tout, sa vie lui convient plutôt bien. L’assurance qu’avait souscrite son chirurgien-dentiste de père lui permettait de payer le loyer, les factures, les clopes et l’alcool jusqu’à ses 26 ans et au pire, il lui restait un tiers de son héritage. Harmony se chargeait de voler le peu que Sally mangeait et d’assouvir sa passion pour les rillettes de thon.

Du moment qu’elle ne dessaoulait pas et qu’il y avait quelqu’un pour la baiser  correctement et occasionnellement faire ses courses, ça roulait. Sally pensait à  Jokabeth qui faisait son droit à Assas. À Marguerite qui vivait seule. À Marc-Charles sous son cyprès.

Dix ans qu’il est mort. Sally avait vingt ans.

« – Comment vous vous êtes rencontrées, toutes les deux ?

– Dans l’aile psychiatrique de Saint-Antoine, répond Harmony.

Dut-elle menacer de s’immoler par le feu, Sally ne pourrait pas empêcher sa colocataire de raconter leur histoire.

Harmony se redresse, toussote et respire un grand coup car elle ne le refera qu’une fois le récit terminé.

 

« – J’étais internée par ma mère, Annie, c’était le soir. Je devais être là depuis une semaine. C’était une vraie Cour des Miracles, cet étage. Donc, du bout du couloir, je vois arriver la jeune fille avec un long manteau doublé de lapin. Belle et toute maigre. Et jeune. La plus jeune de nous tous.”

Elle se tourne vers Sally: “ – T’étais avec ton oncle et ta tante. Je me suis demandée ce qu’elle foutait là, avec son sac de voyage rouge qui fermait pas. Le lendemain, je l’ai revue. Elle écoutait Nick Cave dans sa chambre. Ensuite, on s’est échappées plusieurs fois pour aller boire des rhums à La Liberté, tu sais, le p’tit rade où je t’ai emmené le mois dernier…

Manu cherche vaguement sans remettre.

« Mais si, celui qui a tous ces rhums arrangés !

– Ok », admit Manu, qui ne voyait pas pour autant.

«  Sally est sortie avant moi et quand ça a été mon tour de sortir, je suis venue m’installer ici, chez elle.”

“- Et comme tu le vois, dit Sally, elle n’est jamais partie.

– Si mais je suis toujours revenue.” Manu enchaîna:

– Et toi? Pourquoi t’étais là?”

Sally revit un bref instant l’aspirant flic roux et prognathe, les Twin Towers qui étaient tombées en direct – interrompant la diffusion d’un épisode de Love and Married – et la voiture sur l’autoroute ; ça faisait beaucoup d’anecdotes qui n’allaient pas ensemble : “Je supportais pas Pontoise.”

“ T’as un mec, Sally ?”
Le lit bouge, elle ne dort pas. Manu et Harmony baisent à côté d’elle. elle sent la main de Manu caresser ses fesses pendant qu’Harmony piaille des locutions latines. Sally laisse Manu faire. Quand il jouit, sa main agrippe toujours son cul, mais plus fort.

Il s’en va, Harmony et elle s’endormirent serrées l’une contre l’autre. Sally savait aussi bien qu’elle que Manu l’a baisée pour la dernière fois et que la prochaine fois, ce serait son tour, dans la logique des choses qui tournent mal.

1992

« Les filles, j’ai un mauvais pressentiment » Elles étaient toutes les trois chez Stock et brusquement, Marguerite avait immobilisé le chariot au milieu d’une allée. Sally profita furtivement du malaise de sa mère pour placer dans le chariot une rangée de Milky Way, leur père leur interdisait toutes sucreries. Noël serait là dans 20 jours et il y avait une forêt de sapins sur le parking.

Dimanche 6 décembre 1992, neuf heures.

Marc-Charles est mort.

Le téléphone avait sonné tôt ce matin-là. Marguerite avait décroché depuis sa chambre pendant que Sally et Jokabeth étaient au salon. Leur père est mort. Elles ne le savaient pas encore.

Sur l’écran de télévision, le film Mayrig, qu’elles ne pourraient plus revoir tant il serait inextricablement lié à la mort de leur père, mais elles ne le savent pas encore.. À l’écran un homme était torturé, on posait des fers sur ses pieds nus. Fascination. Marc-Charles est mort. Elles ne le savaient toujours pas. Hormis les cris de l’homme dans le poste de télévision, la maison était calme. Elles n’entendaient pas leur mère pleurer, concentrées sur les exactions du génocide arménien et sur les yeux expressifs d’Omar Sharif.

Jokabeth et elle étaient assises l’une à côté de l’autre sur le canapé de tissu crème, un vieux canapé qui datait de Paris. Un vieux canapé qui existait avant elles, quand il n’y avait que Marc-Charles et Marguerite. Ces choses qui existent avant nous, ces riens qui restent là quand on oublie la voix des morts.

Sally avait dix ans « et trois-quart », Jokabeth en avait onze pour encore 19 jours. Les gens pensaient qu’elles étaient jumelles car leur différence d’âge est minime et qu’elles étaient coiffées de la même façon. Mais elles ne se ressemblent pas. Jokabeth était toute fine, leur père l’appelait « Le 11 gagne un kilo de sucre » car ses jambes étaient minces comme des 1. Sally, elle, était ronde parce qu’elle piquait sans arrêt des pièces dans le pantalon de Marc-Charles pour s’acheter des bonbons le matin avant l’école. Quand elle voulait bien le masser, il les lui donnait lui-même.

Les gens ne regardent pas vraiment, ils survolent les choses.

Marguerite n’était toujours pas sortie de sa chambre. Celle de Marc-Charles est vide, il était à l’hôpital depuis quelques jours. Sally n’y pensait pas. Ces derniers mois, elle ne l’aimait pas. Son absence ressemblait à des vacances s’il n’y avait l’inquiétude de sa mère. Sally ne remarque rien de spécial, sa mère est inquiète depuis toujours.

Assise en tailleur sur le canapé, Jokabeth remuait les orteils, elle les frottait contre le tissu rugueux et ça la berçait. Sally faisait ça aussi et Marguerite aussi. C’est drôle les trucs de famille qu’on se refile, ça et le malheur.

Le jour était incertain car les volets étaient fermés pour empêcher le froid d’entrer, c’était presque l’hiver.

La porte de communication s’ouvrit et Marguerite arriva dans le salon. Les filles étaient toujours heureuses quand elle se levait. Elle avait l’air d’être toute petite dans son peignoir, avec ses larmes et sa trouille.

 

« Les filles, votre père est mort »

Les préjugés, Jack London et un morceau de roman

C’est comme ça, il y a des gens qui n’aiment pas les churros, pour ma part, j’aime pas Jack London. La vérité consisterait à dire que je n’ai jamais lu Jack London. Admettons que tu brandisses devant mon nez un exemplaire de disons… tiens, L’Appel de la Forêt, ben ma tête aurait eu propension à tourner sur 360 degrés et j’aurais gerbé violet. Penser Jack London, c’était visualiser une meute de loups qui s’ébrouent dans la neige, mais c’était aussi va savoir pourquoi penser klondikes et Blaise Cendrar et tous les autres auteurs qui m’ont fait chier au collège.

En quatrième- troisième, c’étaient les pires brutes de l’établissement. .

Je parle de M a u p a s s a n t.

Je parle de C o r n e i l l e.

Je parle de R a b e l a i s.

B â t a r d s.

Attention je suis pour la culture dans son ensemble, la littérature en particulier et son accès à tous, Captain Obvious. Et puis y’’en a qui sont passés crème, tu noteras; Queneau, Camus, Radiguet, Vian ou même tiens, Bernard Lenteric.

C’est juste que jeunes, pour se la péter, on a souvent des préjugés sur les gens en général, les auteurs dans ce cas précis et bon… même si honnêtement ça a de fortes chances de nous suivre à peu près toute notre vie adulte, bref si certains comme moi sont du genre à dire “Flaubert? Bof…” alors que [jamais entendu parler] et bien malgré tout, même si les préjugés ont la peau dure, on évolue, il y a ce moment dans nos vies – quand on est pas totalement mort à l’intérieur – où on communique… où on a envie j’dirais… de partager; un bon vin, un bon livre, un bon plat car même si on est frileux de la vie par l’expérience – l’expérience qui est tout, qui est le toit, les murs, le ciment de l’âme et la culture, la culture qui réchauffe, la Culture le foyer de l’expérience, peuvent nous permettre un matin d’entamer la septième tentative de lecture de Bel Ami ou bien de s’entendre s’écrier “Jack London? Dis m’en plus !”

On m’a dit que Jack London, qui a galéré des années de boulots dangereux en boulots minables dans l’espoir et la certitude de se faire publier, s’astreignait à écrire 1000 mots par jour.

Moi, ça fait quatre ans que je reste allongée à me dire que je peux plus écrire parce que j’ai plus de joie dans le cœur, qu’anyway mon cœur c’est une noisette pourrie et que ma vie est finie et que ce sera sa faute à cet enculé si un jour je me suicide.

Je disais quoi ?

JACK LONDON.

Si je suis la perspective incertaine selon laquelle en finissant d’écrire un roman, je sortirais du marasme, il serait sans doute de bon aloi comme on a de cesse de me le répéter, de me plier à la discipline du clavier donc sans se chercher de fausses excuses; écrire 1000 mots par jour, c’est faisable dans l’ordre du réaliste.

Ok mais écrire quoi ?

Que je passe 23 heures par jour allongée dans mon lit en comptant le temps qu’il reste avant mon prochain antipsychotique dérivé du cyanure ?

Bof envie.

Donc ce roman infoutu de s’écrire tout seul, je me dis que ce serait peut-être une bonne idée de le partager un peu, vu que vous n’êtes plus que trois à me lire. J’ai bon espoir que ça me fasse avancer.

C’est parti !

————————-

Elle se propose en lice du concours des vies ratées, des vies en forme de gags, des vies de calvaire. Des vies qui grincent et des vies qui cognent, des vies dont on se dit que c’est une mauvaise farce. Il paraît que pour certaines personnes, la douleur est le plus sûr moyen de se sentir vivant.

Elle se dit qu’elle est extrêmement vivante.

“Comment les gens se cassent ?” pensait t-elle “Comme une lampe un peu moche qui ne cesse de tomber, qu’on rechigne à jeter, qu’on recolle parce que c’est un cadeau et qui finalement, chute après chute, de plus en plus en laide; brisée et recollée, devient un objet sentimental qu’on garde avec une tendresse un peu cruelle et un peu coupable ?”

Elle ne s’est jamais tuée. Sauf une fois où elle a fait mine de sauter de la voiture en marche d’un apprenti flic, roux et prognathe qui la baisait comme on culbute un flipper, alors qu’ils roulaient pour rejoindre Pontoise. Cet unique coup d’éclat la conduirait en HP, quelques jours plus tard.

Elle est née à Paris d’un père chirurgien-dentiste et d’une mère cadre dans une banque d’affaire internationale. Ils s’appellent Marc-Charles et Marguerite. Elle est la petite sœur de Jokabeth qui est née le jour de Noël et qui s’en plaint encore.

Elle s’appelle Sally Buchmann.

Sally n’a jamais pu vivre comme tout le monde et pourtant elle ne savait comment : elle n’était pas morte. Ses premières année à Paris sont poissées d’un brouillard épais et confortable, les souvenirs qu’elle en gardait ne sont pour la plupart que des images figées, sans suite. Les photos d’albums s’étaient calquées sur ses souvenirs, ces photos lui disaient que sa sœur et elle étaient de véritables petites filles modèles. Carré, serre-tête, Bonpoint et Annick Goutal. Petites bourgeoises du 16ème arrondissement, modèles d’éducation réussie. Politesse et dents blanches et pas les coudes sur la table.

Ces photos disent que ses parents étaient beaux et avaient une vie sociale trépidante. Elles disent que Marc-Charles conduisait de belles voitures et que Marguerite portait des collections prêt-à-porter YSL. Elles disent aussi qu’ils jouaient au tennis et au golf. Qu’ils partaient faire du bateau, qu’ils dinaient à la Tour d’Argent. Des preuves bord-cadre de ce qu’ont été ces gens. Des documents surexposés des figurantes progénitures jolies.
2002: Sally vit en colocation avec une Harmony de 36 ans qui fume et avale tout ce qui lui tombe sous la main et qui est persuadée qu’elle va un jour réaliser un documentaire sur les cures de désintoxication qu’elle a testées. « Sur le milieu » comme elle lâchait sur le rythme de la fumée. C’était la dernière d’une série infinie de lubies qu’elle ne réalisait jamais.

Harmony n’avait pas toujours été une camée de première. Avant, elle était pute. Harmony affirmait qu’elle faisait ça pour payer l’héroïne de son mec de l’époque mais la connaissant, mais Sally sait qu’elle a fait ça pour savoir encore comment ça fait de se faire mal.

Si Einstein définit la folie comme la répétition d’une même erreur en espérant un résultat différent, Harmony et elle sont deux foutues cinglées.

Aujourd’hui, Harmony n’est pas là. Sally traîne dans l’appartement et reste une fois de plus perplexe devant la somme des manies d’Harmony. L’une d’elle consiste à tout ranger de façon géométrique mais seulement sur la table basse, le reste du studio semblant gerber leurs affaires respectives. Harmony se nourrit exclusivement de surimi et de rillettes de thon, qu’elle étale avec de la mayonnaise sur du pain de mie.

Ça fait deux ans qu’elles vivent ensemble.

Le téléphone retentit : Jokabeth se fend du coup de fil hebdomadaire à sa sœur à problèmes.

 

“ – Ça va en ce moment ?

– Pense à ce que tu as envie d’entendre et trouve l’inverse.

– Sally ?” tenta sa soeur

“ – Ouais…

– T’en as pas marre ?

– De façon générale, si. Pourquoi ?

– J’ai l’impression que tu vas finir par crever comme Papa. C’est ça que tu veux ?” la voix de sa soeur tenait de la supplique.

“- Nah ! Pas comme Marc-Charles. Un truc un peu plus flamboyant, comme… Cher.

– Cher n’est pas morte, bordel !

– Tu es sûre ?

– Tu fais chier, Sally.

– Mon bon souvenir à Marguerite. Je l’appelle pas mais le coeur y est.

– C’est ça, oui. Bon vent. »
Que le lecteur ne se méprenne pas, sa sœur et elle s’adorent, aussi proches que leur permettent leurs différences. Jokabeth avait réussi et Sally vivotait. Jokabeth voudrait qu’elle change.

Qui change ? Sérieusement, qui ?

La mère de Sally aime justifier le manque d’ambition et la débauche de sa cadette par le fait que Marc-Charles et elle étaient passés à côté de leur fille précoce. Elle avait dit et redit que pourtant tout était clair : son problème avec la discipline, son rejet systématique d’une quelconque forme d’autorité, son ennui en classe, ses notes passées d’excellentes à catastrophiques en l’espace de quelques mois.

Sally aurait pu dire à Marguerite qu’en l’espace de quelques mois, son mari était devenu fou et avait fait de Sally sa petite victime préférée avant de mourir comme un chien. Jusqu’à présent, elle avait réussi à faire l’économie de cette remarque. Sa mère ne pouvait pas l’entendre, elle se vautrait dans une culpabilité plus confortable. Et ne voulait pas en démordre.

Parfois, dans ses logorrhées, elle se défendait : « – On aurait dû te faire tester mais tu manquais de maturité. » Selon Marguerite, il faut à l’enfant un minimum de maturité pour pouvoir déceler s’il est précoce ou non.

La vérité ? Sally s’en fout.

La vérité ? Elle a toujours voué un culte à la paresse. Point.

Elle aimait s’allonger dans le vide.

Et regarder la Petite Maison dans la Prairie.

Le bruit de quelqu’un qui s’effondre contre la porte d’entrée. Sally en conclut qu’Harmony a retrouvé le chemin du studio. Elle laisse son amie divaguer un moment et chercher ses clefs sachant qu’elle ne les a pas avant de lui ouvrir.

