Le Musée des Cœurs Brisés.

20121002-234256.jpg

Pour ces maigres semaines à voir filer la joie
Toi et tes longs silences pouvez au Diable aller,
Bienheureux soient les fous qui rêvent plus grand que ça.
Tes mots feront l’Histoire, va te faire enculer.

Les monstres passent, sortez les mouchoirs. Faites un vœu pour les belles histoires. Même les tristes. Surtout les tristes.

Le musée des Cœurs Brisés de Zagreb s’installe du 19 décembre au 20 janvier prochain au CENTQUATRE, toutes les infos ICI

Babylone, Gros.

Pute et moi, on a peu de choses en commun en dehors des enfants et de la brosse-à-dents.

Ce que je veux dire c’est que nous n’avons ni les mêmes passions, ni les mêmes convictions, ni les mêmes centres d’intérêt. Nous n’aimons pas la même musique, ne croyons pas aux mêmes choses, n’aimons pas les mêmes gens. Par exemple, on a un ÉNORME contentieux à propos de Chevalier et Laspalès.

Pour tout te dire, on a trois choses en commun : Grumeau, Culculine et Julien Lefèvre.

Pour t’expliquer qui est Julien Lefèvre, faut qu’on « reparte 24 ans en arrière » comme dirait ma belle-mère – qui part ailleurs déteste Julien Lefèvre et nous voue dès lors une haine étonnamment identique, la haine envers celui ou celle qui corrompt son enfant – donc en 1988, date à laquelle Julien Lefèvre et moi nous sommes retrouvés sur les bancs de l’école.

À une date similaire, ses parents s’installaient au laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques, là où vivaient aussi petit Pute et ses parents.

Le laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques, c’est cette zone floutée sur GoogleMap, plantée en plein milieu de la forêt, où habitaient nombre d’enfants de mon entourage. Un havre à l’US, isolé du reste du monde par les arbres et la toute relative altitude par rapport à la ville, un monde à part fait d’allées aux maisons identiques, de cabanes dans les arbres et de forêt où vivaient nos amis et travaillaient leurs parents. Il lui faudra une histoire un jour, pour toutes les heures que j’ai passées là-bas et celles passées à écouter ma belle-mère en parler.

Pour moi c’était un terrain de jeux infini et parfait mais pour elle, c’était un mensonge où les enfants trouvaient la joie dehors mais où derrière les portes fermées, tout le monde nique tout le monde et personne pour faire comme si c’était vrai.

J’y pensais en préparant le diner et en m’attendant d’un instant à l’autre à entendre Julien sonner à l’interphone. Il a le même âge que le mien, et s’il devait y avoir un concours de celui qui a fait le plus de conneries dans sa vingtaine, c’est lui qui gagne haut la main. Quand il est parti d’ici, la moitié de la population mâle entre 18 et 40 ans voulait sa mort. C’est Tuco, ce mec. Un vrai sans race qui te parle pour t’endormir et qui repart avec ta gourmette, un type qu’est notre ami parce que malgré toutes les emmerdes qu’il t’apporte, il a cette infinie tendresse et cette vivacité d’esprit ; deux purs divertissements.

Quand il arrive avec son berger américain, la première chose qu’il demande c’est si nous avons parlé de sa venue à notre entourage. Ça fait plus de dix ans cette histoire, dira Pute en forme de personne n’en a plus rien à foutre. Je mets L’école du Micro d’Argent pour les souvenirs. Il parle toujours autant, aussi vite, à la même vitesse que son esprit tourne, sans s’arrêter une minute. Il dit que Babylone, c’est fini. Qu’il a envie de baiser sa meuf, mais velu quoi. Que Babylone, ma sœur, t’as craqué, tout est en train de couler. Nous apprenons que ses parents divorcent et qu’il déteste toujours autant son vieux.  Nous apprenons qu’il a décidé de le gifler après l’audience.

–          Faut que je trouve le courage.

–          Oh bah t’as quand même réussi à dire Babylone 58 fois en douze minutes. En ça, je trouve déjà que t’es courageux…

–          Ah parce qu’en fait, ça te manque de plus avoir de casier judiciaire, c’est ça ?

–          C’est vrai. Tu crois que ça va t’apporter quoi de le gifler ? Je veux dire à part de la merde ?

–          C’est tout ce qu’il mérite. Une tarte dans sa gueule.

–          N’importe quoi, putain.

La fierté que Julien retire encore aujourd’hui de son père, c’est qu’il vendait des moteurs de fusée et qu’il allait aussi en Guyane pour les voir quitter le sol, celle de Pute que le sien murmurait à l’oreille des ordinateurs, la mienne que le mien avait la tchatche et une molaire tatouée. Mis à part ça, on a tous les trois eu des relations plus que tendues avec nos pères respectifs. En tant que parent, ça me rassure que ces fiertés enfantines, peu importe les erreurs ou pour certains les douleurs infligées, soient si solides au temps, sans âge et indélébiles parce qu’elles sont peut-être les seules bonnes raisons qui nous font nous résoudre à grandir.

Je sais pas si c’est le cas pour eux deux, mais pour Julien et moi, c’est sans doute ce qui nous a fait devenir amis, cette fêlure sous les vêtements bien repassés et les sourires fluor. Je dis ça à reculons parce que nous n’avons jamais formulé ça enfants, trop occupés à croire que c’était pareil chez les autres et donc, un peu plus juste, un peu plus compréhensible.

Mais pour l’instant on ne parle pas de ça. Pour l’instant, on écoute Julien déblatérer sur son 4S.

–          Gros, écoute-moi. Lâche ton appart, vends tes merdes avant qu’elles finissent par te posséder. T’as besoin d’une télé aussi grande ? T’as besoin d’un putain de canapé ? Hey mais t’as craqué, Gros. Bazarde-moi-ça. Fais comme moi. Tu prends une caravane et tu passes le temps qui te reste à baiser ta meuf. Moi, c’est ce que j’ai décidé de faire. Regarde ça, cette petite chose rectangulaire. C’est tout ce dont j’ai besoin. Ouais Gros. Un putain de téléphone. Qu’est-ce que tu veux de plus que ça ? en plus ça fait des supers photos. Regarde ça la chiennasse. Hey Chouchou, CHOUCHOU, écoute ça la meuf depuis que je l’ai larguée elle se prend pour un feu de forêt. Je-vais-te-la-mettre-sévère-ma-puce. NON PUTAIN. JE-VAIS-TE-LA-MET-TRE-SE-VE-RE-MA-PUCE. Téma la chaudasse. Du latex et tout j’hallucine. Gros, regarde.