Harmony est assise par terre, le contenu de son sac étalé entre ses jambes grises. Elle est morveuse, Sally n’est pas certaine qu’elle la reconnaisse. La voisine septuagénaire passa la tête dans l’entrebâillement de sa porte et son con de chien de s’échapper en direction des jambes d’Harmony.

« – Rentrez chez vous, Mme Tuille.” intima Sally à l’adresse de la voisine.

“ – Quelle misère ! Judith ! Au pied, ma petite.” chevrota la septuagénaire avec des yeux gros comme des “Oh, mon Dieu! Mon programme préféré !”

“   – Harmony, lève-toi, merde!

– Elle est malade ? “ demanda Mme Tuille.

“  – Non, elle va bien.

– Quelle misère.” continua la vieille femme.

“  – Rentrez chez vous !

– Judith ! Viens, ma petite !”

Harmony était désormais en posture sur la chienne et simulait une copulation pour le moins convaincante. Judith essayait de mordre son assaillante et Sally regardait la scène avec une fatigue non dissimulée. Mme Tuille était sortie sur le palier et tentait de dégager la chienne des griffes d’Harmony. Mme Tuille cria. Harmony l’avait mordue. Sally accusait la chienne sans conviction.

« – Elle est folle, mais elle est folle !” hurlait la voisine “ Lâchez Judith, lâchez-la !

– Harmony, lâche ce chien !” tenta Sally

“ – Un chien de ma chienne, ricanait Harmony.

“ – Faîtes quelque chose ou j’appelle la police !

– Que voulez-vous que je fasse, au juste ? Que je la traîne par les pieds?

– Je ne sais pas mais faîtes quelque chose avant qu’elle ne tue ma Judith !”

Finalement, Sally entra dans l’appartement et en ressortit avec un saladier d’eau froide, qu’elle balança à la tête de sa colocataire. Surprise, Cette dernière lâcha le chien qui couina vers sa maîtresse. Harmony rigolait, ruisselante et sale et perdue.

Sally referma la porte sur cette espèce de conne. Mme Tuille aussi.

Sally tremblait car elle était en pleine crise de manque. Harmony était censée acheter de la vodka et de la bière mais ne l’avait visiblement pas fait. Le problème était que Sally avait beaucoup de mal à sortir. On l’avait diagnostiquée agoraphobe. Peur de la place publique. Sally avait l’impression de mourir plusieurs fois par jour, en particulier lorsqu’elle franchissait le seuil de son studio. Pratique pour une parisienne. Il pouvait lui arriver de sortir dans la rue mais toujours accompagnée. D’une personne de confiance sinon, ça ne marchait pas.

Dès lors, Sally ne comprenait pas pourquoi son subconscient considérait une camée de 36 ans comme une personne de confiance.

À travers le judas, elle vérifiait où en était Harmony. Elle était allongée à la romaine et lisait Les Monologues du Vagin à même le parquet trempé. Fébrile, Sally attrapa son sac et r’ouvrit la porte.

« – Viens, dit-elle

“ – Où ça ?

– Chez G20.

– J’y suis allée”, mentait-elle

“ – Tu mens. Allons-y, je dois boire un coup.

– Non, laisse-moi.

– Toi aussi tu dois boire un coup.

– Vrai. Putain. On va où, déjà ?

– Chez G20 !

– Allons chez Leader Price.

– Non, l’alcool est dégueu en hard-discount.

– Chez G20 ?!?

– Oui. Allez, bouge-toi, ça va bientôt fermer.

– Tu es alcoolique.

– Je sais. Toi aussi.

– Je sais. On y va. »

Harmony se leva péniblement . Ses cheveux goutaient le long de sa nuque et Sally la serra dans ses bras.

à suivre…

 

 

 

Dan

IMG_3121.JPGComme tous, il savait que sa crédibilité dépendait de sa capacité à afficher une personnalisé-écran convaincante. Un hologramme rapide, efficace et tout ce qu’il n’était pas.
Accomplissant la quotidienne prouesse de détourner l’attention des autres sur tout ce qui jaunit; les dents par la caféine, les ongles par le tabac et le blanc de l’oeil par un foie malade. Il s’inspecta minutieusement; l’état de la manucure “naked” infligée par sa jeune sœur, réparant avec les moyens du bord; le collyre pour les yeux et le dentifrice bleu pour dents jaunes; lequel défiait toutes les lois chromatiques s’accordant logiquement pour un résultat vert, la pensée ensuite tournée vers tout ce qui se faisait aujourd’hui blanchir.
Arrêtant son énumération à l’anus – Daniel n’était pas parti bien loin – il songea que le phénomène blancheur n’avait finalement que peu à voir avec l’hygiène.
On blanchissait pour s’innocenter. Pour se récurer l’âme.
Atteindre un trip éthéré dans lequel l’être a dépassé les contraintes terrestres de l’entretien de soi-même, immaculé par sa seule perception.
“ On vend l’illumination avec la crasse.” Énonça-il à haute voix comme une putain d’épiphanie.

Il jeta un ultime regard espiègle au miroir mais le reflet traître montrait des épaules basses, des yeux cernés et un torse soumis à l’outrage du temps.
Il voulu frapper mais le fit vainement et la surface réfléchissante se contenta de frémir sous l’impact de son poing.
Daniel étouffa un grognement, il passa sous l’eau ses phalanges endolories et songea à l’inclination de l’humanité à tomber.

Cette défaite évidente l’empêchait de franchir la porte des chiottes. Si il s’était très souvent retrouvé dans des situations qui le dépassaient complètement, l’expérience n’eut jamais le bon goût de lui fournir l’ombre d’une solution.
Daniel fit le constat qu’il s’était manifestement pété la main, cassé un ou plusieurs doigts. Avec horreur, il regarda impuissant le sang s’accumuler sous sa peau dans ses belles teintes rouges noires et bleues.

Le choc passé offrit une trêve à l’intériorisation du mal, car des larmes perlaient douloureusement aux coins de ses yeux.
Il inspira profondément et expira bruyamment par la bouche jusqu’à ravaler des sanglots dépités.
Contre le règlement, il alluma une clope, inspirant profondément la fumée et l’expirant bruyamment par le nez.
À travers la porte en aggloméré, il percevait distinctement l’écho des pas désespérés, les cris de terreur et les rires mauvais. Plus loin, une voix féminine exhortait l’assistance à garder son calme.
Il n’avait plus le temps pour se brosser à nouveau les dents.
Daniel rassembla fébrilement ses effets dans une large trousse en plastique jaune. Ajustant son bonnet et ses lunettes, il enfonça le mégot dans le fond du lavabo dont il rouvrit le robinet, brassa frénétiquement l’air en expédient d’aération et s’extirpa à total contre-coeur du vestiaire.
En apercevant Sarge et son pote Frank devisant sans prêter attention au chaos ambiant dont ils constituaient le centre et qu’enflaient les cris des gamins, la panique rattrapa Daniel qui imprimait déjà à son corps un fameux demi-tour. Franchissant à nouveau le vestiaire, il s’affala contre la porte des toilettes.
Sans tarder, le poing de Sarge s’écrasait contre l’huis faisant résonner l’aggloméré contre le chambranle de PVC:
“ – Dan ! “ hurlait son collègue dont l’ancienneté proportionnelle au volume sonore intimait une réponse immédiate.
“ – J’arrive dans une seconde, Serge.
– Mon nom, c’est SARGE.
– Sarge, pardon
– C’est sergent t’as pigé ?
– Oui, Sergent.
– Non, SARGE ! Tu le fais exprès ? “ tonna-t-il.

 » – Je te rappelle que ta mission s’exécute pas aux chiottes. Je te rappelle que la formation, c’était pas “CHIALER DANS UN VESTIAIRE”. Pigé?
– Hyper pigé.
– On t’attend avant de commencer”
asséna Sarge qui poussait déjà le battant, inspirant profondément par le nez et expirant bruyamment dans un sifflet, mettant fin au capharnaüm.
Sarge? D’où sortait-il ce surnom d’abruti ? Sarge avait les dents blanches, le fond de l’oeil blanc et les ongles propres. Sarge avait les épaules larges et un buste musclé par des années de terrain. Sarge avait constamment une veine qui lui barrait le front comme une nationale destination sa connerie insondable.

C’était la dernière fois qu’il ferait ce genre de mission – même sous la menace d’une arme – il le jurait: jamais plus.
La prochaine fois qu’il entendrait au bout du fil la voix suave de la coordinatrice de l’agence, il ne se contentera pas d’un “Avec plaisir…” invariablement couplé avec l’espoir de la pécho. Non. Désormais, il répondra “ Va te faire foutre, Carole” et il raccrochera; le combiné, les missions et le tabac.

Mais pour l’instant, Daniel devait reconstituer sa personnalité-écran et se composer une allure qui imposerait crainte et respect. C’était effectivement plus le moment de chialer dans chiottes.
Il prit son courage à deux mains, évita soigneusement son propre reflet et sorti.
Frank était en train de rassembler les enfants en quatre files tandis que Sarge lâchait le bras de l’institutrice pour s’emparer de son sifflet; trois coups retentirent et imposèrent à la classe un silence religieux.

Arpentant lentement les files en inspectant chaque gamin, Sarge hurla : “ – Je vous préviens, je ne raterai aucun tire-au-flanc… Et maintenant, vous allez attentivement regarder mon collègue qui va vous montrer la marche à suivre.” Frank et lui échangèrent un regard et ricanèrent, puis Sarge donna un dernier coup de sifflet.
Tous les yeux étaient désormais tournés vers Daniel qui s’avança et jeta un coup d’oeil à la volée de marches dont il entreprit l’ascension précaire.

Il tremblait, miche-miche de peur et de froid et il fut pris de vertige en atteignant l’étroite bande de fibre et de verre. Il respira comme on le lui avait appris. Tout en bas, Sarge s’impatientait, il regardait les files se resserrer, les nez couler et les corps trembler. Ses lunettes avaient formé une buée épaisse.
“ – Qu’est-ce t’attends ?” hurlait son connard de collègue.
Il ajusta une dernière fois ses lunettes embuées, son bonnet et l’élastique de son slip de bain.
“Fuck you, l’intérim” songeait Daniel quand ses pieds quittèrent le plongeoir, quand son corps accueillit le vide avec désespoir et qu’il pénétra l’infâme mélange de chlorine, de javel , d’urine.

Se voir

photo(29)« Ce serait vraiment bien de se voir »
Voici une phrase que je prononce et que j’écris souvent, d’ordinaire, sans pour autant mettre l’envie à exécution parce que quelque chose dans mes tripes bloque. J’aimerais nous voir mais au dernier moment la solitude tire sur ma laisse et confusément, sans comprendre, je m’isole et je me mets au coin. On me connaît donc comme une poseuse de lapin de première. Je ne suis pas une bonne copine, je n’arrive pas à entretenir correctement une relation amicale. Petite, j’avais peu d’amis et peu qu’ils étaient; Johanna, Fanny, un peu plus tard Julien, Iara, Mike il ne reste pour la plupart que des contacts sporadiques dont je suis l’entière responsable.
Je le regrette.
Bien sûr, je compte parmi mes êtres chers des fêlés fragiles de ma sorte pour qui les conventions sociales ressemblent à des portes Western et avec qui – malgré des mois de silence – nous pouvons avoir le sentiment de marcher l’un à côté de l’autre, merci Fred, Aurélie.

En ouvrant La Meilleure Façon de Marcher sur overblog en 2006, sur les conseils lourds et répétés comme des coups de bottin d’Aurélie, j’ouvrais un journal intime.
Il y avait peu de lecteurs, pendant de longs mois, seuls mes êtres chers avaient connaissance du site, j’écrivais sur ma vie de serveuse dans un restaurant catholique et familial et parisien du 20ème, coucou Silli. Je ne sais même pas si ce restaurant existe toujours, j’ai peur d’appeler. C’est Silli qui m’a appris le cancer de celle avec qui nous nous sommes données tant de fil à retordre, C. Mon ancienne patronne, une femme dont je n’aurai jamais la moitié du courage [ouvrir un restau avec une portée de huit] [non, pas des chiens, des enfants] de qui je me suis moquée et plutôt correctement. Même et justement parce que j’écrivais comme je la voyais.
Je le regrette.
Je suis tombée enceinte et j’ai quitté Paris, avec elle une énorme portion de moi-même.
Ici, je me suis sentie très seule. J’ai continué à écrire sur ma vie et dans ma vie à cette époque, il y avait ma belle-mère, ma plus grande source d’inspiration et de crises de nerfs.
J’ai eu un chouille plus de lecteurs, je me suis fait des connaissances web, des amis web; Laura, Frida, Gaelle. Des femmes qui comme moi écrivaient leur quotidien.
J’ai cherché du boulot, j’en ai trouvé au sein de l’Éducation Nationale pour en être éjectée en 48h.
Motif? Moquage sur toile. Mate l’artiste. Après, il y a eu la minute buzz et des milliers de lecteurs sont venus rejoindre les rangs de mes proches.

On se contrefout de mon anonymat tout relatif, il y a le devoir de réserve.
On se contrefout du recul relatif que je pensais avoir et qui me permettait de me moquer aussi et surtout de moi-même, on se contrefout de s’être fait marrer cinq minutes; je ne peux pas me servir d’une toute relative intelligence pour mettre les gens à nus sous couvert d’un pseudo et de surcroît essayer d’en faire mon bread.
C’est dégueulasse. J’ai voulu me faire une amie. Une fille que j’admire et que j’ai rencontré une fois. Pas plus. Elle n’a plus répondu à mes messages.

Je n’ai envisagé pourquoi qu’il y a peu.

Un jour; je me suis vue, mon blog, mes milliers de visiteurs et moi.
C’était pas beau à voir.
J’ai compris pourquoi je m’enlisais professionnellement, personnellement et moralement : hypocrite.
J’ai vu tout le mal que j’avais fait à la plupart de mes proches. J’étais soudain ce que je déteste le plus: malveillante. J’ai eu honte de moi et j’ai arrêté d’écrire. J’ai arrêté de relativiser mon quotidien.
Une dépression nerveuse grosse comme la lune.
J’ai compris que je ne savais rien de moi-même, alors des autres…

J’ai attendu et attendu qu’il n’y ait plus que des bots dans mes stats et des requêtes Google relatives à se la prendre dans le cul avant d’avoir le courage d’écrire ceci et que ça reste intime, lu par les gens concernés, mes proches.

Ne craignez rien, je n’ai rien gagné sur vous qu’une sacrée leçon.

Et pour celle-ci, pardon et merci.

Le Noir et Le Marron

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Il est minuit. Hier, aujourd’hui, je suis pleine de fiel ; après avoir manifesté un franc ras-le-bol vis-à-vis de la Marche Républicaine sur mon mur facebook tout en pestant contre tous ces épileptiques du selfie, tout sourire, comme s’il relevait de la bravoure d’être là, s’appropriant ces morts pour conserver le droit de dire ses petites conneries personnelles tout en y accolant sa tronche satisfaite. D’accord.

Ça doit être vrai, je suis pleine de fiel. C’est en lisant l’interview de Luz sur le site des Inrocks que j’ai pris la décision de ne pas marcher. J’avais moi-même retweeté un dessin représentant les morts de Charlie devant Saint-Pierre ou je sais plus quel chrétien de merde, quelle connerie.

C’est après avoir suivi en direct, pour la première fois – moi qui ne me tiens JAMAIS au courant de l’actu, je peux pas regarder un journal télé sans me mettre à hyper-ventiler comme une truie, je filtre les choses comme ça depuis… Putain je sais plus – bref après avoir suivi sur Twitter la journée du sept janvier dernier, après avoir vu malgré moi la vidéo du keuf qui supplie « C’est bon, chef » avant de se la prendre dans la tronche. Après tout ça, Vincennes. Les 2000 morts du Nigeria, effacés par l’ampleur de la tuerie de Charlie Hebdo. Effacés par la bouche anale de Marine Le Pen. C’était trop. Beaucoup trop de tout, dans tous les sens.

Tous, droite gauche cul con, réunis sous l’étendard sanglant de la Liberté.

What the fuck?