–          Je vais surtout aller chercher la bouffe avant de devoir assister à ça.

–           T’y connais rien. Hey Chouchou, tu veux un whisky ? J’en reviens pas la meuf comment elle est devenue chaudasse. Parce que tu vois avant elle déprimait et tout, moi j’ai essayé de lui faire voir la vie autrement mais quetchi. J’ai plus de temps à perdre, moi, c’est fini tout ça. La drogue, Babylone, la rue, putain, la rue, Chouchou, t’imagines ? Bah alors, c’est quoi cette tête de blasée ?

–          Tu passes ton temps accroché à ton tel à nous faire partager les cochonneries que t’envoies à ta meuf alors que ça fait au moins deux ans que je t’ai pas vu et tu voudrais peut-être que je sourie et que je hoche la tête  ? Tu fais que ça de parler, piapiapiaJEDISDELAMERDEpiapiapia. Tu me gaves.

–          Putain mais qu’est-ce que t’es chiante, sérieux.

–          Non mais je rêve ! T’es simplement un petit garçon mal élevé qui sait pas où sont les limites, quoi ! Range cette pute de téléphone avant que je le jette par le balcon.

–          Attendez je comprends pas, je suis parti chercher la pancetta dans le frigo, tout allait bien, je reviens, vous vous sautez à la gueule, c’est quoi le secret ?

–          Hey tu vas pas commencer à faire ta relou, là. Comme par exemple y’a quatre ans, la fois où vous êtes venus en vacances. T’étais TROP CHIANTE, t’as même démonté la porte du camion, tellement t’étais schlass. Est-ce que j’ai dit quelque chose ? Alors balaie devant ta porte, tu seras mignonne. Je lui ai dit que je devais arrêter l’exciter parce que j’étais avec des amis mais elle veut rien savoir.

–          ON AVAIT DIT QU’ON REPARLERAIT PLUS JAMAIS DE LA SEMAINE DE LA HONTE.

–          Objectivement vous avez passé votre temps à vous pouiller pour de la merde. C’était pas plus l’un que l’autre, à dire vrai.

–          Gros, ta gueule.

–          Quand tu nous proposes des vacances et qu’on passe une semaine à picoler un litre de whisky par jour sans sortir en jouant au Monopoly faut pas s’étonner que je devienne chiante et que je sois bourrée. Je te dis que j’en ai rien à foutre du latex de Lulu et de comment elle veut que tu la lui mettes. Et pas seulement parce qu’on va passer à table. Je suis super heureuse de te voir alors raconte-moi autre chose, je sais pas… tu fais quoi, maintenant ?

–          Je vis dans une caravane parce que Babylone, je t’ai dit… et puis je construis des maisons en paille, en pierre et en bois.

–          Non mais sérieusement putain.

–          Mais oui sérieusement, je me suis même spécialisé en taille de la pierre.

On parle sans s’arrêter. Surtout lui. On rigole, ils boivent et je fume. Julien re-raconte le pain au chocolat le plus cher du monde. Il demande des nouvelles du bidasse en fiat panda et je lui apprends qu’aux dernières nouvelles il était plutôt malade. Julien s’en désole et on se remet une couche de lycée. Je donne des nouvelles. On se rappelle des profs. De la fois où il avait sauté par la fenêtre, de la fois où j’avais balancé une table. De la fois où je lui ai mis une beigne. De la fois où on avait brûlé le matelas dans la cave, avec le bidasse en Fiat Panda. Et puis il se tourne vers Pute et lui balance le tour du LRBA à poil, les œufs balancés sur les baraques, la cabane de Pute, le p’tit banc, Lindsey, une antillaise au boule de compétition dont je découvre l’existence. De la fois où ils sont tous partis à la mer pour la rejoindre, du poème que Julien lui avait écrit. Pute hoche la tête avec approbation et avoue à son ami avoir profité des vagues pour cacher la gaule gigantesque qu’il avait en lui pelotant le cul.

–          Enculé de ta race de traitre, t’as peloté Lindsey ?

–          Bah ouais écoute, elle voulait que ça. Rhoo putain elle était bonne. Maintenant si ça peut te rassurer, elle est grosse.

–          Non mais sérieux Gros, j’étais Morgan et toi, tu la tâtes. Judas, va.

–          Elle s’en battait de toi, Juju. Elle voulait Nicolas.

–          Ah ouais Nicolas. Ce petit connard …

–          Ouais… avec son petit collier de merde, là et puis sa mèche de merde.

–          Quel gros connard de petit bourge de merde. Il se tapait toutes les meufs ce petit merdeux de merde.

–          Nicolas, euh, Tosser ? Vous êtes en train de parler de Nicolas Tosser, les mecs ?

–          Ouais tu le connais ?

–          …

–          Vite fait.

–          T’as couché avec lui ?

–          NON.

–          AH LA SALOPE ELLE A COUCHE AVEC NICOLAS TOSSER. Chouchou, t’es sale, so sale !

–          Mais non, putain!

–          Avoue.

–          Plutôt crever. Et puis le sujet, c’est ton meilleur ami qui pelote ton premier amour, recentrez le débat.

–          Bâtard.

–          C’est bon, putain ! Remets t’en !

–          Non, je m’en fous. J’me tape Chouchou pour la peine. Viens là.

–          Non. Mais merci d’avoir proposé.

–          C’est vrai qu’on a jamais rien fait toi et moi.

–          Dieu nous garde.

–          Eh ben, ça me rassure, putain. Il en reste un dans ce bled.

–          Oh ça va…

–          J’ai déjà eu une chance avec toi, je suis sûr. Tu peux le dire maintenant que t’es moins belle et que t’as pris du poids.

–          Pendant deux minutes et demi oui, peut-être.

–          AH TU VOIS.

–          Non mais vraiment, vite fait, quoi.

–          Putain dire que je me suis tapé toutes ses années pour rien. Moi je trainais juste avec toi dans l’espoir de te baiser sur un malentendu. Je suis dégoûté, putain. Je peux te prendre en photo, là, sur ton lit avec ton joint ?

–          Non.

–          Pourquoi ?

–          Est-ce que tu peux me jurer, là, devant ton meilleur ami, que tu ne te branleras JAMAIS sur cette photo ?