Sonnée de constater une telle mobilisation pour défendre la Liberté d’Expression quand je me souviens ne serait-ce que de la non-intervention générale en RDC, et ailleurs, là où il n’est pas question de mourir pour avoir dessiné mais de servir d’arme de guerre pour avoir le malheur de naître femme, alors l’ouvrir?

Moi, je pensais qu’en France, question liberté d’expression, on était plutôt pas mal. Et l’attaque d’un journal dans notre pays, si elle est inadmissible, à mes yeux ne saurait ébranler cet acquis fondamental.

Quelque chose cloche sans que j’arrive à mettre le doigt dessus. Pourquoi exactement ce ralliement unilatéral ?

Elle n’avait plus de sens concret pour moi, cette marche, à force de prendre tant de directions différentes: lutte contre le terrorisme, contre le racisme, contre l’obscurantisme, à qui défendant un acquis à l’Ère où on twitte sa moindre envie de pisser, un pays dans lequel un nombre incalculable de conneries sont dites et dans ce grouillot je place les miennes, lisibles, incontournables, à qui de souiller la rue pour promouvoir la peine de mort. Brochette de chefs d’états aussi dépareillés que le noir et le marron, 1/100 000 ça fonctionne. Aucune envie d’être là-bas.

Je n’étais pas à Paris hier. Je n’ai pas vécu l’émulation, les élans de solidarité, les belles choses qui se sont produites. J’ai vu des photos de la foule sur Twitter, des photos magnifiques et puis beaucoup, beaucoup de selfies, de gens souriants à pleines dents, pétés de fierté. Pour quoi au juste?

Je sais pas, comme je te disais, j’étais pas là.
Il est dix heures.

Hier soir j’ai partagé cet article sur facebook, s’ensuivirent une rafale de commentaires indignés. Comment, nous sommes cons d’avoir marché ?
Absolument pas, mais tu peux aussi être triste chez toi.
J’ai écrit avoir trouvé cette marche d’une vacuité solide, j’ai récolté des tartes dans la gueule.
Une relation de travail, en MP, m’a demandé en quoi je me sentais concernée par tout ça, m’a dit que j’étais pleine de fiel. C’était vrai, mais comment ne pas l’être ?
Et comme une conne, comme la bonne grosse conne que je suis qui ne veux pas qu’on la déteste, qu’on la méprise, qui veut être aimée, juste ça : j’ai supprimé toutes les publications relatives à ces derniers jours de mon mur. Et comme ça ne suffisait pas à mes yeux, j’ai passé 45 minutes à supprimer mon compte facebook parce que c’est le temps que ça prend pour trouver ce putain de lien microscopique. De l’auto-censure de la plus belle beauté. Au temps pour la Liberté d’Expression.
Quelle conne.
Non mais vraiment quelle conne.
Pardonnez-moi de ne pas vous applaudir. De n’applaudir personne en réalité. D’être triste comme vous, pas de la même façon.
Nous sommes un VRAI pays de cons et à ceux qui m’ont fait me sentir si mal, je réponds ce que le français dit le mieux : allez tous vous faire foutre.

01-07

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Attentat est le mot qui se lit partout depuis midi, heure à laquelle nous apprenons l’innommable et que défilent les noms des martyrs de la scribouille irrévérencieuse. Les noms défilent et c’est l’horreur absolue. Les infos défilent et l’horreur grandit, palpable, elle envahit la pièce et festoie de son oxygène.

« Je préfère mourir debout que vivre assis » disait Charb

Dernier dessin de Charb, pour le numéro de cette semaine.

Dernier dessin de Charb, pour le numéro de cette semaine.

S’il y avait un prophète, vous l’avez tué, bande de cons.

Si je peux formuler un voeu, un seul, c’est que soient vite remplacés et jamais oubliés ceux que nous perdons aujourd’hui. Que de ces assassinats naissent de nouveaux héros.

Pour que la peur recule, nue de mocheté, sous la lumière crue de nos esprits.

Je formule le vœu que la Vérité éclaire le Monde.

Finies au Pipi

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Comme tu peux le constater, j’ai pas grand chose à raconter ces derniers temps étant trop ego-centrée pour parler d’autre chose que de moi-même, j’ai plongé dans un bain de silence – enfin non c’est pas vrai, si tu m’écoutes geindre, j’ai toujours des trucs à raconter, seulement as-tu réellement envie de lire que je conchie ma vie devenue sombre et amère et pleine de regrets poisses? Je ne peux pas écrire ça. Non. Chacun sa merde, après tout – parfois tu fermes ta gueule et c’est très bien pour tout le monde. Enfin tout le monde… Moi j’ai vachement souffert de ce coupage de chique.

Pour te dire la vérité anyway je pouvais pas écrire parce que formuler une pensée autre que suicidaire pour la coucher en .odt ne donnait vraiment rien de bon et même M6 ne voulait pas de ça, pour te dire… Ça m’a rendue fumasse et encore un peu plus suicidaire mais le bon côté des choses: c’est que je te l’ai épargné. Un genre de geste citoyen de bon aloi…

You are very welcome.

Tu peux pas passer ta vie à raconter que t’aimes pas ta vie, ça aussi c’est complètement con. Si ça va pas, tu changes de vie. Plan B: tu fermes ta gueule.
Voilà à peu de choses près pourquoi j’ai arrêté d’écrire.

Pourquoi tu recommences, demanderas-tu si tu lis toujours et je te remercie de me poser la question.
Parce que je m’ennuie, je m’ennuie, je m’ennuie profondément. Et puis tu me manques solide.

Et aussi j’ai une question.

Étant d’un masochisme assumé, j’en veux pour preuve l’introduction sus rédigée, je ne pouvais pas rester longtemps sans avoir près de moi un petit être indépendant m’apportant la certitude qu’il ne m’aimera jamais autant que je l’aime…
Là où la maternité a échoué, j’ai re-pris un chat.

Je l’ai adoptée sur Facebook vu que tu peux maintenant tout y faire sauf te marrer. Une amie blogueuse reconvertie en Brigitte Bardot l’avait accueillie ses frères et elle et comme ça n’arrive que trop peu en cas d’adoption, je me suis écriée : JE VEUX LA NOIRE, JE VEUX LA NOIRE, JE VEUX LA TOUTE NOIRE.

Un mois plus tard, je prenais 24h de congé exceptionnel pour aller la chercher chez ma pote en Bretagne. 24H de congé, c’était pas arrivé depuis la RDR #2013 alors je te raconte pas l’excitation.

Pour respecter son anonymat, nous l’appellerons Fauskouch. On s’est tout de suite bien entendues, Fauskouch et moi, des points communs à plus savoir qu’en foutre, tiens la captivité par exemple. Elle comblait mes besoins affectifs, je comblais ses besoins en kwiskas. Je l’ai même dressée à l’attaque avant de me rendre compte que j’avais vraiment que des idées à la con et que la maîtresse de Culculine ne me soupçonne d’automutilation. Enfin, un être à insulter à loisir, à susurrer de doux « connasse » à l’oreille pendant qu’elle me déchiquette le bras. Bref, j’aime mon chat. Avec ses qualités : championne ès galipettes avant, nurse attentive au bien-être des enfants et ce même si c’est loin d’être réciproque, douce et belle, comme sa maîtresse. Et je l’aime aussi pour ses défaut : comme son haleine de pigeon, sa façon maladive de me foutre son trou du cul sous le nez à la moindre occasion et surtout son agilité… comment dire sans être vexante… leste as un baobab. Là aussi, un peu comme sa maîtresse.

Fauskouch, ça sort pas de la cuisse de Jupiter et ça sent pas la patte sûre, ça sent l’usine russe.

Souvent, je la regarde se casser la gueule ou s’exploser le crâne en loupant la table basse, je me demande qui sont ses ancêtres et comment ils ont survécu pour que ses gènes arrivent sur mon canapé en velours.

Ma nouvelle amie chat est donc une source de perpétuels questionnements, un peu comme mes enfants encore une fois mais les angoisses en moins et les insultes en plus.

Et celle qui me fait toucher le clavier ce soir n’a pas trouvé de réponse. Ma précédente amie chat bouffait mes mégots de clopes, j’ai ainsi appris que les chats sont les pires drogués de la Terre, celle-ci a une passion pour mon urine. Mais je ne sais pas pourquoi.

Elle me suit aux chiottes. Tous les chats font ça, tu vas me dire.

Non.  Tous les chats ne posent pas systématiment leur pastille au sol dès que leur maîtresse pose culotte et quand ça arrive, tu sens en général un vague mépris dans le regard de l’animal, pas une paire d’yeux trempée d’amour et de fierté. Avec Fauskouch – quand j’urine – on dirait que je guéris le cancer. Avoue que ça perturbe.

Ferme la porte, tu vas me dire.

Là, elle se met à pousser des « Miiiiiii… » de plus en plus désespérés.

Tu t’en fous, tu vas me dire.

Là, elle ouvre la porte. Elle est peut-être un peu biglouche mais elle n’est pas non plus complètement abrutie. Enfin.

Enferme-toi, tu vas me dire.

Je peux pas mon verrou est vicieux, 9/10 j’arrive plus à sortir.

J’ai demandé à Google Pourquoi mon chat me regarde uriner mais il a pas su me dire.

Permets-moi d’émettre quelques hypothèses… ou mieux, donne-moi la réponse.

Maybe c’est une carence, mais en quoi? En sulfates?

Maybe elle cherche à comprendre ce que je fais là mais ça invaliderait l’hypothèse selon laquelle ce chat n’est pas débile.

Maybe c’est sa façon à elle de me montrer que je suis chef.

Maybe cette grosse dégueu aime mon urine.

Dans la nuit, comme tous les quart d’heure, ma vessie se rappelle à mon bon souvenir et je crois avoir été suffisamment rapide et prévoyante pour avoir le temps de m’enfermer aux chiottes avec un cruciforme et une pince plate.

En me retournant, j’ai vu Fauskouch, 6 mois dans sept jours, posée sur la chasse d’eau. J’ai pissé en l’injuriant et après m’être levée, c’est là qu’elle a fait un truc incroyable, c’est là qu’elle a fait cette chose incompréhensible: Fauskouch a plongé dans les gogues.

Pas le temps de m’écrier « AAAAH GROSSE DEGUEU » que paniquée, elle me saute dans les bras avant d’attaquer l’ascension de mon crâne. Je peux pas crier parce que si j’ouvre la bouche, je bois littéralement ma pisse.

Alors je tambourine à la porte des chiottes jusqu’à ce que Pute m’explique comment démonter le verrou.

VF: Je vais vomir, dégueu-dégueu-dégueu-DEGUEU.
Pute: Qu’est-ce qui se passe?
VF: Saloperie de chat, elle a plongé dans les TWALAYTES.
Pute: T’as du PQ sur l’épaule…
VF: Bleuargh…

Des quelques hypothèses et aventures ici relatées: je retiens plusieurs choses.

Le ridicule ne tue pas.
La loose reste mon matériel de prédilection et je me sens prête à embrasser cette condition.
L’urine tache.
Tu m’as manqué(e).

Nick Cave et le pied bot.

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Si tu veux faire un bon festival – selon moi et partant du postulat que tu veux mon avis – il faut 4 éléments : ton/ta meilleur(e) ami(e), des vêtements et chaussures appropriés, à boire et puis accessoirement ton idole en tête d’affiche pour motiver le fait de te taper 800 bornes pour 1h10 de transe. C’est le cinquième élément.

Jeudi soir, vers dix-huit heures, j’étais à Saint-Malo à attendre l’ouverture de l’édition 2013 de la Route du Rock sous un soleil de plomb, constatant avec un effroi non dissimulé que mes Doc sandales jaunes une demi-taille trop petites, c’était quand même tout sauf un choix avisé en matière de grolles.

Jeudi soir, vers dix-huit heures, j’étais en train de pester, comme la plupart du temps.

D’abord because comme précédemment suggéré, j’avais déjà une ampoule de TARBA sur le talon droit et ensuite parce qu’Aurélie et moi sommes visiblement les seules à être passées à côté des gars du Mouv’ sans les voir, attendu que nous sommes noyées sous une marée de paires de lunettes de soleil aux couleurs de la station de radio. Tertio à cause de la jeune fille devant moi, qui croit que Le Vent Nous Portera est un grand tube d’Indochine. Son père la corrige avec un embarras manifeste, son grand frère émet un petit rire méprisant, tout va bien. Si ce n’est cette putain d’ampoule qui a fait fondre mon dernier pansement en 4,28 minutes et qui me donne désormais la démarche de Forest Gump petit, on passe un bon moment.

Ça doit faire maintenant une bonne grosse demi heure qu’on attend en rangs soudés, ils ouvrent enfin et on découvre les deux scènes et les fosses, vides comme des mâchoires gloutonnes. Les gens prennent des jetons et s’agglutinent déjà en files indiennes, ambiance à boire, vite et qu’on tombe au néant, de part la loi humaine.

Le soleil tape une dernière fois avant que l’alcool prenne la relève.

Avec ma pote, on avise des chaises-longues et on squatte là tout le temps que la décence et notre capacité à faire abstraction de la nana derrière nous qui hurle des « ALLEZ-Y LES FILLES !!!» à qui veut gagner un jean nous le permettent. On est là que pour une seule raison, d’ailleurs c’est ce qu’on dit aux deux nanas de la télé locale qui nous demandent quels groupes nous sommes venues écouter ; on a aucune idée de la programmation, on vient voir Nick Cave and The Bad Seeds.

On se dit qu’il faudrait mettre la main sur un programme, sauf qu’on est pas foutues d’en dégoter un.

Sur scène, plus tard, c’est au tour des Local Natives. Je suis pas sûre d’aimer avant la deuxième demie heure de set mais le fait est qu’ils chauffent les jambes et que la soirée commence à ressembler à un avion qui décolle. J’avance la théorie du crucial du t-shirt en festival à mon amie qui semble dubitative et qui comprend pas vraiment où je veux en venir ; on mate les hommes, on mate les t-shirts, on mate tout le monde et puis on finit par établir la règle de ne plus mater que les hommes en t-shirts.

« Are you excited for Nick Cave ? » demande Taylor Rice avant d’entamer l’avant-dernier morceau, juste le temps de pisser clopin-clopant et de se rendre compte que le body dans ces cas-là, c’est la deuxième fausse bonne idée de la soirée.

Je sais ce que tu vas dire, « On pourrait penser le contraire », c’est exactement ce que j’ai pensé en le mettant, malheureusement j’ai pas eu le plaisir de profiter des avantages de l’ouverture rapide.

Faut dire aussi que je comptais sur Nick Cave.

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En parlant de lui, c’est l’heure de profiter du changement de plateau pour fendre la foule direction le ras de la scène. Après des pieds et des mains, on se hisse au troisième rang, l’attente est interminable. Une toile granit, un piano, une tasse, des aller-retour, je constate qu’il est fort probable que je m’évanouisse avant d’en voir plus. J’en fais part à ma best qui me prévient avec toute la douceur d’une amie de lycée que j’ai plutôt pas intérêt à lui niquer le concert. Après, je crois voir Warren Ellis environ deux cent mille fois avant qu’il n’arrive vraiment et que retentissent les premiers accords de We No Who U R et que le chanteur surgisse, la foule frémissante. Ses yeux hallucinés se posent sur nous en disques azurs et obstinément perçants, Nick Cave est à trois têtes de moi.  Ce sont des vagues qui s’élèvent au son de cette voix prédicatrice et de sa main qui ne cesse de se tendre vers la foule, sa main qui reste inaccessible malgré mes bonds de marsupiale en chaleur. Toutes les femmes du public maudissent la punk assise sur les épaules de son mec, qui se met à danser avec la main du chanteur. Je veux Dig Lazarus Dig et puis c’est Tupelo et bientôt je ne veux plus rien du tout parce que mes pieds ne me font plus mal et qu’ils martèlent le sol dont la poussière commence à monter de toutes parts. Warren Ellis saute comme un putain de diablotin.  Nick Cave revient incessamment vers la foule, d’un côté et de l’autre de la scène. L’ambiance se tend peu à peu par la viande saoule qui ne tarde pas à se foutre sur la gueule avant Love Letter et Higgs Boson Blues.

Quand le concert s’est achevé sur Push the Sky Away tiré à l’envi, j’avais déjà refendu la cohue en sens inverse et je regardais un écran vautrée dans l’herbe.

Je saurais pas te dire si Nick Cave a fait un bon concert, je saurais juste te dire que je suis couverte de bleus et que je peux plus marcher.

Presque exactement comme j’en avais rêvé.

Bientôt dans Tellement Vrai.

Bonjour tout le monde,

Cette entrée en matière n’est bien sûr pas à prendre au pied de la lettre, même si ça fait un bail que je ne t’ai pas écrit et que je ne me suis pas plainte de quelque chose, il reste toujours un bon nombre de personnes que j’envoie bien cordialement se faire foutre et à qui je ne souhaite pas spécialement moins en ce jour qu’une météorite sur le coin de la gueule.

Ça c’était pour le cas où tu demanderais si j’avais changé, dans le fond.

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Bon, ça fait combien de temps, là ? La dernière fois je crois que je te parlais d’un débile, ça doit bien faire deux mois.

Pendant que je suis en train de rassembler la somme de tout ce qu’il s’est passé depuis l’histoire du petit débile Gonzales – l’exposition Game of Thrones d’Amsterdam, la saison 3 de Game of Thrones, le gode trop gros El Bally Matador que j’ai mis 256 kg-calories rien qu’à sortir de ma boîte aux lettres, le vœu de chasteté prononcé suite à 18 années de bons et loyaux services en matière de trois-pièces* et aussi il est vrai, suite à l’essai de l’engin susmentionné – je me dis que chaque évènement aurait mérité un billet à part entière.

Le seul problème, c’est que je les ai pas écrits. Vu que je blogue plus trop.

C’est comme la littérature et mon désir d’y apporter contribution, finalement. On peut dire que j’ai renoncé à écrire un roman. Et si, par le plus grand des hasards, je n’étais pas auteur ? C’est la question que je me pose, vu que je suis pas foutue de finir une histoire.

Et est-ce qu’elle a réellement besoin de nombrilisme et de nouvelles fautes d’accord, la littérature ?
Je ne crois pas.

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Le sexe et l’ambition, j’ai fait une croix dessus parce que c’est hyper dangereux quand t’as le cœur tendre; tu peux finir par avoir des enfants et sombrer dans la cocaïne, ça rapporte que des emmerdes alors petit à petit, lessives de linge après lessive de murs, joint après plinthe, les questions que je me posais rapport à mes velléités littéraires trouvèrent leur réponse.

En temps normal, mon appart sent le furet et il fut une époque pas si lointaine où je faisais pousser des vers dans mon bac-à-légumes et c’est arrivé sans crier gare. Je m’installais à mon bureau, avec son bon gros tas de merde dessus, celui où t’as que le clavier qui dépasse, on oublie la souris, on l’a pas revue depuis le mois de janvier. Et là où d’ordinaire je me mettais à écrire en ignorant l’insalubrité de la pièce, j’ai commencé à me dire qu’à la place, je ferais mieux de faire une lessive pour les gosses et de nettoyer cette saloperie de cuisine.

Alors au lieu d’écrire, je me suis mise à faire le ménage, partout sauf sur ce bureau qui ne m’apportait plus qu’une amertume amère. J’ai trié les playmobils, les duplos des legos et des petits cailloux. J’ai relavé l’intégralité du textile de l’intégralité de mon foutu appartement, aspiré les sols jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune poussières.

El Bally Matador et l’abstinence ?
J’astique le fridge, ça se voit pas ?

Amsterdam ?
No way, je repasse les bodies de Grumeau.

Game of Thrones ?
J’peux pas, je dois soulever les meubles pour voir si il y aurait pas des squames à ramasser.

PASSION  MENAGE, qu’on m’appelle.

Ce matin, je lisais Titiou Lecoq aux toilettes. J’avais repéré son dernier article sur Facebook et je sais pas toi mais vu que je ne supporte pas de rien avoir à lire dans ces moments-là, je l’avais comme qui dirait gardé sous le coude.

Ok SUE ME. Que celui ou celle qui n’a jamais fait ça me jette la première pierre. Il parait qu’aux chiottes, la nécessité de se « défaire » d’une partie de soi-même est très couramment associée au besoin d’ « absorber » quelque chose en échange.

Alors t’en as qui s’énervent avec leur unique jeu sur portable et qui assènent des « LA PUTAIN DE SA RACE DE MERDE », comme Pute ; t’en as qui chantent « Z’entends, z’entends, Z’EN-TENDS LA PIE QUI SAN-TEUH » comme Culculine et Grumeau ; moi je lis et je ferme ma gueule, comme la plupart des gens normaux.

Maintenant, j’imagine qu’il y a des gens qui doivent manger aux toilettes et je me dis qu’il faudrait peut-être leur venir en aide.

Tout ça pour dire que je tiens Titiou Lecoq en haute estime et que je la lis et pas toujours aux toilettes.
Là, elle parlait serpillère et vie d’artiste alors j’étais suspendue à mon iPad.

A la fin du billet, j’ai constaté deux choses : j’avais envie énormous de récurer son appartement, le mien étant trop propre pour pouvoir vraiment m’éclater avec la javel. Et deux, j’avais envie d’écrire un billet.

Un billet qui dirait par exemple: celui qui a dit que l’argent ne faisait pas le bonheur était complètement con. C’est pas énorme ce que m’a légué mon grand-père mais je me sens quand même vachement mieux en ayant acheté des fringues et des livres à mes enfants, des suspensions en forme de nuage pour le couloir de leurs chambres, en faisant un mois de cadeaux Game of Thrones à ma sœur et en m’achetant du Tumult, la nouvelle boisson Coca-Cola qu’est proprement imbuvable mais seulement les deux premières minutes et surtout, un nouvel ordinateur.

Vierge. Sans mes lettres, mes textes, mes billets de blogs et mes avortons de romans.

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J’ai briqué mon bureau, je l’ai mis au monde comme une grande, j’ai pris connaissance des conditions d’utilisations de Windows 8 aka Oh-my-God-it’s-Teletubbies-all-over-again, téléchargé la version d’essai de Microsoft Office et ouvert Word.

Et c’est comme ça qu’on tourne des pages, faut croire.

Voilà pour les nouvelles, sinon, je pars une semaine dans une bergerie en Ardèche. Merci Papy.
Et vous, ça va ?

* Quand j’ai eu 27 ans, je me suis rendue compte que j’avais passé un cap, appelons-le Horny : j’avais passé plus de la moitié de ma vie dépucelée et j’ai eu comme un regret. Ça n’a rien à voir avec ce que je disais mais je tenais à ce que ça soit dit quelque part.

La page blanche, les débiles et le millionnaire.

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Voilà, j’ai pas écrit depuis longtemps et du coup je me sens un peu maladroite des idées. Comme du genre à écrire des bullshits plus grosses que moi mais ça, c’est parce que j’ai vécu la VRAIE page blanche, celle qui s’assied chaque matin en même temps que toi au bureau. Et rien n’y faisait, malgré mon acharnement, aucune phrase formulée n’échappait à la touche DEL. Cinquante-huit jours sans écrire malgré des trucs un tantinet hallucinants comme mon week-end dans un petit gîte sympa à deux pas d’Outreau dont je suis revenue partiellement maniaque du ménage.
Ma psy me dit que ce blocage a sans doute un rapport avec le fait d’avoir passé les deux dernières années à pleurer sur mon trou du cul et les deux derniers mois à agoniser devant des séries télé.

– Pensez-y pour la prochaine séance, hein, c’est important. Mais c’est bien, vous avez pris conscience de votre compulsion de répétition, c’est vachement bien ! C’EST UNE BONNE FILLE ça c’est du bon miam-miam.
– Qu’est-ce qui vous prend, d’un coup, de me parler comme à une débile ?
– C’est pas vous qui disiez ça, du bon miam-miam?
– Non.
– Ah mais oui, je me suis gourée de fiche. Au temps pour moi.
– Dites, la dernière fois qu’on s’est vues y’a deux ans, vous étiez pas psychothérapeute?
– C’est exact.
– Et là donc, le fantôme de Freud vous est passé dessus et pouf-pouf psychanalyste?
– Haha. Non, il fallait avoir cinq ans de pratique pour pouvoir écrire psychothérapeute sur sa plaque. Et je les avais pas. Et je suis jungienne, je précise.
– Ça craint…
– Bof de toutes façons, c’est un terme qui faisait un peu peur. N’importe qui pouvait se dire psychothérapeute, en réalité.
– Mais justement je voulais faire une thérapie, moi, pas une analyse. J’assumerai pas d’avoir une analyste, non, hin hin, no possible.
– Vous connaissez la différence ?
– Non mais je suis sûre qu’il y en a une et que je vais la trouver sur Wikipedia.
– Voilà bah cherchez pour la prochaine fois. Ça et la compulsion de répétition, faut VRAIMENT y réfléchir.
– D’ac. Au fait, c’est délicat, vous me faites toujours -50 % ?
– Ben ouais.
– Cool, merci.
– Ouais je sais.

La page blanche donc, terrible, terrible putain de page blanche. C’est là que j’ai pris la pleine conscience du crucial de l’écriture pour canaliser mes émotions, qui s’accumulaient en toxines, en vrai poison. Deux mois passés la bouche ouverte devant The Walking Dead [attention spoil] à répéter en boucle « look pretty much dead already » avec la voix de Shane, ce touchant psychopathe misogyne qui a TOUJOURS le mauvais rôle mais qui n’a pas peur de prendre des décisions difficiles, qui vit de gros dilemmes comme oui ou non trucider son meilleur ami Rick avec what the fuck lui tombe sous la main car  pendant que Rick était dans le coma, Shane a quand même vachement sympathisé avec la femme de Rick, vu que c’est comme qui dirait passé crème avec le vagin de la sus nommée,  fin du Monde, J+3.

Deux mois.
Pendant ce temps tu pouvais crever, j’en avais strictement rien à foutre. (Toutes mes pensées vont à cet instant précis aux familles de Gérald Babin, de Thierry Costa… et de Moundir, de façon générale)

Si j’étais half full glass kind of girl je te dirais que ce marasme moral a eu l’heur de resserrer les liens avec ma belle-mère mais je vais me contenter de te dire qu’on s’est vues souvent. Ma belle-mère adore les faits-divers et les gens qui ne vont pas bien lui inspirent toujours une compassion d’apprentie Soeur Emmanuelle, du coup, le seul moment de l’année où elle arrive à me blairer, c’est quand je suis dépressive et prostrée au dernier degré.

Anybref elle vient souvent s’assurer que je vais bien, comme tout-à-l’heure, à l’improviste. Et accompagnée. Si j’ouvre pas la porte dans les trois secondes qui suivent, elle a convenu d’appeler les pompiers.

– T’en as mis, un temps, bordel !
– Kikou, ça va bien? C’est moi ou il est nouveau, ce débile ?
– Ouais, bien observé. Je te présente Gonzales, t’inquiète pas il a le niveau grande section de maternelle.

– HEIN?

– Les enfants, venez dire bonjour à Gonzales.
– Sans déconner? Gonzales, c’est son prénom?
– Bah c’est pas moi qui choisis.
– Ses parents non plus, à ce stade.
– Tu veux que je te prenne les enfants cet après-midi ?
– Ah oui, volontiers, merci. Café?
– Ouais.
– Et Gonzales, qu’est-ce qu’il a?
– Bercé trop près du mur. Bébé secoué, père alcoolique, comme d’hab´. Cas facile. Tu croiras jamais ce que je viens d’apprendre. J’ai vu ma copine, là, celle qu’est foyer d’accueil aussi, 80 piges la pauvre…
– Les mômes ? Allez dans vos chambres, Mamie va raconter des horreurs.
– Oh, l’aut´tout de suite…
– HUM.
– Non mais Maman a raison, allez dans la chambre quand même.
– Ah.
– Et ben elle avait adopté une gamine de seize ans dont elle s’occupait. J’y avais dit que c’était une connerie de conne de faire entrer une gamine de 16 ans sous le toit de son mari; tu donnes une poule à un renard, OBLIGÉ, il lui bouffe la chatte. Bah EXACTEMENT COMME JE L’AVAIS PRÉDIS, la fille, elle s’est barrée avec son mari.
– Comme ce fils de pute de Woody Allen…
– Ouais et donc je la croise en réunion et j’y demande comment vont les  jumelles de sa fille adoptive et de son ex-mari.
– Normal. Vous vivez dans Festen. C’est absolument normal jusqu’ici.
– Et là, elle me dit qu’elles sont mortes à trois mois tellement leur mère les a secouées… Tu rends compte?
– …
– C’est triste, hein? Dis, t’as repensé à mon idée d’écrivain publique pour écrire les mémoires des vieux?
– Quoi?!? Non! Mais j’y crois pas, comment des histoires pareilles peuvent arriver à vos collègues?!? Elle est où, cette fille, en taule? C’est des conneries, c’est pas possible.
– Même pas, personne n’en veut, ya pas les structures pour accueillir les gens comme ça alors leurs bébés? Ils font passer ça pour une mort subite et ils font pas d’autopsie. Il travaille où aujourd’hui, ton Jules?
– N’importe quoi… Il est avec Moktar à Verneuil.
– Lui aussi il a des enfants handicapés…
– Je sais.
– Et il dépense tout son argent dans les jeux de grattage.
– Je sais.
– Et il engraine ton Jules en plus, j’aime pas ça…
– Il a trente-quatre ans, votre fils… je crois qu’il peut gérer trois Solitaire et cinq Banco.
– Quand sa femme elle était enceinte la dernière fois, elle lui a demandé si ils devaient le garder, il a dit « Je m’en fous ». Du coup, elle l’a gardé, BAM, châtiment, deuxième handicapé.
– Merci. Vous venez me de remonter le moral.
– Et lui, il continue de gratter et de foutre toute sa thune là-dedans au lieu d’aider sa famille. À gratter. Comme un con.
– Dites qu’il est turc au lieu de mitonner les faits à votre sauce, on économisera vingt minutes de débat pour moi et un grand moment de solitude pour vous.

Vingt minutes et un grand moment de solitude plus tard,  ma belle-mère était partie et je me retrouvais seule, en tête à tête avec toutes les horreurs que je venais d’entendre.

En panne de rêve, j’ai choisi de dormir jusqu’à ce que Pute rentre et dise un truc vraiment pas banal:

– Je peux aller sur Internet ?
– WHAT ?
– Ouais, je dois vérifier un truc.
– Tu vas jamais sur Internet, tu connais même pas Youporn.
– T’occupes-toi de tes oignons et fais-moi pas foutre.
– Qu’est-ce qui se passe, putain? Tu me fais peur quand tu jures comme ta mère.
– J’ai eu les trois bourses.
– Putain les enfants, Papa fait un AVC. Les trois bourses? De quoi tu parles?
– Ouais les trois télés putain, LES TROIS TÉLÉS, LE MILLIONNAIRE.
– SHUT THE FUCK UP ?!?
– Look.
– Oh sa mère la catin cloutée.
– Calme-toi, putain, tout le monde SE CALME. Les gains c’est toujours 100€, jamais 1 000 000€.
– Ouais t’as raison.
– Moktar, il en a déjà eu trois fois en une journée et je le paie toujours beaucoup plus que je le devrais.
– Ouais, ouais. Qu’est-ce que tu branles, malheureux? MAIS NON LE CAPCHA C’EST MAJUSCULE ET MINUSCULE, BORDEL, LAISSE-MOI FAIRE.
– Oh, ta gueule.
– Prêt?
– Prêt.
– Ça marche pas, C’EST QUOI CETTE CONNERIE?

On a essayé douze fois en maudissant la majorité de nos aïeux respectifs et chaque fois, le site annonçait une erreur de saisie parfaitement imaginaire. On verra ça demain, il a dit, parie combien que le buraliste a pas encore validé le carnet.

Comme quoi je disais quand même quelques pelletées de conneries sur la mort des rêves vu ma promptitude à m’enflammer sur ce ticket, mais en vérité ça m’a débloquée de les dire.