–          Mais bien sûr putain.

–          Tu vois, qu’est-ce que je te disais, Pute…  Il a pas de limites.

Il a pas de limite.

Pas tout à fait l’Auvergne

Je sais pas comment j’en suis arrivée là. Je crois que ça s’est passé quelque part entre un rapport sexuel et une bouteille de parfum à 100 balles. Et puis pour tout avouer, y’avait aussi cette volonté de renouer le contact avec la famille de Pute. J’ai pas vraiment connu mes grands-parents et si mes enfants – eux –  en ont trois, autant qu’ils en profitent. Surtout que Perdepute et Putedeperdepute  avaient clairement exprimé le désir de les voir.

Il était d’abord convenu entre Pute et moi que je préfèrerais  m’enculer à sec avec un niveau à bulle que de passer 75 heures les yeux dans les yeux dans les yeux dans les yeux dans les yeux dans les yeux avec la famille sans la possibilité de m‘injecter à intervalles réguliers des shoots de dada. Je n’avais pas besoin de le verbaliser, il m’a dit « Tu viens je prends mon vendredi, on va voir mon daron et on rentre dimanche », je l’ai regardé, il a compris le « hahahahaha LOL » et il ne m’en a plus reparlé.

Seulement il a oublié d’être con, l’enculé.  Pis je savais pas dans quoi je m’embarquais, remarque, c’est ça aussi… la candeur. Je te disais donc que ça s’était passé entre un rapport sexuel et une bouteille de parfum. Tout ce putain de cauchemar a commencé avec cette bouteille de parfum. Il est sorti en Europe le 17 août 2012, j’appelle Coco Noir.

Le truc essentiel à savoir c’est que je vends un certain nombre de parties de mon anatomie contre du Chanel. Surtout la joaillerie. SURTOUT la parfumerie. Mais y’a une totale injustice, n°5  – tout comme la grande majorité des parfums de la marque – sur ma peau, ça donne les pires virages du monde. Je cherchais à savoir ce que ça faisait de trouver son parfum. Et puis voilà, il est sorti le mois dernier.

Mais avant ça y’avait le rapport sexuel. Pute c’est pas du genre à arrière-penser quand il baise, c’est pas non plus du genre à se servir du sexe comme d’une arme. Lui tout ce qu’il demande, c’est qu’on veuille bien lui en donner, du sexe. C’est pour ça que je me suis pas du tout méfiée, que j’ai absolument pas vu de lien entre sa langue dans mon oreille, sa main dans mon futal et les clés de voiture qu’il agitait sous mes yeux. Il m’a dit « on va chez mon père », j’ai répondu « Pas de problème » et  en deux minutes c’était plié. Procureur d’orgasmes depuis 2003, quand même.

Le lendemain jour du départ, je me ravise.

–          Non parce qu’en fait, j’en ai marre, ça fait des mois que je te dis d’acheter une caisse, n’importe quoi, une AX mais j’en ai plein le cul de voyager dans la bétaillère, quoi. Je veux un moyen de transport qui n’impose pas le port d’un casque anti-bruit et d’un harnais.  No fucking way je vais en Auvergne avec l’Iveco.

–           Non mais pas de problème, j’ai loué une C3.

–          Ah. T’as pensé à tout, on dirait…

–          On dirait…

–          Non mais bien joué.

–          Merci, oui.

Il m’a tendu un sac Nocibé.

–          Cadeau, pour toi. De mon cœur vers ton coeur.

–          Qu’est-ce que c’est que ce bordel, j’ai déjà dit oui…

–          Non mais rien à voir, ouvre.

–          Tu déconnes… Non, c’est quand même pas… HAN NAN CAY PA VRAY, viens-là que je te SUCE. Hiiii, HAN C’EST TRES VILAIN, ça… Ouuuuuh ! Putain, putain, putain, putain… Oh ouais nan… AHHHHIOU AHHHHIOUUUU… Putain de sa race je vais CREVER de bonheur. Mais il coûte une blinde, putain ! Viens-là!

–          Oui deux secon…

–          VIENS TOUT DE SUITE ME METTRE UNE FLAQUÉE.

–          Hey respire, je viens.

–          Je vais te casser la fraise, tu vas pas comprendre ce qui t’arriv…

C’est là que j’ai réfléchis deux minutes et que j’ai eu comme un doute sur ses réelles motivations. Pute m’offre rien, même pas un bédo.

–  Dis donc, Pute ?
– Ouais ?
– Ils habitent où exactement en Auvergne, ton père et sa nouvelle femme? Genre Murat ?
– T’es douce, tu sens bon…
– Non mais sans déconner.
– Bah c’est pas tout à fait l’Auvergne… disons que c’est le sud-centre. Voilà.
– On parle de quoi, là ? Nord ou sud de Clermont-Ferrand ? Parce que par Sud-Centre, t’entends  Centre en fait, c’est ça ?
– Bah c’est à deux pas de Montluçon, quoi.
– À deux pas de Montluçon vers la Creuse ?
– Non pas exactement la Creuse.
– Qu’est-ce que c’est, pas exactement la Creuse, bon sang de merde ?
– L’Allier, pourquoi ?

C’est là qu’il m’a mis un violent coup dans la nuque.

Quand je me suis réveillée, j’étais sur l’A71 et Grumeau tapait Culculine avec son propre téléphone Cendrillon pendant que Pute chantonnait « Mon papa, ne veut pas, que je danse que je danse, mon papa, ne veut pas, que je danse la polka » avant de partir sur un rire démoniaque et que des ailes de chauve-souris lui poussent à la place des oreilles et puis il me hurlait « JE VEUX DES VACANCES T’ENTENDS ?  DES VACANCES ». Après, il avalait le volant.
Quand je me suis vraiment réveillée, j’étais sur l’A71 et Grumeau tapait sa sœur avec son propre téléphone portable Cendrillon. Pute ne chantait pas.

–          Tu te rappelles quand tu m’as dit que tu voulais arrêter de faire de gros compromis pour pouvoir n’en faire que des petits ?

–          Non.

–          Mais si. Bah là, c’est un petit.

Quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas de frelon en vue, juste Perdepute qui nous attendait en clopant. Quand nous sommes entrés à l’intérieur de leur maisonnée, j’ai fait différents constats immédiats que je n’ai pas pu m’empêcher de faire partager à mon entourage proche. C’est moi ou il y a beaucoup plus de jaune et de vert que nécessaire dans cette turne ? Ah tiens, des Brise Touch and Spray. Des télés, y’en a combien ? QUATRE ? Et celle du salon, elle est allumée pour les fleurs en tissus ou le poster de chat ?
Pute m’a tendu mon flacon de Lexomil pendant que les enfants surexcités suivaient leur grand-père dans le jardin archisec. Quand je suis venue les rejoindre, la seule chose que j’avais en tête c’était de fumer un tarpeï.
–  Hey pssst… Pute…

–          Hey… Pute. Psst putain.

–          Quoi, bordel ? Quoi ?

–          Passe-moi le paki. Je suis morte de trouille, j’ai cru voir passer des nains de jardin et des écureuils en plastique.

–          J’ai pas de paki.

–          Non mais sérieux.

–          J’en ai pas, je te dis.

–          Mais il est où ?!?

–          Je sais pas, moi… Environ trois cents cinquante kilomètres au nord-ouest, chez ton dealer…

Quand je suis revenue à moi, j’étais à table devant un poulet rôti. Perdepute s’échinait à m’expliquer la vulgarisation du langage C dans la programmation personnalisée des nouveaux logiciels libres et par extension, des derniers systèmes d’exploitation tous plus ou moins dérivés d’UNIX.

–          Moi, j’utilise Gimp.

–          Ah.

–          Vous saviez que Jean-Luc Delarue s’était converti à l’Islam ?

J’ai tourné la tête sur ma gauche, pour découvrir Putedeperdepute en train de me masser l’épaule et les cheveux. Je me suis rappelé que j’avais pas le droit de la taper rapport à son cancer alors je me suis juste subrepticement dérobée à sa prise en allant m’asseoir à l’autre bout de la table.

–          Eh bien, non…

–          Tu veux un whisky, VF ?

–          Non, merci. Je ne bois plus d’alcool.

–          D’accord, un champagne alors ?

–          Non merci. J’ai arrêté de boire de l’alcool.

–          Ok alors un Martini blanc ?

–          Non merci. J’ai arrêté de pillave comme une truie et à la place, j’ai recommencé à me défoncer au shit, comme ça, je gère mieux ma consommation.

–          Pour en revenir à Jean-Luc Delarue, il s’était quand même converti à l’Islam. C’est pas rien.

–          Bon. D’accord. Fils ? Jaja ?

–          Rince-moi.

–          Mais qu’est-ce qu’il foutait chez les islamistes, Delarue, quand même ?

–          T’es sûr Papa ? j’ai jamais entendu parler de ça.

–          Qu’est-ce qu’on en a à branler, surtout…

–          Si on l’a vu à la télé. Ça a fait scandale.

–          Pourquoi ?

–          Bah Delarue islamiste !

–          Mais nan putain musulman !

–          C’est quoi la différence ?

–          La différence c’est que les musulmans suivent les préceptes du Coran alors que les islamistes se servent de leur religion pour obtenir la victoire de la nuit sur l’esprit. C’est le cas pour chaque extrémiste, d’ailleurs. Ou pour les cons, en général.

–          Calme ta joie, Mimine. T’es pas au cirque. Je te rappelle que tu portes du parfum.

–          Non mais quand on dit des mots avec sa bouche pleine et qu’on va chercher son couscous le dimanche comme un bon français, autant savoir ce qu’ils signifient. Histoire de pas passer pour un boche.

Là-dessus, Pute est parti me chercher un Coca Zéro et je ne sais pas ce qu’il avait mis dedans mais j’ai rien vu d’autre que l’écran de mes paupières pendant douze heures.

Quand j’ai rouvert les yeux, il faisait jour dans la chambre jaune et verte au couvre-lit vert anis. Deuxième jour de ma captivité.
Je regarde les livres qui ornent les petites armoires basses Ikea, cinq exemplaires de Guillaume Musso, Le Petit Prince, Les Fleurs du Mal sur lequel est négligemment posée une longue chaîne portant une clef ancienne. Anna Gavalda. Florence Aubenas. Le gigantesque écran de télévision. Je me demande ce que Pute m’a fait boire mais je suis à peu près sûre que les milliers de Mr Magoo agitant une bouteille de Coco Noir que je vois danser sur les murs ne sont là que dans ma tête.

Onze heures.

–          PUTE !

–          …

–          PUTE !

–          Hein ? Quoi ? Mais ça va pas bien, non ? De gueuler comme un putois…

–          Qu’est-ce que t’as mis dans ma cannette hier ?

–          Un Stilnox et un des antidouleurs d’ après ta grosse extra-utérine.

–          De la morphine ?! Ils étaient pas périmés ?

–          Je sais pas. Allez, grouille-toi on part à Hérisson.

–          Non. D’abord t’arrête de me droguer, s’il-te-plaît.

–          Ok mais t’arrête d’insulter mon père, alors.

–          Je l’aime bien mais il est raciste ton papa, Pute … Ta mère, à côté, c’est Julien Dray.

–          Je m’en branle, tu fais comme si ou je te fracasse la tête avec ta propre pharmacie.

–          Tu trouves pas qu’on donne pas forcément le meilleur exemple pour Sidonie et Martin ?

–          Grumeau et Culculine.

–          Ouais… Dis, ça fait longtemps que je les ai pas vus. Ils vont bien ?

–          Nickel, ils jouent dehors, on t’attend pour partir.

–          Ok je vais passer cette robe de chambre et j’arrive.

–          C’est ça.

À Hérisson, les vestiges de l’ancien château médiéval se dressaient comme des I ruinés. Je regarde Putdeperdepute  s’extraire très lentement de la voiture et tout aussi lentement se diriger vers Culculine et moi, Culculine et moi mal réveillées. La GUEDIN, ouais. Elle nous attrape par les queues de cheval et nous tourne brusquement tandis que les flashes du Nikon de Perdepute se mettent à crépiter.

–          Bah les pattes, Capitaine Krabs…

–          Pardon, ma douce ?

–          Arrêtez de me toucher s’il-vous-plaît.