À croire que c’est con comme ça dans la tête des filles qui rêvent plus et qui n’écrivent pas.

Trente ans

 

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Si tu m’avais demandé, petite, comment je m’imaginais à l’âge de trente ans, je t’aurais dit que je me voyais sans enfants, blonde aux cheveux longs au volant d’une BMW décapotable rouge. Je m’en souviens très bien parce que j’avais fait part de cette vision à la première femme de mon père qui m’avait répondu sans ambages que la BMW rouge, c’était l’achèvement de la vulgarité. Les enfants ont des goûts de chiotte.
J’ai pas voulu la contredire parce que cette femme était l’heureuse propriétaire d’un caniche et qu’à dix ans, je savais déjà que c’était pas la peine d’essayer d’argumenter avec ces gens-là.

Bref, si j’avais su.

J’ai continué très tard à croire que je serais riche un jour, vraiment tard, jusqu’en 2012 pour tout te dire et ça je pense que c’est assez universel chez les enfants, j’veux dire en plus des goûts de chiotte, la conviction qu’adultes on sera tous riches comme des princes. C’est vrai, j’imagine mal prendre un môme entre quatre yeux pour lui demander ce qu’il veut faire plus tard et l’entendre dire « Moi quand je serai grand je serai dans-la-merde ! ».

Un enfant, c’est super optimiste. Le regard neuf, la tête et le cœur qu’ont pas encore beaucoup servi. L’enfant c’est le premier humaniste, c’est l’épicurien de compétition. Regarde Grumeau qui a perdu sa première dent de lait, quand je lui ai raconté que la petite souris viendrait lui poser une pièce sous son oreiller, bon, il a hurlé de joie et il a demandé combien direct :

          Ben je sais pas, tu sais, j’ai plus en tête les tarifs. J’ai perdu les miennes y’a trop longtemps et en plus, c’était même pas la même monnaie. Je pense que tu peux tabler sur un euro sûr, deux peut-être si Papa peut lui faire de la monnaie.

          Non moi je pense qu’elle va me donner une pièce de huit.

          Ça n’existe pas, Grum…

          SI.

Optimiste, visionnaire et extrêmement sûr de lui. Limite extra-lucide. Quand je demande à mon fils ce qu’il veut faire plus tard, il répond :

          Je sais pas encore, en fait.

          T’as tout le temps de trouver.

          Par contre je sais que c’est Papa qui gardera mes enfants quand j’irai au travail.

          Ça c’est certain, mon chaton, parce que no fucking way ce sera moi.

Mais je reviens à cette blonde aux cheveux longs sans enfant qui conduit l’achèvement de la vulgarité et conséquemment friquée que j’imaginais devenir, petite, versus la réalité : cette bonne blague. Même si j’ai des cheveux blancs, même si j’ai deux enfants mais pas de permis de conduire, même si effectivement le coupé BMW rouge ne serait plus mon choix de prédilection et même si je n’ai pas d’emploi stable, je croyais encore qu’un jour, je serais loin des ennuis.

J’ai sans doute eu tort de vivre ma vie tel que je l’entendais sans me soucier d’un avenir professionnel concret, je me suis trompée en arrêtant mes études, juste pour vivre, à la place.  

Aujourd’hui j’ai 31 ans et je suis devenue l’exacte idée de ce que je me faisais de l’âge adulte, petite. Quelqu’un qui ne rêve plus. Et du coup, j’ai aucune idée de ce que je dois dire à mes enfants.

« Tout ira bien » ?

 

Saint-Jourdain et Manchette Batave.

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Au lendemain de l’adoption du Mariage pour tous et à l’aube de cette saloperie de Saint-Valentin, je me mets à penser à mon couple, au mariage et à ce qu’il représente pour moi et pour Pute, qui te dirait si c’était lui qui tenait le clavier un truc du genre : « c’est très bien d’avoir le droit mais ça doit en AUCUN CAS signifier faire l’erreur. Personne t’interdit de mettre fin à tes jours, c’est pas pour autant complètement con de le faire. »

EN GROS.

L’avis de mon mec sur le sujet.

Pourtant, je pensais qu’on allait se marier, pendant un moment.

Par exemple, un jour, on a eu le malheur de passer devant une joaillerie en liquidation totale.
C’était deux jours avant que je mette bas à Culculine et moi d’aviser dans la seconde une bagouze toute de diamants vêtue, je lui ai dit « tu te rends compte ! Tu vas économiser 600€ ! », il a dit « c’est mignon quand tu dream ALONE », j’ai insisté en me pendant à son col : « Une occasion pareille c’est un investissement sur l’avenir. Fais pas ta pute, c’est moins cher qu’une Mauboussin et de toutes façons TU M’AIMES PAS, JE SUIS GROSSE, JE SUIS CONNE, JE SUIS MOCHE, je vais les élever toute seule, toi tu peux te barrer quand tu veux, je pourrais rien faire légalement pour te pourrir la vie et je l’aurais dans le CUL alors tu achètes cette putain de bague et tu m’épouses sinon je perds les eaux et je te ponds un mort-né. »

Il a acheté la bague pour pas me contredire.

Aujourd’hui, ma petite Culculine a trois ans, elle commence à parler anglais et je ne suis toujours pas en possession de la dite-bagouze :

Pourquoi?

Parce qu’il n’a pas encore vraiment décidé à qui l’offrir.

J’ai renoncé à me marier, tu remarqueras.
Je suis pas sûre qu’il soit encore communément possible pour les gens de vivre une vie entière ensemble. Et dix ans ensemble, c’est déjà comme une vie. On peut dire que, pour des raisons ceci dit très différentes, on est plutôt ok avec le fait de pas s’impliquer d’avantage dans notre relation – deux mômes quand même – et de se laisser ainsi la liberté « d’explorer d’autres options », qui est la gentille façon de présenter les choses. La version non édulcorée parlerait de la conscience, prégnante, que rester ensemble avec les dossiers qu’on se tape c’est comme l’Euromillion, y’a pratiquement que chez les portugais qui font ça en famille que ça marche.

Aussi, pour augmenter mes chances de remporter la bague avant la possibilité qu’on arrête de s’aimer définitivement, je me suis mise à vouloir fêter des trucs de ouf comme notre anniversaire ou la Saint-Valentin. Quand je mentionne notre anniversaire, Pute me rit au nez:

– Tu veux dire ce soit disant one shot où tu m’as fait des trucs avec ton collier de perles?
– Bah ouais.
– Tu veux dire ce jour que je t’ai rappelé nos trois premières années et dont tu ne te souviendrais toujours pas aujourd’hui si t’avais pas fini par dessaouler entre-temps?
– Exactement. Celui-là même. 15 décembre 20…03? 2004! 2004?
– …
– 2003!
– Tu te fous de ma gueule?
– Mais enfin, je t’aime encore… Je veux te le montrer.
– T’auras pas la bague.
– Tu fais chier, putain!!!

Bien sûr, je m’assieds aussi souvent sur la Saint-Valentin. Parce que tu comprends, c’est une fête commerciale.

J’ai ré attaqué le sujet « fêtons l’amour qu’on se porte tant qu’il existe » parce que je lâche rarement l’affaire quand j’ai une idée en tête.

– Dis, Pute…
– No way pour la Saint-Valentin.
– Je sais, putain! J’ai trouvé un truc qu’on pourrait dignement fêter. Tenir bon. Je veux dire… on sait tous les deux que ça n’est qu’une question de temps et qu’on a pas mal de chances de finir par plus pouvoir se blairer. Alors le 13 février, on fêterait la Saint-Jourdain, c’était ça ou Béatrice. Le 13 février de chaque année, on célèbre le fait d’être encore en couple malgré la vie qu’on mène et on s ‘engage pour une nouvelle année ensemble.
– Je vois pas bien l’intérêt.
– Un genre d’assurance. Et si on avait envie de rompre en cours d’année, on ne pourrait le faire que le 14 février de l’année suivante, soit le jour idéal pour larguer quelqu’un.
– Mouais …
– Faudrait faire un truc spécial ce jour-là. Le genre de truc un peu fun qu’on ferait spécialement pour célébrer le fait de tenir bon, des trucs vrais quoi, la solidarité.
– Sexuellement tu veux dire?
– Bah ouais.
– Genre je t’…
– Keep dreamin’
– Bon bah quoi alors? Suce-et-lèche?
– Trop classique, nan. Je veux un truc engagé… Je sais pas… la manchette batave?
– What?
– Tu sais, dans ce film, Zack and Miri make a porno ?
– Il était nul, ce film.
– Il était génial, ce film.
– Non, objectivement, c’était de la merde.
– Objectivement, si y’a de la merde quelque part, c’est dans tes yeux.
– La manchette batave, donc?
– Ouais, quand le partenaire se masturbe par le fait que tu actionnes son bras, comme un piston. Tu vois? Tu ne touches pas le sexe, tu actionnes le bras qui touche le sexe. Voilà…
– Ah ouais, maintenant que tu me le dis…
– C’est un beau geste d’entraide.
– Est-ce que tu fais ça pour avoir la bague?
– Non. Si je voulais VRAIMENT la bague, je me serais barrée avec elle, sans les mômes.
– Parce que mettons que je finisse par te l’offrir, cette foutue bague…
– Ouais…
– On pourrait faire comme une carte de fidélité. je te mets un p’tit coup de tampon à chaque passage et quand t’en as dix c’est cadeau?
– Vingt ans pour des diam’s? T’es mon mec, t’es un vendeur de kebab, t’es sorti de prison y’a pas longtemps, t’es quoi au juste?
– C’est Madame extension de garantie qui me dit ça? Je suis ton mec.
– Amen.
– …
– Je savais que ça te plairait…
– La… Manchette… Batave…
– Quand je te dis que c’était génial, ce film.
– Manchette, putain.
– Bonne Saint-Jourdain.

Cette tête que je ne saurais voir.

On ne peut pas dire que je sois une férue d’Art, on ne peut pas dire que j’y connaisse quelque chose, tout juste peut-on dire que c’est l’option que j’ai choisie au lycée. Alors ok, j’avais un carton à dessin, un pass Beaubourg et un abonnement à Beaux-Arts Magazine, alors ok, j’ai peut-être gravé « Delacroix rules the world » sur la porte des chiottes mais voyons les choses en face, c’était surtout pour profiter ces moments où  on te donne 18/20 pour avoir fabriqué une guirlande de nœuds coulants.

L’Art, honnêtement, j’en ai un peu rien à foutre.

Néanmoins, telle que tu me vois, je suis choquée.

cynoque

Ça a commencé ce matin, quand je me suis installée à mon bureau pour crier chez Mark Zuckerberg, l’homme à la bite en fibre optique qui va bientôt te vendre aussi des cartes de crédit, ce matin donc, quand je me suis connectée à facebook pour hurler à la face monde connecté que MOI AUSSI JE SOUFFRE MOI AUSSI JE SUIS MALADE; là tu me diras tout le monde s’en cogne et je te dirais oui, effectivement, SAUF quand tu enrobes ton microbe avec un peu de lol et de nostalgie, là tu peux être sûr qu’on va poucer ta conjonctivite, anybref, j’ai vu une horreur juste après m’être plainte de mes yeux dégueulasses et avoir découvert que 18 de mes amis aimaient ça.

Une actu Paris-Match.

Ça commence mal.

Lorigine-du-monde

Paris-Match dévoile le visage de l’Origine du Monde.

Tiens, si j’allais me faire un bain d’œil ?

Je veux pas qu’on me le gâche. Mes genoux tremblent devant le … ressenti face à cet écureuil. Parfait et tout-puissant. Je ressens « … » ou même plutôt « . », quelque chose de si « . » qu’il n’a pas besoin de mot pour le nommer. En fait c’est des conneries, j’ai plein d’adjectifs ; plein, beau, apaisant, cru, grave, hypnotique, impudique et tranquille. En tout cas, si les mots sont superflus pour raconter l’Origine du Monde, exposer le visage du modèle, c’est vraiment de la gourmandise.

Je pense au canular, tout de suite, avec toutes les conneries qu’ils débitent on serait pas à ça près, parce que je ne vois pas plus achevé dans l’Histoire de l’Art, c’est pas la toile qui appelle un suspense, une suite ou un repentir, elle aurait un visage, ça serait  un peu comme si on découvrait 20 minutes additionnelles d’Autant en Emporte le Vent, vingt minutes durant lesquelles Rhett reviendrait pour sauter Scarlett avant de se rebarrer dans les brumes de Tara, bordel, PERSONNE N’A ENVIE DE VOIR ÇA. A-t-on le droit de se ruer sur nos derniers mythes pour un paquet d’artiche et au nom de quoi, au juste, l’information ou l’amour de l’Art, HEIN PARIS-MATCH ?

Voilà à quoi je pense pendant que je me fais un bain d’œil.

[bain d’œil, bain d’œil, bain d’œil, bain d’œil, j’espère que c’est au moins moitié aussi désagréable à lire qu’à faire]

Quand j’ai pu rouvrir les yeux, j’ai regardé.

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Bon on se doutait déjà qu’elle était brune.

Mais morte ?

Non contents de détruire pas mal de choses dans l’imaginaire collectif, Paris-Match n’a pas peur, NON, de nous montrer un joli petit croquis intitulé La Reconstitution …

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Croquis dans lequel, bien sûr, il n’est absolument pas improbable de trouver un piaf dans la composition.

Je pleure des larmes de pus, Paris-Match et c’est pas seulement la conjonctivite; tu mettrais ta propre merde en une si t’étais sûr de faire des tirages.

Au nom de quoi, déjà? L’information ou l’amour de l’Art?

La Seine

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Comme j’espère secrètement que l’année 2013 sera l’année de tous les changements, je me suis dit que ça tuerait sans doute personne d’y mettre un peu du mien ;  je me suis dit que j’allais me mettre à faire des trucs que je n’avais pas faits en 2012.

Lire un livre, faire le ménage dans mes mails, mon téléphone et le cagibi, réunir tout le courrier que je n’ai pas ouvert et en faire une belle pile sur mon bureau, envisager de l’ouvrir et peut-être dans un second temps le lire lui aussi, accepter de recueillir la succession de mon grand-père, me préparer psychologiquement à aller voir le Trésor Public,  mes ovaires sous le bras,  pour leur dire coucou les gars  j’ai pas déclaré mes revenus depuis 2009, me faire poser un implant contraceptif et marcher pour marcher.

Je te parle ainsi de choses simples, je ne mentionne pas le calcul des indemnités de fin de contrat de ma tendre nourrice Claudine le Dédale qui – forte de ses trois années de service – va me faire incroyablement mal au cul sous quinze jours.

Bref, il fallait reprendre ma vie là où je l’avais laissée, va savoir pourquoi.

J’ai décidé de commencer par le plus important de la liste : marcher pour marcher.
Pour la première fois depuis trois semaines, la cendre avait disparu du ciel de l’Eure ; je suis sortie ventre à terre prendre le soleil, je serais sortie à poil si j’avais pu tellement la lumière m’avait manqué. Heureusement pour tout le monde, c’est toujours janvier à l’heure où je te parle.

Midi et quelques, je vais prendre un douiche et longer la Seine. C’est incroyable de vivre tout au bord d’un fleuve, j’aurais du mal à expliquer en quoi mais ça te hante tranquillement et très vite, il t’est lié comme une ancre. C’est con, dit comme ça et il parait que ça rend les gens neurasthéniques.
Je dis que j’ai pas attendu d’avoir la Seine en bas de chez moi.

On va voir si toutes ces conneries à propos de la contemplation de la nature m’aide à voir un peu plus clair. Je fais de grands pas sur les chemins de halage et y ramasse des bris de faïence. Malgré la tranquillité du coin et l’ambiance naturaliste, je peux pas m’empêcher de penser que j’aimerais bien avoir une vie sexuelle.

Et je pense encore à tous ces trucs qui tourbillonnent sous mon crâne comme un bain qui ne se vide pas, en semant des morceaux de poivron et de poulet sur mon passage, parce que manger en marchant c’est dur à faire proprement, surtout quand t’as un couple de cygnes qui te suit à la trace depuis 200 mètres.