[Excursus sur Putdeperdepute : la première fois que j’ai rencontré Perdepute et Putdeperdepute c’était le premier avril 2008, jour de la naissance de Grumeau. Forcément désireux de propager la bonne nouvelle, Pute décide d’appeler son père. Papa t’es assis ? Non je suis à l’hôpital avec ma femme. Ah merde. Non mais t’inquiète la routine. Ah ok, parce que mon fils est né. C’est génial, ça, félicitation mon grand ! Il est TOUT PETIT. Je suis désolé mais je te dis, je suis à Charles Nicolle alors je peux pas rester au téléphone dans le service. Eh mais NOUS AUSSI ON EST A CHARLES NICOLLE ! Ah bon ? Mais quelle coïncidence EXTRAORDINAIRE. Bah ouais, chambre 301, elle va bientôt remonter du bloc, viens ! Ok, j’arrive.

On est d’accord quel est le meilleur moment pour rencontrer son beau-père qu’en remontant de césarienne ?

On est d’accord aussi, quand on ne connait pas la nana du fils de son mari et à fortiori quand cette dernière a accouché de son premier enfant dans les deux heures qui ont précédé, on évite de l’embrasser sur le FRONT pour lui dire bonjour. Fin de l’excursus sur Putdeperdepute, WAY, WAY, WAAAY trop démonstrative.]

Je me jette sur Pute.

–          Pitié, maître ! Je vais la jeter dans le ravin si elle arrête pas de me suivre.

–          Tu ne touches pas à un seul de ses cheveux.

–          Mais c’est elle qui veut pas lâcher les miens, elle mettrait le nez dedans si elle pouvait, je pense.

–          Elle t’aime bien, c’est tout.

–          Mais elle est me touche tout le temps et elle est lente. Au moins, ta mère, elle me déteste tellement qu’elle a la gouache. On s’emmerde pas.  C’est un pétard ?

–          Non.

–          Va y fais pepse. FAIS PEPSE.

–          C’est une roulée, putain. Tiens prends ça.

–          C’est quoi ?

–          Tu veux vraiment savoir ?

–          Non, pas vraiment.

Plus tard, j’étais à moitié vautrée dans le donjon en caressant les pierres rouges et poreuses, comptant les faucheuses. Je me disais qu’après tout c’était fun l’Allier, que les drogues c’était quand même vachement bien, jusqu’à ce que Putdeperdepute se sente obligée de venir s’allonger à côté de moi.

–          Non mais quoi, encore ?

–          Je te dérange ?

Derrière elle, Pute me regarde droit dans les yeux en faisant passer son pouce sur sa gorge et en agitant discrètement une plaquette de Néocodion.

–          Noui.

–          Tant mieux.

–          J’ai hâte de rentrer chez moi.

–          Chez moi tu veux dire ?

–          Non, chez moi. J’ai le mal du pays.

Putpdeperdepute se sent obligée de me caresser les cheveux en fredonnant.

–          J’ai une mère, vous savez…

–          Oui.

–          Lâchez mes cheveux, s’il-vous-plaît.

–          Non.

Larmire

Perso, j’ai toujours eu deux vrais gros problèmes dans la vie → la concordance des temps et gérer mes émotions. Ouais, ouais, je sais, ça te troue les miches mais c’est la stricte vérité. Et je parle de l’émotion au sens large. Émotions du latin motio action de mouvoir, mouvement et dont la définition est disputée par les différentes écoles des Redresseurs de Sens; qui sont pour moi la peur, la colère, la tristesse, la joie, l’envie, le dégoût, la satiété, la frustration et patin-couffin.

Ça a commencé à me poser problème tout de suite. Ma daronne se plaisait à me raconter son impuissance face à la putain de terreur que m’inspiraient les mouches de ce bout de ferme que nous louions l’été à Romilly-la-Puthenaye, ou l’embryon de crainte face à la putain de colère qui pouvait me prendre quand il était question de s’aventurer à toucher à mes Polly Pocket.

J’ai du mal à gérer mes émotions. La preuve, j’adore Francis Cabrel.

J’ai des réactions parfois inappropriées aux circonstances, soit qu’elles soient extrêmes (je t’avais prévenu) ou qu’elles soient source de confusion pour la personne qui les reçoit et pour ma pomme, obviously, c’est un peu toujours la MERDE.

À l’école je t’explique même pas comment ça m’a posé problème. Enfin si, sinon aucun intérêt.

Je me souviens d’une visite de la médecine scolaire en CP et de la surprise du médecin devant mon corps couvert de bleus. Le truc c’est que je venais d’apprendre à faire du vélo, j’avais passé l’intégralité du weekend précédent à me vautrer dans les groseilles à maquereau, je revois encore mes jambes et mes bras dans le bain le soir, soldat à terre et fière de toutes mes contusions.

Le médecin les a bien évidemment regardées avec beaucoup de méfiance. Il me regarde avec circonspection quand je lui dis, gros pou, que j’ai appris toute seule à faire du vélo. Il insiste, il ne me croit pas. Du coup qu’est-ce que je fais? Hyper normal, je me mets à chialer comme un veau. Le médecin en conclue qu’on me fouette tous les soirs avec des dictionnaires et qu’on prend ma peau pour du bacon. Non, j’ai appris à faire du vélo. Je n’ai pas eu peur. Je l’ai fait toute seule. Pourquoi il vient me faire chier mes parents et moi? Et pourquoi j’ai pas une tête à apprendre toute seule? Et pourquoi il me dit pas bravo, ce connard, comme Mme Coinon?

J’étais en CM2 quand j’ai perdu mon père. Je me souviens d’être très vite retournée en classe. Peut-être un peu trop tôt selon moi mais définitivement WAY TOO EARLY au goût de mon institutrice qui décida que je dérangeais et que l’élève Vieux Félin serait mieux dehors dans la cour que dedans à terroriser toute la classe. Je passais mon temps à avoir des fous-rires. Je suis en classe → je me souviens que mon père est mort → je convulse de LOL → je chiale ma race → je convulse de LOL → je chiale ma race → je convulse de LOL .

Avec le recul, I totally get it…

Trois mois plus tard, un concours présidé par Émir Kusturica est organisé dans les écoles du département autour de Jonathan Livingston le goéland. Mon école présente une nouvelle que j’ai écrite en gardant la même structure narrative que pour le piaf et dans laquelle je plagie mot pour mot Michel Sardou sans que ça dérange personne. Mon école gagne ex aequo avec Gasny qui était automatiquement premier en acceptant de recevoir de la cérémonie. Je ressens alors une vraie pure joie et puis aussi un truc chaud couler le long de mes jambes: mon urine.