Donc je vais arrêter deux secondes de bouffer comme une truie et de penser comme une conne, je vais m’asseoir sur le banc d’un ponton, regarder le fleuve, les canards, les mouettes, les cygnes, les oies sauvages, les pigeons, bref, tout ce qui flotte volontairement ou non  et profiter du spectacle dans une solitude accomplie.

Malgré la voix de Bertrand Cantat qui s’égosille en live sur 21st Century Schyzoid Man, je sens une présence en amont du banc. Si c’est encore ces deux foutus cygnes qui veulent racketter les restes de mon douiche, je leur jette des pierres. Ils sont beaucoup trop familiers, ces connards, j’ai plus peur d’eux qu’ils n’ont peur de moi.

En me retournant, j’aperçois que le couple de cygnes a laissé place à un couple de quinquagénaires qui se galochent sauvagement. Tellement avides de leur langue respective que ça en devient carrément crade.

Y’a deux-trois trucs que je ne supporte pas chez l’Homme : la lâcheté, la malveillance, Nikos Alliagas et l’esprit grégaire.

Il doit y avoir 26 pontons sur ses foutues berges, des centaines de cygnes et de saules pleureurs, pourquoi choisir celui où y’a déjà une connasse qui cherche à être peinarde ?

Pourquoi c’est sur moi que tombe cette paire de bas du front, qui non contents de pourrir mon spot, semblent investis d’une mission particulière,  me jeter leur amour salivant à la gueule.

Ils sont sales et leurs fringues sont déchirées par endroits, la femme porte des sandales au cuir rompu sur ses pieds nus. Ils s’apprêtent à descendre sur le ponton, bien le bonjour Madame, quand je me demande si les autres gens vivent des situations semblables à celles que je rencontre dès que je passe la porte de mon appart.

–          ‘Gade ça comme c’est beau, je te l’avais pas dit que ça valait le coup ?

–          Quel spectacle !

–          En plus, on est tranquilles.

–          Gade-le là l’canard.

–          On dirait qu’il est dessiné…

–          Quel spectacle, t’as vu ça ?

Ça dure plusieurs minutes durant lesquelles j’ai l’impression de souffrir d’un locked-up syndrome, je suis hypnotisée par eux et incapable de bouger. L’homme me demande s’il peut s’asseoir, j’ai probablement la bouche ouverte mais je ne réponds pas, je pousse mon dard pour leur laisser de la place. L’homme a les cheveux sales et le visage mangé de barbe où s’éparpillent quelques poils jaunes, ses doigts sont gourds et font paraître la cigarette qu’il tient de la taille d’une allumette.

–          T’as fait tes polycopiés pour le centre social ?

–          Oui, t’étais avec moi, je te rappelle…

–          Quand on voit ça, on n’a pas besoin d’aide. Pas vrai Madame ?

–          …

–          Gade un peu comme ils sont beaux.

–          Ça c’est vrai. On dirait qu’ils sont dessinés.

–          Tu l’as déjà dit.

–          Bah vous partez ?

–          …

–          Laisse-la donc, tu vois bien qu’elle parle pas français.

–          Au revoir !

J’articule péniblement un au revoir et je remonte sur la berge. Ils continuent de parler et de regarder l’eau glauque du fleuve pendant que je les prends en photo. Une preuve de l’existence de ces deux personnes parfaitement hors-temps et hors-monde.

–          Bah tu vois bien qu’elle parle français !

–          C’est vrai.

–          Tu me contredis toujours.

–          Comme c’est beau.

–          Alors, ma belle, ça valait pas le coup de marcher ?

 

 

La frustration et le passe-montagne

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Je pensais à la frustration tout à l’heure à la station-service. C’est une petite station Avia en bord de nationale, une microscopique boutique aux employés exclusivement obèses, l’endroit idéal pour bébare un plein de zoil, regonfler ses pneus ou acheter un litre de soda au prix de l’osciètre.

J’y suis souvent fourrée, essentiellement pour me fournir en feuilles et en boisson susmentionnée et le truc totalement ironique dans cette histoire, c’est que la seule et unique raison qui me pousse à fréquenter cette station-service, c’est quand même le fait de ne pas avoir mon permis de conduire. Si j’avais mon permis de conduire, je pourrais faire mes courses comme tout le monde mais non, parce que ça serait peut-être trop simple.

Bref, je pensais à la frustration subitement, en posant deux bouteilles de coca zéro sur le comptoir, quand d’un coup d’un seul un hystéro en passe-montagne a déboulé l’écume aux babines rapport au fait qu’il pouvait pas sortir sa caisse parce que y’avait une putain de berline qui bloquait la sienne.

Contexte:
Dans la boutique nous sommes 6; l’employé de la station affairé à facturer un couple de quarantenaires parisiens bloqués dans ce bled par une panne de moteur, derrière eux patiente un trentenaire robuste et placide qu’est juste venu récupérer sa 206, ensuite nous avons un chômeur longue durée, j’en veux pour preuve la 8/6 dans sa main et l’exemplaire de l’Équipe enroulé sous son bras gauche et pour finir, moi.

Moi, j’ai dormi que deux heures dix à cause de mes deux enfants qui ne savent JAMAIS par quel côté commencer quand ils ont une gastro, les enfants ne savent PAS faire de choix alors résultat quand ils sont malades, la nuit, ils t’explosent tout simplement à la gueule.

Moi, je viens juste de refiler mes enfants frais et dispos de s’être autant purgés la veille à ma belle-mère, je suis fatiguée et je porte un t-shirt Petit Poney. Tout ce que je veux, c’est dépenser une fortune pour des bulles sombres et putainement délicieuse.

Donc comme souvent, je suis pas d’humeur à chanter des comptines et c’est dans cette configuration que débarque le type très énervé.

Il a une sale gueule, hein, on va le dire sans ambages mais avant ça, il est nécessaire de souligner que ce jeune homme porte non seulement une cagoule mais semble surtout avoir BEAUCOUP de mal à gérer ses émotions. Il fait ainsi la queue environ un dixième de seconde avant de se mettre à sautiller et à apostropher l’employé:
 » Hey là l’gros là, bouge ta merde de caisse, je peux pas sortir. »

Le couple de quarantenaires parisiens se retourne brusquement avec des yeux gros comme des « OH MON DIEU UN NOIR DES CITÉS », les miens se tournent vers l’employé qui tremblait pavlovement à l’idée de se faire encore agresser un samedi après-midi. Il tremble vraiment comme une feuille, dis donc, ça se voit qu’il a l’habitude.

Pendant ce temps, le connard en cagoule profère des « nique ta mère la pute » à qui veut bien croiser son regard. L’employé commence à transpirer mais réalise heureusement qu’il n’est pas seul, il fait un rapide examen des clients et décide de miser ses couilles sur la présence du trentenaire placide et robuste qui n’a pas levé les yeux de son smartphone, pour la probable raison que ce dernier, comme qui dirait pudiquement « compatriote » du connard en cagoule, n’a pas l’air inquiet du tout. Le chômeur, quant à lui, a décidé qu’en fin de compte, l’Équipe et l’alcool, c’est carrément contre-productif et s’est barré sans mot dire.

Cette journée est extrêmement longue pour seulement 14h30.
Oui parce que toutes ces insultes et ces injonctions en même temps, ça a jeté un blanc, ça doit bien faire dix secondes que personne n’a parlé, muets d’angoisse ou de consternation, tout le monde se regarde.
Je me suis mise à mater le type en passe-montagne pendant que l’employé rassemblait tout son courage pour lui dire d’aller vous faire mettre s’il vous plaît il y a des clients avant vous et je suis seul au comptoir. Veuillez patienter. Le passe-montagne hurle « BOUGE TA VOITURE MAINTENANT » l’employé, qui se laisse pas démonter dit « NON », le passe-montagne hurle « SI TA RACE », l’employé dit « NON ».

L’homme s’est remis à insulter nos mères respectives et à y regarder de plus près, cette cagoule, cette frustration dans les yeux et dans la voix, je les avais déjà vus quelque part, chez mon fils de quatre ans et demi. Gesticuler comme ça, parler fort et « SI !», l’incompréhension dans les yeux de cet homme devant lequel l’employé ne flanche pas, c’était Grumeau à qui t’expliques qu’il peut pas aller à l’école en short.

L’employé suait désormais à grosses gouttes et menaçait d’appeler les kondés, la quarantenaire regardait son mari avec des yeux gros comme des M’ENFIN GABRIEL FAIS QUELQUE CHOSE et j’en ai profité pour prendre des feuilles. L’autre black placide tripatouillait toujours son Galaxy S.

Gabriel a fini par crier « Ça suffit, monsieur! C’est inacceptable » et sa femme de lui conseiller d’aller déplacer la voiture ; ce à quoi j’ai malgré moi objecté sur un ton qui se voulait être celui de la confidence « Tetetet’ faut qu’il apprenne à gérer sa frustration et à faire la queue, putain, c’est pas vrai, moi d’abord moi d’abord, ON DIRAIT UN MIOCHE ».
Là, j’ai pris conscience de deux choses: je parle trop fort et je parle trop fort.

Le gars me toise de la tête aux pieds en me demandant ce que je regarde et vas-y répète, sale pute. Je me suis dit que si il s’avérait aussi con qu’il y paraissait, j’étais à peu près certaine qu’il allait m’en foutre une pour faire bonne figure alors j’ai ouvert mon manteau pour lui montrer mon t-shirt Petit Poney et ma tête la plus mignonne possible. Je le regarde, il me regarde, je le regarde, il regarde l’employé et lui crie de sortir se battre.

À force de gueuler comme un putois en proférant des menaces de plus en plus scabreuses à l’encontre de son public, l’homme a convaincu l’employé d’appeler les flics, ce qui ne l’empêche pas de continuer sa grosse colère.

L’employé encaisse mes deux bouteilles de coca à 25 millions de dollars, je regarde le mec en passe-montagne, les quarantenaires le regardent, même le mec à la 206 a levé les yeux vers lui. D’un coup, je crois que tout le monde a un peu pitié, en tout cas, je crois parler au nom de tous les protagonistes pour dire qu’au moment où il a hurlé « STEUPLAY » et que les keufs sont arrivés, il faisait vraiment peine à voir.

Cruellement efficaces.

En rentrant chez moi, j’ai repensé à mon fils, qui a déjà volé un truc dans cette station-service, et d’un seul coup, je me suis sentie vachement crevée d’avance. Le boulot que c’est, d’élever des hommes.

Go fuck myself

photo(40)J’ai été une très très vilaine fille fin 2012, tellement vilaine qu’en fin d’année, alors que Pute m’annonçait joyeusement pour la cinquième année consécutive la venue de son pote Pou –  à ne pas confondre avec Prolo, que j’aime d’amour, non, Pou, je l’aime pas. Pou, on peut pas vraiment dire que c’est un décroissant, nan, c’est bien un parasite. Pou, il arrive toujours pile entre Noël et le jour de l’an et ne repart qu’une fois que j’aie menacé l’assemblée de me jeter par la fenêtre si cette saloperie de hippie ne dégage pas dans son Vercors natal dans les deux minutes qui suivent, ça se produit en général le 5 janvier, une semaine après son arrivée qui devait ne durer que 48h –  bref, tellement vilaine qu’aujourd’hui je vois une étrangère dans la glace.

Ainsi donc, après avoir dit à Pute : « C’est simple, c’est lui ou moi, no way je passe la Saint-Sylvestre avec Didier Super », après la découverte de l’option choisie par Pute, en l’occurrence Pou et n’ayant d’autre endroit que mon bureau pour essorer mon petit cœur meurtri, je me suis donc couchée le 28 décembre pour ne me lever que le 03 janvier.

Pendant ces cinq jours au pieu à ronfler et fumer comme une salope je me suis mise à me voir telle que j’étais en 2012.

Une écrivaillonne ratée.

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Alors c’est bien mignon de faire marrer 3 potes sur le web mais quand il s’agit de me mettre au boulot comme par exemple – soyons fous – finir mon roman entamé en novembre 2010, il n’y a plus personne. Quand je vois toutes mes accointances bloguesques réussir, je me dis que je suis vraiment pas faite pour la gloire. Alors je réfléchis. Après tout, est-ce que je suis vraiment faite pour ça ou bien suis-je juste une branleuse qui cause mal mais qui a beaucoup lu ? J’envisage la deuxième hypothèse. Depuis l’enfance, j’ai cru que j’avais quelque chose à dire, je voulais être une voix, une parole, j’avais l’impression d’une chose secrète en moi qui demandait à être écrite. La vérité. Ou plutôt « ma » vérité vu que « la » vérité c’est que je ne suis pas écrivain, juste une blogueuse incroyablement auto-centrée.
Je me suis remise à hanter les annonces Pôlemploi mais même les postes de caissière ou de serveuse me sont refusés. Je vais finir cobaye pour les laboratoires pharmaceutiques. Ou sans-abri, c’est plus probable. Quand tu as trente ans et que tu n’as même pas sur ton compte de quoi acheter une boîte de tampax, t’as du mal à ne pas tourner No Future.

 

Une chatte morte.

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Je suis vide de désir, j’essaie de simuler mais ça ne fonctionne pas, j’ai dû me masturber deux fois cette année et je peux compter mes rapports sexuels sur les doigts de la main, bien sûr, ce nombre ne tient pas compte des « paie ta chatte » et des « pipes diplomatiques.  Mais le fait est, je ne veux plus de sexe. L’idée de me donner du plaisir me dégoûte.

Une fille sous vide.

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Depuis si longtemps, je ne fais rien. À certains moments de la journée, je m’arrête et ça me fait l’impression d’un compte à rebours dont le zéro n’arrive jamais. Le temps suspendu et interminable fait disparaître les meubles de l’appartement et seul, il remplit les pièces ; on ne voit plus que lui. Le temps travaille sans se retourner. Temps-taupe creuse à l’aveugle des galeries de silence dans mes tripes ; le temps passe, je ne fais rien.

Alors je me drogue comme si ça pouvait décemment arranger les choses

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Quand je me suis levée le 03 janvier et que je me suis rendue compte que j’en étais à 5 grammes par jour, j’ai pleuré trèèèèès longtemps, vu que fumer favorise la dépression.

Alors pour 2013, Ludivine, arrête de fumer à en devenir folle et d’en vouloir aux autres pour tes propres erreurs, finis ton roman sans lui et s’il-te-plaît, redeviens Vieux Félin.

Sans shit. C’est comme ça que je l’aime bien.

5! 4! 3! Ta gueule…

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Soyez drôles, inspirés, indulgents, re ou trouvez l’amour, respirez. Rêvez plus, faites l’amour, baisez, dormez bien. Soyez excités, branlez-vous sous la douche, couchez pour coucher. Regardez les gens, prenez le large, faites des listes. Marrez-vous autant que vous le pourrez, souvenez-vous du temps, osez dire ce que vous taisez. Changez de cap, partez loin, prenez des risques et laissez les mémés s’asseoir à votre place dans le métro.
C’est ce que je me souhaite.

Et bon 2013.

Christmas no more.

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La putain de sa race d’enculé de Noël de chiottes de sa mère la grosse TE-PU.
J’en ai PLEIN LE VAGIN de cette saloperie de fête frustroculpabilisante qui m’apporte une fois l’an son lot de dépenses, d’atermoiements et de crises d’angoisse. Comment veux-tu ne pas hyper-ventiler comme une truie quand tu marches en centre-ville sous le son grésillant des enceintes plein air gerbant l’éternel Luciiiiie, Luciiiiiie dépêêêêche-toi on ne viiiit, on ne meurt qu’uneuh  fois  de cet enculé de Pascal Obispo ? Comment veux-tu, hein,  GROS CONNARD ?

Comment veux-tu ne pas avoir envie de courir très vite les yeux fermés avec une bombe autour de la taille quand tu entres dans un  supermarché  ou le salon de ta belle-mère ? Autant de mochetés en même temps sous les yeux que c’est pas Dieu permis.

C’est moi ou chaque année c’est de plus en plus difficile à traverser comme période ? En vérité, je te le dis, c’était mon dernier Noël.