Quand je suis content je vomis, disait Simon Jérémie, la vedette du film Red is Dead, moi je me pisse dessus. Dieu préserve j’étais en robe pour faire joli et Dieu préserve j’ai caché mon slip dans le car du retour. Ni vi ni connu j’t’embrouille. Mais quand même. Tu comprends.

Donc quand au téléphone DL m’explique par A + B en quoi le dernier pitch que je lui ai envoyé et que je crois être une pure merveille ne convient pas, au lieu de lui faire comprendre que je ne suis pas triste mais que j’ai peur de ne pas y arriver, je me mets bien classiquement à lui morver dans les feuilles: top crédibilité. Je me dis que je vais encore passer pour une débile mentale.

– Mais tu sais, il y a des scénaristes pro, des gens dont c’est le travail depuis vingt-ans, qui sont comme toi et qui rament et qui n’ont pas encore trouvé.
– Dans quel monde c’est censé me rassurer, cette information?
– Je sais pas sur quelle planète tu vis mais sur la mienne, c’est la réalité, triste ou pas.
– Fait chier putain MERDE.
– Le plus difficile, c’est toujours de laisser tomber ses idées.
– C’est le mot de la fin, tu crois?
– Aucune idée. Après tout, c’est toi qui écris.

Puisque j’écris, je propose un verbe.
Larmire
Je larmis
Tu larmis
Il/elle larmit
Nous larmions
Vous larmiez
Ils/elles larmient

Et puis si le vélo ne s’oublie pas j’espère qu’écrire s’apprend, maybe avec du sel, de l’eau et du sang.

Photo, ceci est la couleur de mes rêves.

« C’est terrifiant, la vitesse à laquelle ça passe. Qu’est-ce qu’ils sont grands… »

C’est ce que je me disais ce matin, en hurlant à Culculine de FAIRE LA STATUE, PUTAIN, t’as compris LA STATUE c’est pourtant pas compliqué BORDEL, putain, CHIOTTE et à Grumeau d’arrêter de se vautrer sur sa sœur car ils avaient bien insisté, au téléphone : il fallait prendre des photos des enfants, ça lui ferait tellement plaisir. Penses-y d’accord ?

Même si l’optique de faire quelque chose pour mon grand-père me réjouissait à peu près autant qu’une partie de jokari avec le cadavre moitié de Carlos (Dolto) et moitié de Benjamin Castaldi, je mettrais du cœur à l’ouvrage dans la réalisation du cliché.

Parce que tu comprends, ce sera sans doute le dernier…

J’avais bien compris le message. De toute façon, je vais te dire, les alertes Facebook sur ton portable à 01h00 du mat’ qui commencent par « Les filles, dimanche dernier votre grand-père… »  ça pue de la gueule di-rect. Quand je lis le message et que je me rends compte qu’il n’a pas encore passé l’arme à gauche mais qu’on a quand même jeté un œil coupable à ses costumes, je ne sais pas quoi dire. Alors c’est ce que je réponds, franchement, je ne sais pas quoi dire.

Pour différentes raisons j’ai du mal à m’émouvoir, j’ai très vite intégré le fait qu’on pouvait ne pas aimer sa famille et cette personne à mes yeux ne compte pas vraiment. Je ne pense à lui que lorsque quelqu’un mentionne son nom. Je ne le déteste pas mais je me fous de ce qui peut bien lui arriver d’une manière absolument assumée.  La distance, le deuil, l’égoïsme et toutes ces choses qui séparent les familles avaient bien fait leur taf, au fil des années, tranquille Emile comme on détricote une écharpe. Quatre-vingt-quatorze ans à faire chier le monde, y’a un moment où faut savoir foutre la paix aux gens, me dira ma mère alors que je hoche la tête avec empressement.

Je suis bien emmerdée, sur le moment. Je n’ai pas envie de feindre d’être affectée mais j’ai plus envie de donner d’avantage l’impression à la famille de mon père d’être une sociopathe avec des daddy issues de tarba.

Dilemme.

Je tente un « C’est où ça, Villeneuve Saint-Georges ? » ce à quoi mon zink me répond en substance « Googlemap connasse, j’suis pas ton boy », puis un « Je vais essayer de venir » fade qu’il sanctionne d’un « j’espère pour toi ». Un infarctus, il est tombé, les soins intensifs, il est en cardio maintenant, les médecins n’opèrent plus.

C’est mon oncle que j’ai au téléphone le lendemain: Il est très fatigué, son aorte ne remplit plus son rôle. Et puis tu comprends, il ne veut plus manger. Là, à ce stade, ça ne tient plus qu’à lui. Un jour, une semaine, un mois, un an… ils ne savent pas.

Hmm. Hmm. Hmm. Bah c’est exactement comme…

Je m’arrête de parler avant de comparer mon grand-père à notre vieille ford break sans roues ni carburateur qui traîne sur le parking depuis cinq ans. Il me passe ma tante, qui me demande de venir, parce qu’elle a besoin de nous avec elle.

À demain. On vous attend à la gare.

Tu brasses de l’air, me dit ma sœur et je la ferais passer par le balcon tellement ça m’énerve de la voir plantée dans le salon alors que je m’affaire et que je n’ai pas posé mon boulé depuis 8 du mat’. Nous partons sous un soleil d’automne, un peu tendues. Dans le train, on ne parle pas. Dans le métro, on se parle à peine. Dans le RER, on se tait. Je me remaquille. Le type d’en face nous mate sans vergogne, ma sœur et moi, et je me demande si je dois sucer mon bâton de Guerlain pour qu’il comprenne que ça se fait pas. Je fume ma quatrième cigarette d’herbe de cannabis de la matinée devant la gare de Villeneuve Saint-Georges et ses bouchons. Maussades. Aucune de nous n’est là pour l’homme de quatre-vingt-quatorze ans, on se console avec la promesse de voir les autres, surtout. Le « on arrive tout de suite » se transforme en 22 minutes, nous trépignons, il fait chaud, il y a du bruit, des bagnoles, du bordel, la chaleur et on veut pas être là anyway.

–          Tu crois qu’il va t’appeler Evelyne ?

–           Probable ouais, si il gadouille. C’est ce qu’ils m’ont dit, en tout cas.

–           C’était sa pute, tu savais ?

–          Je SAIS.

Je me doute bien maintenant qu’il y avait une forme de compliment sous cette erreur, mais fut-ce la main au cul qui accompagnait invariablement ses « Elle est belle, Evelyne, espèce de CHAMEAU », j’avais du mal à l’apprécier à sa juste valeur quand j’avais 14 ans.

Ils arrivent au moment où je décide secrètement que ça va bien, là, dans cinq minutes ça y est je me casse. On se presse dans la sköda avec entrain. Mon oncle conduit comme un taré dans les rues avant qu’on ait le temps ma sœur et moi d’attacher nos ceintures. C’est parti. J’ai pris tout ce qu’il faut ; un dessin, une vidéo et des photos, de belles photos retouchées du contraste et de l’intention.
J’éprouve une joie inédite à retrouver mon oncle et ma tante. Nous arrivons.

Les travaux en cours font ressembler l’hosto à un hangar, un entrepôt avec d’un côté les vieux et de l’autre les bébés. Jean-Rodrigo, Pierre-José, vous faites pas chier, mettez tous les dégueu au même étage.

Comme ça, au moins, on s’emmerde pas.

Bref, on arrive. Sérieusement j’ai peur de le voir. J’ai peur de le voir parce qu’il va peut-être mourir bientôt, qu’il peut pas faire celui qui sait pas et comme j’avais pris sur mon temps libre de passer en revue les sujets de conversation potentiels, j’avais rapidement constaté qu’aucun des topics sélectionnés par mes soins ne sauraient passer les douanes de la morale et des moeurs, me laissant ainsi bien peu de cartouches pour farder ma parfaite indifférence.

Ma tante nous dit qu’elle veut lui faire une surprise et entre d’abord seule, et ma sœur et moi de nous demander simultanément si elle tient vraiment accélérer l’œuvre de Dieu, la part du Diable.  La chambre est claire avec de grandes baies vitrée et glaciale.
Je me penche sur lui comme sur un berceau, il est super vieux.

« Chameau. »

Je l’embrasse et ne sentant aucune partie tendre de ma personne innocemment explorée par la main tellement étourdie de mon grand-père, j’en conclus qu’il est vraiment vide de force. Sa peau est très sèche, violette et marron par endroits. Il sourit, son fils lui ressemblait tellement. C’est ça que je redoutais un peu. Revoir un peu de mon père et à dire vrai son pire, le moche en lui qui ne dormait pas la nuit. C’est un vieillard que nous voyons mais la fatigue fige son visage dans les identiques traits graves et méditerranéens de son fils, 20 ans plus tôt. Le même teint olivâtre et gris, effacé. Une brume autour de lui. C’est une très vieille machine que mon grand-père. Mes yeux se posent sur un pot d’eau gélifiée édulcorée et je ne savais pas que ces choses devaient exister pour certaines personnes. Dénaturer. Première étape. Il attrape mon bras sans réelle prise et je me penche sur lui.

« Tu es belle, Chameau. »
Merci, Papy. Toi aussi. Te méprends pas, je fais pas la belle c’est juste que mon grand-père est un vrai queutard, pour parler pudiquement .

Tu as vu le docteur, Papa ?
Oui.
Et qu’est-ce qu’il a dit alors ?
Fauteuil.
Ah oui, ça il faut que tu t’asseyes et que tu manges. Ma tante lui tend un Cornetto, une bouteille de Volvic citron et une serviette à carreaux.
Qu’est-ce que tu as fait ce matin ?
Qu’est-ce que j’ai fait ce matin… Il me regarde.
Qu’est-ce que j’ai fait ce matin ?
J’en sais rien, je peux te dire ce que j’ai fait moi ce matin mais toi, chouf, je sais pas.

J’observe son corps maigre et incroyablement petit, sa respiratoire pénible et courte. On montre les photos des enfants et on sent bien qu’il s’écrase sous le poids de sa vie, cette vie qu’il semble seulement mesurer, avec ce qui pourrait être de l’innocence. On parle de Mika qui ne va pas tarder à arriver. Mon grand-père se lance dans une critique dithyrambique de son petit-fils aîné. Son élégance, sa douceur, si attentionné, si serviable et si drôle. Et son rire, là, idiot. Le même rire que Marc.

Ma tante approuve.
Ils ont effectivement énormément de points communs, cette façon de toujours…

Un homme très âgé, en peignoir, entre dans la chambre et va se poster à la fenêtre. Mon oncle s’empresse de nous révéler que ce monsieur est atteint de la maladie d’Alzheimer et qu’il fait chier tout l’étage à entrer chez les autres pour y revendiquer sa place.

Cette façon de toujours tendre la main vers les autres, grand seigneur, la grande classe, toujours, aimé de tous, donnant sa chemise…

Le voisin de chambre, découvrant l’intrus,  interrompt ma tante.

–          Monsieur Delgado, qu’est-ce que vous faites là, encore ? Vous savez bien que c’est mon lit.
Ah non, non, c’est moi. L’infirmière m’a dit que c’était ici ma chambre, c’est ma chambre.
Non, vous n’êtes pas dans votre chambre. La vôtre est de l’autre côté du service.

–          Non.

–          Sortez, maintenant.

Le voisin de mon grand-père tirait son coucou par le pyjama pour le guider calmement vers la sortie. Ma tante reprend, déconcentrée par Monsieur Delgado qui a Alzheimer comme le soulignera encore trois fois mon oncle durant les deux minutes qui suivront.

Cette façon de donner sa chemise à n’importe qui, adorable avec tout un chacun. Même les clochards, ils leur filaient 500 francs. Ah non… hein…. Vraiment votre père.

MONSIEUR DELGADO !

Pendant qu’une infirmière réessaie péniblement d’extraire Monsieur Delgado de leur chambre et que Mike arrive sous la classique standing ovation familiale que suscite la moindre de ses apparitions, mon grand-père me semble plus incarné que jamais. Réel. Éric, lui, est resté à Miami.

Je regarde mon grand-père regarder son petit-fils de 36 ans, il n’en perd pas une miette. Il le regarde et sous ses paupières, on voit les années défiler et sa mémoire du passé au vif-argent irriguer une âme presque neuve. Je regarde sa bouche, qu’il a donné à ses enfants et petits-enfants. Cette bouche aujourd’hui incroyablement lasse et avide, en tous points semblables, mâchoires-denture, à celle de mon père quelques jours avant sa mort. Et sa peau de toutes les couleurs. Du parchemin.

Il veut retourner à la maison de retraite. Ma tante change de sujet en engrainant Monsieur Delgado, qui s’est je ne sais comment une fois de plus incrusté dans la chambre avec dans l’idée d’aller couler un bronze et de retrouver son dentier. Les yeux de mon grand-père se perdent dans le vague.