The last one, yes.

I know…

Mais dans la vie tu sais, parfois, faut avoir des couilles. Faut savoir se lever et dire khlasse.

Non. Ça suffit avec Noël, maintenant on va fêter la Saint-Jean. Ou Souccot. Ou le solstice d’hiver je m’en BRANLE mais non aux fêtes qui émasculent mon mec, non aux sabres laser Star Wars, non à ma fille qui chante en boucle depuis maintenant six jours « il me tarde tant que le jour se lève pour voir si tu m’as apporté tous les beaux joujoux que je vois en rêve et que je t’ai commandé. »
La première fois qu’elle l’a chanté j’ai fait « Han trop mignon, c’est marrant, c’est quoi ?!? »
Non aux recherches Google qui m’informent qu’il s’agit en fait du troisième couplet de Petit Papa Noël. Non à Michèle Torr, non à Demis Roussos. Non aux hommes qui ont cru au Père Noël  jusqu’en sixième. Non à Pute de Noël, de façon générale.

C’est un gros dilemme, pour pas dire choc des cultures, dans notre couple actuellement, Je vomis Noël pendant que Pute a douze ans et demi jusqu’au 2 janvier prochain. C’est non seulement source de tensions mais aussi de réel désarroi, de détresse parfois quand je le vois monter une clinique vétérinaire de brousse Playmobil et qu’il en bave tellement il est concentré.  Dans ces moments-là, c’est de la détresse que je ressens. Je veux dire en plus de la frustration sexuelle…

Donc évidemment non avec le concept de Pute en cuisine et au désarroi dramatique du à la découverte du menu de Noël concocté par Pute de Noël : « Alors en amuse-bouche veuillez trouver des feuilletés Picard, nous poursuivrons avec des escargots Picard et des huîtres, petit détour par le Périgord avec une tranche de foie gras… tac… on va ensuite se trouver sur de la coquille Saint-Jacques et sur des doigts de poulets panés Picards et SANS TRANSITION notre bûche glacée au pamplemousse. »

Conséquemment identique à celui éprouvé environ douze heures plus tard chez sa mère : « Bon alors là, c’est tapenade, beurre de crevettes et des radis (de saison, toujours) après y’aura des huîtres et des moules poulette , sans transition pintade farcie aux marrons et foie gras, garnitures de céleri, haricots verts, pommes de terre, salade, fromage, oursons en guimauves, Lindor, vomissements incontrôlés, et bûche au beurre.

Non à ces repas pour lesquels tu frôles l’intoxication alimentaire à peu près quoiqu’il arrive.

Non bien sûr au cd Demis Roussos chante Noël avec le vrai son gramophone comme dans l’temps diffusé pendant ce repas si fluidement élaboré. Non aux belles-mères tellement cinglées qu’elles offrent une friteuse deux années de suite comme ça on aura la pas-grasse ET la grasse.

Non au poulet-frites du lendemain. NON AUX PUTAINS DE GOMMETTES CRAYOLA offertes par des parents irresponsables à leur filleule Culculine quand il est 22:00, qu’elle est complètement shootée au sucre et non supervisée. Non aux NERF sa race, j’en peux plus, ça fait TROIS PUTAINS DE JOURS que je me fais tirer dessus dès que je fais trois pas.

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Non aux paquets cadeaux faits à l’arrache à deux heures du mat’ parce que les enfants ont ce scepticisme bien à eux la nuit du 24 décembre quand ils commencent à grandir et qu’il devient alors compliqué pour nous les adultes de se rappeler que c’est LE PÈRE PUTAIN DE NOËL qui a apporté telle ou telle merde de jouet qui sera cassé dans 45 minutes.

Non aux fêtes qui durent plus de quatre jours, qui m’empêchent de baiser et d’écrire autre chose qu’une liste de courses.

Non.

Plus.

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Greetings from your kid.

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Papa,

J’ai froid.
Et je voudrais changer. Arrêter d’avoir aussi peur et d’être en colère autant.

Vingt ans sont derrière moi ; je regarde du jour de ta mort au dernier jour du monde. C’est aujourd’hui, je l’ai su en 2002 que ça serait ce jour-là, en offrant un calendrier Maya à mon amoureux du moment, qui était vachement branché ska, cocaïne et tout ce qui avait attrait à Manu Chao, aux Illuminati et au Protocole des Sages de Sion. En 2002,  je me disais j’ai le temps de penser au 21/12/2012, là j’peux pas je suis en train d’apprendre à faire du shit moi-même avec deux sacs, des glaçons et un batteur électrique, d’t’façons y’a peu de chances que j’assiste à ça. Impossible de me projeter plus loin que la semaine qui suit.

Aujourd’hui, je suis nerveuse. Je suis tout le temps nerveuse depuis quelques semaines. Et donc je regarde ce que  j’ai fait et ce qu’il s’est passé depuis ta mort.

Mitterrand est mort, déjà. C’est la première chose qui me vient à l’esprit.

Ton père aussi, il a fini par nous laisser entre nous, il y a quelques semaines.

Moi, j’ai regardé le temps passer sans jamais vraiment me mêler au monde, sans ouvrir mon courrier et j’ai observé les gens.

Et puis, comme un peu avant de mourir, tu m’avais dit que si tu pouvais te chier dans la main, tu l’étalerais bien sur ma gueule de petite merde, eh bien j’ai passé les vingt ans écoulés à faire en sorte de te donner raison.

Ma psy m’a dit, il y a longtemps, que la seule façon pour un enfant de rendre acceptable l’inacceptable, la seule façon de comprendre pourquoi son parent le bat ou l’agonit d’injures, la seule façon de rendre cette chose acceptable c’est de se croire responsable et de donner raison à l’homme à l’autre bout de la main.

Donc tu vois, je me déteste avec une application carrément hitlérienne. Je me déteste à un point que ça m’empêche parfois de respirer et ces soupirs de soulagements que je pousse chaque fois que je laisse mes enfants à leur père, à l’école ou à leur grand-mère, ces soupirs flagrants qui me font souvent passer pour une mauvaise mère, ne sont en fait rien d’autre que le soulagement de les savoir protégés de moi-même.
Et quand je respire, c’est que je peux enfin baisser la garde, être moi-même sans me préoccuper de faire mal à quelqu’un que j’aime.

Je vis comme ça. Aimant mal montée à l’envers. Avec pas mal de gens qui ne m’aiment pas, parfois à raison : Claudine le Dédale, ma belle-mère, les hommes que j’ai aimés le plus désespérément, les impôts, ma banque, l’ophtalmo de mon fils et mes voisins, pour ne citer qu’eux.

C’est ta mort qui m’a présentée à l’écriture, lorsque trouvant tes carnets, je découvrais la plume acerbe de mon père et ton sens de la phrase. Alors je t’ai pris l’écriture et soyons honnêtes, j’écris mieux que toi. Je l’aime plus que toi. Mais à part ça, quoi ?

Je sais plus DU TOUT où je voulais en venir, dis donc… C’est pas tant une lettre qu’une suite de phrases sans lien les unes avec les autres. Tant pis, hein.  Je te le fais comme ça sort, tu remettras dans l’ordre.

Voilà. VOILA.

La seule chose que j’aime chez moi, elle vient de toi et t’y es pour QUE DALLE alors que dans toutes celles que je déteste, t’es guilty as charged. C’est absurde.

La vie est trop absurde pour moi. Et du coup y’a plein de trucs de la vie que je ne comprends pas et que je ne peux pas faire. Bien qu’elles soient communément admises par la majorité de la population. La liste est trop longue et embarrassante pour être énoncée en public.

Le monde ne va pas s’arrêter de tourner aujourd’hui mais putain de merde est-ce qu’un jour je vais y comprendre quelque chose ?

Amitiés,

Vieux Félin

Gorge Profonde

 

Je suis pas une putain de chochotte. Nan. Je suis dure au mal, en particulier quand quelque chose me motive. Les sages-femmes du CHU de Rouen me l’ont dit quand je suis partie fumer, elles disaient « Madame, s’il-vous-plaît, on arrache pas les perfusions, mais asseyez-vous, vous allez faire sauter vos agrafes », mon tatoueur me le dit, il dit que « Non pour la cage thoracique, demi A4 ça me fait pas peur, t’encaisse bien. Six heures. » et Pute le reconnait aussi, de temps en temps, mais il dit pas que je suis courageuse ou quoi que ce soit, hein, non lui il dit plutôt « TU POUVAIS PAS ME DIRE, AUSSI, QUE TU FAISAIS UNE HEMORRAGIE INTERNE ? CONNASSE. »

Bref, j’aime véhiculer l’image de la meuf à l’énorme paire de couilles.

Quand mon généraliste m’a dit que je devais passer une fibroscopie parce que c’est pas normal de vomir du sang, j’en ai conclus que j’avais un cancer de l’estomac. Et quand ma belle-mère a su que je devais passer une fibroscopie, elle a cru bon de saisir son téléphone.

–          Allo, Nénette ?

–          Ouais ? Enfin NON. Putain, ce surnom débile.

–          Tu sais, je m’occuperai des enfants comme si c’était les miens.

–          Alors 1 : Je suis pas encore morte et 2 : Je sais que vous en rêvez mais évitez de me parler de ma propre mort, de façon générale.

–          Je vais t’accompagner.

–          C’est pas nécessaire.

–          Si.

–          Pourquoi ? Et me sortez pas votre bullshit sur les liens du sang.

–          Je veux voir, c’est intéressant.

–          Vous voulez dire mon estomac ou la scène dans son ensemble ?

–          Allez…

–          La scène dans son ensemble, dites-le.

–          Bon, je m’en fous, je viens.

–          Ok mais c’est vous qui vous fadez d’aller chercher les gosses le soir… TOUTE LA SEMAINE.

–          …

–          À prendre ou à laisser.

–          Ok.

–          Deal.

Oui parce qu’avec ma belle-mère, on a de nouveaux rapports vachement plus apaisés, basés sur l’honnêteté et le chantage ouvert. En fait nos rapports n’ont en rien changé c’est juste qu’on a accepté de chacune tirer au maximum partie l’une de l’autre. C’est ce qui s’appelle faire contre mauvaise fortune bon cœur. Ou comme elle le dit elle-même : « couvre une génisse… autant la mettre au turbin, je vais te l’ dire ». C’est un truc normand, ça : terminer ses phrases par « je vais te l’dire ». En plus d’être complètement con.

Anybref, après m’être levée à 6h30 et avoir rêvé d’une conversation avec mon père dans laquelle il disait que pour une fille qui passe son temps à se reluquer le nombril, c’était une bonne occasion de voir ce que j’avais vraiment dans le bide, après avoir été traumatisée par le récit de la fibroscopie sans anesthésie de Prolo qui avait clairement mentionné des sangles et un tuyau d’arrosage, c’est crevant de soif et claquant des fesses que j’arrive au cabinet du Dr Louvrier, gastroentérologue.

Dans la salle d’attente, ça sent la viande de cheval crue. J’ai 10 minutes devant moi pour découvrir d’où vient la pestilence et pour tout savoir du cancer colorectal, qui touche à la fois le côlon et le rectum, cancer le plus fréquent pour lequel il existe heureusement des dépistages précoces. Quand le Dr Louvrier est venu me chercher, j’avais eu le temps de déterminer que l’odeur de boucherie chevaline était en fait un savant mélange de désinfectant parfum citron-discutable et de poussière du radiateur et aussi que le cancer colorectal, c’était une sacrée merde.

Ça commence décontract’ avec l’inquisition. Toujours pas de belle-mère en vue.

–          Vous êtes parente avec Pluvieux Félin ?

–          C’est ma mère, ouais. J’ai mentionné que je buvais 2l de soda/jour ?

–          Des antécédents d’ulcères dans votre famille ?

–          Ma mère, non… Mon père… je sais pas…

–          Comment ça ?

–          Il est mort il y a 20 ans et je sais pas si il avait des ulcères. Remarquez, maintenant que vous le dites c’est vrai que sa maladie touchait l’œsophage, il avait des varices.

–          C’était quoi sa maladie ?

–          Hépatite E.

–          Il allait en Afrique ?

–          Non.

–          Vous êtes sûre qu’il avait une hépatite E ?

–          Oui, plutôt.

–          Bizarre. Comment il l’a contracté ?

–          Il s’est blessé avec une fraise en soignant un patient contaminé.

–          Bizarre…

–          Mais sinon, le soda peut-être à l’origine de …

–          Bizarre…

–          Bon, ça suffit Cold Case, wow…

–          Ok vous allez vous allonger à côté et on va commencer.

–          C’est le Coca, c’est ça ?

–          Bah on va voir. Vous êtes à jeun cette fois-ci ?

–          Bah on va voir.

Ça sonne. Ma belle-mère. Perfect timing. Ma belle-mère n’attend pas que l’assistante lui ouvre et arrive derechef dans la salle d’examen avec un sachet de croissants. Le Dr Louvrier a le réflexe normal de quelqu’un qui rencontre ma belle-mère pour la première fois : il recule, il la regarde de la tête aux pieds, ensuite il me regarde et il me demande si je suis avec elle.

–          Ça t’aurait troué le cul de me donner l’adresse ?

–          Madame, veuillez attendre dans le cabinet s’il-vous-plaît, asseyez-vous.

–          C’est la vésicule biliaire, ça… à tous les coups, c’est la vésicule biliaire…

–          Bon, Vieux Félin allongez-vous sur le côté, comme ceci, oui. Alors je vous explique : cette sonde, là, on va essayer de la passer par vos narines même si à mon avis ça ne passera pas auquel cas on fera passer la sonde par la bouche, hein, vous mordrez un cercle en plastique pour ne pas mordre l’appareil, on va vous anesthésier et on y va. Ne vous inquiétez pas pour les nausées, c’est normal. Ou les rots.

–          Haha

–          C’est rot qui vous fait rire ?

–          Non c’est ma narine vue de si près. Aïyeuh sa race ! C’est quoi comme anesthésie ?

–          Effectivement ça ne passe pas par le nez. Eh bien, c’est le même anesthésique que celui utilisé par les chirurgiens-dentistes mais en gel et non en injection. Ça n’empêche pas les nausées mais ça rend les choses plus confortables. Par contre vous ne pourrez rien manger après.

–          PUTAIN MES CROISSANTS, lâche ma belle-mère en semant des miettes partout autour d’elle.

–          Et boire un Coca Zéro ?

–          Pareil, vous pourriez faire une fausse route.

–          Prends l’anesthésie, va, Nénette. C’est une vraie chochotte, celle-là.

–          Mais d’où putain ?

–          Boh t’as toujours un pet de travers… TOUJOURS.

–          Ok mais je suis pas une putain de chochotte ! C’est vous qui cherchez me tuer avec votre croissant… comme si qui que ce soit serait partant pour de la pâte feuilletée après la gorge profonde du siècle. Vous voulez que je m’étouffe sur votre viennoiserie de la mort et maquiller ça en accident, hein ?

–          Tu fais pas la moitié d’une petite pute ingrate, toi…

–          Bon, on peut y aller ?

–          Pas d’anesthésie, Louvrier. Je veux pouvoir remarcher et boire du Coca Zéro.

Je prends une grande respiration avant qu’il n’introduise la sonde et que je ne réalise que cette dernière n’a pas été nettoyée entre mon nez et ma gorge, occasionnant ainsi mon premier haut le cœur et voilà, ça commence. Pour bien supporter la douleur, faut déjà savoir ce que c’est : un message du corps au cerveau pour le mettre en garde. En prenant conscience qu’elle n’est qu’une sonnette d’alarme et en l’acceptant comme une information, elle se gère mieux et plus longtemps. Le truc que je n’avais pas réalisé, c’est que dans la fibroscopie, il n’est pas à proprement parlé question de douleur. Mais d’humiliation. Je reste calme en visualisant la queue que j’ai préféré sucer, je reste presque calme quand le truc se met à souffler de l’air dans mon œsophage, je reste calme jusqu’à ce qu’il se mette à bouger sa connerie d’endoscope. Là je commence à perdre mon calme…

–          C’est ça, rotez bien, Madame…

–          RWWWWWWOOOOAAAA

–          Nickel !

–          RWOOOAAAARRR !

–          C’est rien laissez couler c’est de la salive ! Avalez, avalez !

–          RWEEEEEEEERRRD !

–          Elle rote bien.

–          C’est une hernie, là ?

–          Non, je crois pas. Revenez…

–          RWEEEEEEEERRRD !

–          Arrête donc de te taper la cuisse, Nénette. Tu me fais rire, putain, on dirait un de mes débiles quand il a fait une bêtise…

À ce moment-là, je peux plus penser à la bite que j’ai préféré sucer. Je pense que je suis en train de vivre la pire sensation de ma vie : l’humiliation.  Je suis en train de roter comme la petite de l’Exorciste toutes les trois secondes et de pleurer en convulsant à moitié tandis qu’un truc vivant me rentre dans le ventre et gigote et ma belle-mère se fout de ma gueule…

Quand mon calvaire a pris fin et que je suis retournée dans le cabinet, le visage de ma belle-mère avait perdu dix ans. Elle me regardait les yeux encore tout émerveillés du spectacle auquel ils venaient d’assister. Louvrier était rassurant.

–          Vous allez parfaitement bien.

–          Elle a rien ? Même pas un ulcère ?

–          Non.

–          Une oesophagite.

–          Vous al….

–          Si ça se trouve c’est le pancréas.

–          Non, vous allez parfaitement bien, Vieux Félin, je vous rassure. Il faudra quand même surveiller votre PCR mais…

–          Une coloscopie serait peut-être nécessaire, ma belle-sœur elle avait de l’endométriose ça lui remontait jusque dans la gorge. Des cailloux dans la vésicule biliaire.

–           Écoutez Madame, je parle à ma PATIENTE. Arrêtez de sortir tous les termes médicaux que vous connaissez.

–          L’écoutez pas, elle bosse dans le social… Donc je vais bien ?

–          Très bien.

–          Donc je peux continuer de boire du Coca Zéro ?

–          Euh, oui…

–          Vous pouvez me l’écrire sur une ordonnance?

–          Non. 124€, s’il-vous-plaît.

–          C’est con, j’ai pas mon chéquier.

Quand on est sorties ma belle-mère et moi, il bruinait froid. Nous nous sommes séparées quelques mètres plus loin.

–          Vous avez conscience que je vous rembourserai jamais cette consultation ?

–          Une séance humiliante en mateur, moins de 150€… Je crois que même les putes prennent plus. T’es une affaire.

–          C’est ce que dit votre fils quand je mets son pénis dans ma bouche et qu’il éjacule comme un grand.

 

 

Le Refuge

Dimanche 28 octobre 2012, intérieur jour, salon. Il est 9h22 et nos protagonistes s’engueulent déjà à propos d’une peccadille domestique. Il est question d’étagère et de menaces de garde alternée.

P : De toute façon, je vais pas la poser maintenant, ta putain d’étagère, ça peut bien attendre que je revienne !!! C’est quoi le crucial là-dedans ?
VF : Mais je sais pas, t’as pensé que je pourrais te quitter pendant ce temps-là ? Hein ? Comment je fais après ? Non, ça n’attendra pas. Ça fait trois mois, Pute. TROIS MOIS que tu m’as promis de le faire. Tant que tu n’auras pas posé cette étagère, vous ne partirez pas et l’A1 va rapidement se remplir de véhicules comme mon cœur à cet instant se remplit de bile. Et ton pote Prolo va attendre, attendre, attendre dans le froid comme Lilli des Belons le soir de Noël en attendant Marcel Pagnol, des larmes glacées accrochées à ses longs cils. Attendant dans la nuit sans avoir l’air – mais les couilles bleuies de froid – son ami qui tarde à le rejoindre.
P : Parce que tu crois peut-être que tu vas m’empêcher de partir ?
VF : Si le fait que je sois malade ne t’empêche déjà pas de partir et si en plus tu ne réponds pas à la dernière volonté d’une future défunte… Ouais ouais ouais. Je vais te forer ton premier vagin.
P : Y’a ton téléphone qui sonne.
VF : Je te donne trois mots : perceuse, étagère, salle de bain. Tu les places dans le sens que tu veux et TU POSES CETTE PUTERIE D’ETAGERE.
P : Ouais ça fait cinq mots. Y’a ton téléphone qui sonne.
VF : ALLÔ ? Pute, vous avez pas intérêt à vous casser en loucedé.

C’est ma sœur.

MMM : Tout va bien chez toi ?
VF : Nan. Tu vas bien ? Qu’est-ce que tu veux ?
P : Tu sais que ça va mal finir cette histoire…
VF : OH TA GUEULE HEIN TA GUEULE.
MMM : Charmant. Je voulais juste te dire…
VF : Mais pas comme ça putain, mais laisse-moi la vider avant ! Mon Dieu qu’il est braque… Ouais, Mimi ? Quoi ?
MMM : Bah que ça y est, quoi… Papy est…
P : J’ai pas le temps de la vider et de la nettoyer !
MMM : Mort ce matin, il a eu une arythmie et puis une attaque,  ils n’ont pas pu…
VF : BORDEL mais je vais le faire !
MMM : Les obsèques sont mercredi…
P : Pas le temps… On se casse, après. Les mioches, dites au revoir à Maman.
MMM : BON OH !
VF : Bah quoi ?Barouch hachem. Il a eu une belle vie.  Je peux te rappeler dans cinq minutes quand je serai mère célibataire ?
MMM : Ok.

VF : Bon eh oh, toi, là-bas. C’est quoi ce taf de tunisien de Tunis dans la salle de bain ?
P : Pourquoi tu essaies toujours de m’empêcher de partir ? Pourquoi faut toujours que tu m’emmerdes à mort avant ?
VF : C’est dégueulasse de dire ça ! MON GRAND-PÈRE VIENT DE MOURIR.
P : T’en as rien à foutre, tu le dis toi-même. Arrête de me mettre en retard, on revient mercredi.
VF : Hey,  je suis la SEULE à pouvoir dire ça, ok ? Allez casse-toi, va.
P : Tu m’embrasses pas ?
VF : Non. Et si je meurs avant que tu rentres, tu l’auras sur la conscience toute ta vie.
P : …
VF :…
P : Ok, babaille.

Une fois que les fruits de mes entrailles et leur père eurent quitté les lieux, j’ai rappelé ma sœur et nous avons rapidement convenu que la meilleure façon de rendre hommage à notre grand-père le lendemain  serait de nous gaver de chocolat devant Kathy Bates, successivement dans Misery et Dolores Claiborne. Hormis avoir trouvé à Kathy Bates une ressemblance physique parfois frappante avec notre mère dans Dolores Claiborne, nous n’avons pas fait grand-chose, nous sommes restées l’une près de l’autre.  Nous avons beaucoup parlé, parlé vraiment et ça a un peu comblé ce regret qui nous prend toutes deux depuis que nous sommes mères chaque fois que nous nous quittons : celui de ne pas avoir assez profité de sa sœur.

Nous nous donnons rendez-vous le mercredi suivant à la gare. Pourquoi prendre le train de 8h11 alors qu’on peut prendre le 8h53 ? On va juste se meuler 40 minutes de plus. Ma sœur me répond que notre tante est suffisamment stressée et qu’elle n’a pas voulu la contredire. J’ai froid. J’ai passé un temps infini à savoir ce que j’allais mettre : ce qui impliquait →  essayer de me rappeler les « bien »/ »pas bien » des obsèques juives, tout en composant avec le degré d’observation de mon grand-père au Talmud, not much. Mais c’est sans compter sur la famille par alliance et ma tante, devenue pratiquante depuis des lustres. J’ai caché mes seins, j’ai caché mes tatouages, j’ai natté ma touffe, je ne me suis pas maquillée MAIS je porte une petite robe noire. Donc j’ai une sale gueule et je me meule les guiboles.

Parfait pour un enterrement. Parfait pour la dernière de son nom.

Arrivées à Saint-Lazare, nous attendons notre cousin chez Starbucks, il est bloqué dans les embouteillages, je descends fumer de quoi l’attendre et quand je remonte, ma sœur m’avoue que j’embaume une partie de la boutique tant je pue le haschich. J’ai froid. Trente minutes plus tard, nous sommes au chaud dans la voiture de Mika. Nous partons vers Thiais, le convoi funéraire part lui des Batignolles. Je demande à mon cousin si je peux me maquiller, il n’en a pas la moindre idée et prenant cette absence de réponse pour un oui franc, je fais illico un petit truc scrédit sur mes yeux de lapine mixomateuse.

Je fume encore. Je profite de l’habitacle pour m’en mettre un maximum dans la gueule avant de descendre sur le parking glacial et ensoleillé du cimetière de Thiais. Là où attendent déjà une petite poignée de gens dont ma tante et son mari, les sœurs de mon oncle au grand complet, juifs de Tunisie, tout en faux-blond en maquillage et en bijoux. L’unique frère de mon oncle qui en est une copie androgyne. Certains de leur enfants présents eux aussi. Il fait un froid pénétrant. Tout le monde squatte le soleil et finit immanquablement par se faire de l’ombre. Ainsi les groupes se dispersent, plus par rapport au soleil qu’aux discussions.

Je vois mon autre cousin –  le frère de Mika, Éric – que je connais beaucoup moins depuis les années, sans doute à cause de certaines visions diamétralement opposées et de mes petits jeux cruels d’enfant. Il est beau, il vit à Miami, il est très bien habillé, il porte des lunettes noires, il travaille chez Dior, il a tout compris à l’Amérique, il est gigantesque. Il est devenu une gravure made in Miami Beach, une étincelle. Il me salue poliment, je prends de ses nouvelles en tentant de lui faire comprendre que je regrette le froid entre nous. Il ne le voit pas. Il n’y a que de la peine en face de moi, un petit-fils qui souffre un grand-père qu’il adorait.

Je tente le coup auprès d’Hervé, cousin par alliance à l’œil pétillant et à la bouche qui ne demande qu’à sourire. Je l’embrasse aussi fort que la décence me le permet et je l’engueule à propos d’un message fb auquel il n’a jamais répondu, il m’assure qu’il y a répondu dans l’instant en me laissant son portable avec un aplomb qui malgré ma certitude me pousse à sortir mon iPhone pour vérifier. Tout en cherchant le message et en saluant la première femme de mon père et son mari, nous continuons de discuter, ou plutôt de jouer à regarde comme ma vie est formidable, il déboule ainsi son grand smartphone avec la vidéo de la petite qu’est belle comme une petite fille vraiment belle. Il m’apprend qu’il prend le temps. Qu’il a arrêté de travailler pour s’occuper de sa fille, que sa femme est très prise par son boulot d’acheteuse dans un grand magasin parisien. Je coupe court à la débauche d’envie qui en train de m’envahir en sortant le message resté sans réponse. Il change de sujet en complimentant mon blog. Il me donne demande si j’ai un business plan pour lui. Regarde My Little Paris… Tu dois en vivre.
Hervé.

Je me maudis de m’être habillée en robe quand je vois la tenue des participants, prêts pour le Svalbard, sorties les fourrures, descendants de grossistes, de tailleurs, de fourreurs. On attend encore très longtemps sur le parking le convoi funéraire transportant, en plus du défunt, la sœur de mon grand-père et la cousine de mon père, auxquelles je voue une passion incompréhensible et absolue. Impossible pour moi de m’éclipser prendre quelque drogue que ce soit, légale ou non, tant chaque personne présente semble investie de la mission de m’aborder et de rappeler que « Tu as les yeux de ton père ». Charlie Sheene dans Hot Shot ! et je regrette de ne pas porter des yeux dans un écrin partout avec moi.

On me présente un homme d’une soixantaine d’années que je ne connais pas. Ma tante attrape chacun de nos bras et me dit : c’est le fils de Jacques, qui était le frère de ton grand-père. On se regarde dans les yeux. C’est le cousin germain de mon père et je n’ai jamais entendu parler de lui. Je lui demande son nom de famille. Le même que le mien.

Le rabbin arrive avec le convoi, nous reprenons les voitures et j’ai le temps de couvrir de baisers la cousine de mon père avant de remonter au chaud dans la caisse de Mika, en route vers la bonne division.

Nous sortons des voitures et la famille proche se serre devant le cercueil que l’on sort, porté en partie par Mika et Éric. On recouvre le cercueil et le rabbin chante. Il commence par parler du refuge et je suis captivée, certaine de me souvenir de chaque mot et je n’en ai finalement pas gardé un en mémoire. Je me souviens que c’était vrai.

Je me réfugie dans le dos de ma tante, tenant la main de ma sœur sans regarder autre chose que la boîte en bois et  l’homme en face de nous, ce rabbin de Thiais, qui entamait une histoire sur un type qui demandait qu’on lui résume la Torah en une phrase afin qu’il soit certain d’observer tous les principes et de ne pas offenser l’Éternel. On lui a répondu que la Torah pouvait se résumer à un principe : celui d’aimer son prochain comme l’on s’aime soi-même. Le rabbin dressait ensuite une description plutôt erronée de mon grand-père, notamment avec cette histoire de prochain et de son amour. J’ai senti ma tante sourire dans ses pensées.

C’est ensuite que je me suis émue. C’est ensuite que j’ai hoché la tête en chuchotant les amen. Quand il a parlé de sa vie, de sa force et de sa volonté. Et de l’exemple que l’on pouvait en faire. J’ai remercié cet homme parfaitement égoïste d’avoir su rester en vie, d’avoir tout pris, de ne pas en avoir laissé une miette parce que sans lui nous ne serions pas vivants. Nous étions, ses proches, réfugiés près de son corps se réchauffant des vies que nous lui devons.

Nous ne nous aimerions pas sans lui. Peu importe les affabulations du rabbin ou la nature de mon grand-père, il a vécu son existence comme celui qui sait comment sent la mort de ses amis. Ça n’a jamais fait de lui quelqu’un de bien, au contraire selon moi, mais ça me donne une raison de respecter sa vie et d’être là, devant lui. Cet homme a failli mourir et a passé le temps qui lui restait à profiter de chaque chose. Il s’est gavé.

Nous nous dirigeons vers le trou et les hommes l’y placent. Nous nous mettons en file indienne pour jeter du sable dans sa tombe. Je suis pétrifiée quand vient mon tour, je ne tarde pas à attraper la cuillère à soupe et à jeter maladroitement un peu de poids sur son refuge.

Pendant le kaddish, j’ai la goutte au nez et je me colle à Michael. Je veux pas sortir de mouchoir parce que personne me prendrait au sérieux donc je renifle dans les oreilles de mon cousin qui en a vu d’autres de ma part. Je voudrais le submerger de baisers pour chaque moments passés ensemble, parce qu’il me connait et qu’il m’aime aussi avec la goutte au nez. On a le même sang. J’embrasse ma tante, ma grand-tante et ne sachant que lui dire je lui avoue que son frère m’a toujours fait rire. Elle rigole et elle acquiesce. Elle aussi, je vais la couvrir de baisers mais plus tard dans la journée, en les quittant sa fille et elle.

Dans la voiture, Michael et ma sœur attaquent le sujet. Mac Do après des funérailles ? Mais what the fuck ta mère, s’il-te-plaît, Mika ? Je sais pas pourquoi, je lui ai dit que c’était n’importe quoi, elle y tenait dur comme fer.

Nous nous donnons rendez-vous chez Mac Do pour bâfrer des pâtisseries orientales et des pâtes de coings. Les cafés apportent des vignettes qui apportent des rue de la paix et des burgers gratuits. Ça dure deux heures et ça ressemble à RIEN.

Je ne dis pas ce que je pense, que n’ayant de toute façon absolument rien préparé pour ses propres obsèques, c’est non seulement d’une logique implacable mais aussi la meilleure idée de tous les temps et c’est ma tante, fille modèle jusqu’à la fin de son père, qui l’a eue.

J’en ai pas grand-chose à carrer de ce que mon grand-père aurait dit s’il avait pu nous voir comme ça mais m’est avis qu’il en serait vexé, c’est certain.

SHEH’

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