Il marmonne et appelle sa mère en grec, qu’il mélange avec de l’espagnol, marmonne son enfance tout près de sa mère, les yeux de sa mère, noirs, son monde au uzo. Sa fille traduit. Il marmonne qu’elle n’a pas supporté de l’envoyer en France, il dit qu’à partir de 38 c’était l’horreur. Elle précise quand elle a fini par quitter Salonique pour la France et son fils.

Il finit par se plaindre de Monsieur Delgado en l’insultant à voix basse avec un regard plein d’un mépris dur que je reconnais très bien pour l’utiliser moi-même à peu près six fois par semaine. C’est pas tant les rires bêtes, les bouches et les cœurs sur la main qu’on se transmet que les regards. Il redemande à retourner à la maison de retraite.
On lui dit de manger.
Il dit qu’il veut pas. Que c’est dégueulasse et qu’il n’a pas envie de manger.
Sa fille lui rétorque qu’il était prisonnier de guerre et qu’il en a par conséquent vu de plus amères. Elle veut pas lui laisser formuler qu’il refuse de mourir ici.

Elle continue sur la guerre pour faire diversion.

Ça c’était dur.
J’en ai pas bavé. J’en  ai  C H I É. J’ai jamais autant eu mal de toute ma vie. Qu’est-ce que j’ai eu mal, mon Dieu, qu’est-ce que j’ai souffert… La seule chose qui nous différenciait des déportés dans les camps c’est qu’on n’avait pas de chaînes.
Tu connaissais Peppo avant de le voir  là-bas ?
Oui, on s’est retrouvé là-bas par hasard. Lui il venait de… de l’Espagne, je crois.  Je sais pas ce qu’il faisait en Espagne.
Et tu travaillais bien sûr.
Constamment.
Ça a duré combien de temps avant que tu t’échappes ?
Cinq ans.
Et Peppo ? Il était avec toi ?
Beh oui, je t’ai dit, ma fille.
Non mais quand tu t’es échappé.
Ah oui, il y avait Ruben, Max, Maurice.  Et il y avait Peppo, oui.

Je partage du sang avec tout le monde dans la pièce, si ce n’est mon oncle tunisien et Monsieur Delgado, probablement caché sous le lit.

Au-delà de l’impossibilité de me mettre subitement à aimer mon grand-père, je réalise que je ne le connais pas. Que je ne connais de lui que ses défauts et pas ses histoires. Qu’il ne nous a montré que le tout nase durant sa vie et à la fin, grands travaux j’ai vu la Vierge. Je lui en veux de ne pas lui en vouloir d’avantage, tant il est désormais dépouillé du superflu et léger pour la mort.

Il fait partie de ces gens foncièrement égoïstes qui malgré un passage comme tout le monde sous les fourches caudines et  traverser une guerre même, le grand massacre, le cul bordé de nouilles, sauver sa peau et se la garder pour soi, se servant de chacun, goûtant chaque chose, jouissant de tout, opportuniste, esclavagiste, multiple gagnant au Loto, lubrique, mysogine, laissant tambouriner sa violence et sa colère et la faisant croître et couler dans nos veines nées rebelles. Dans ce simple regard à Monsieur Delgado, son héritage. Ces gens dont je fais partie, sur bien des points.

Quand nous partons, il attrape mon bras.
Il me regarde et je sais qu’il me voit, j’ai l’impression que c’est la première fois depuis  20 ans. On dirait qu’il veut emporter les gens avec ses yeux puits, garder une image la plus précise possible. Dans les yeux noirs de mon grand-père, cette pure stupéfaction innocente : C’est terrifiant, la vitesse à laquelle ça passe.

Elles te plaisent, les photos?
Très.
Salut, Papy.

Chameau.

L’un part, l’autre reste.

En solidarité avec ces milliers et ces milliers de pré-pubères de part et d’autre de notre beau pays la France qui expérimentent en ce moment leur premier chagrin d’amour et puisque  j’ai dit ici que j’écrirai un jour un billet sur les ruptures, pas celles que j’ai commises mais celle que j’ai subies, aujourd’hui je m’acquitte de mon dû. Il était question de nuits blanches et de gastro-entérite dans mon souvenir ; mais finalement et on dit qu’il en va de même pour toute chose, ça ne se passe pas comme prévu, je pause-déjeune au soleil en tapant ces lignes.

Un homme, des larmes, l’abandon. C’est dans cette configuration que peut le mieux s’exprimer mon quart grec et  mon goût prononcé pour le FUCKING DRAMA (Thessalonique represent). Depuis que j’ai entamé ma vie amoureuse, je suis restée en tout et pour tout environ 4 mois célibataire, sur 19 ans c’est maigre.

J’avais onze ans quand j’ai rencontré mon premier vrai petit-copain, parce qu’on appelait ça comme ça back in 1993, un petit-copain, le précédent étant imaginaire. C’était l’année qui suivait  la sortie de Tostaky. Je l’avais imaginé pour pouvoir prétendre que je n’étais déjà plus vierge. Et comment expliquer ? C’était un peu comme les téléfilms allemands, c’était basé sur des faits réels, il y avait bien un Jonathan blond à la soirée bingo de la caserne de Vernon, il y avait eu  des regards, des danses, des mots d’amour et un échange de pois chiche du bingo comme le symbole du fait que « loin des yeux, tout près de la chatte » mais après, je me suis bien gardée de mentionner que je ne l’avais jamais revu, et puisque j’étais lancée, bah autant s’inventer des ébats fiévreux pendant encore quelques semaines. Ma copine Séréna, témoin de notre rencontre, constituait un point véracité de bon aloi. Et à cette époque déjà, les phrases de cinq lignes ne me faisaient pas peur, je faisais simplement beaucoup plus de fotes.

Le premier, le vrai, donc.  Il s’appelait Fabien, il avait un frère qui s’appelait Fabrice. C’étaient des fils de boulangers. N’importe qui d’autre à la place d’une mousmée de onze ans aurait vu dans Fabien un futur toxicomane repris de justice aux dents bouffées par l’acide et à l’arrière du crâne complètement plat, la gueule de travers mais nan, moi je voyais un soleil. Iara, ma meilleure copine brésilienne avec laquelle on a passé nos vies à essayer de se piquer nos boyfriends respectifs- si tu me prends Fabien, je te prends Mathieu et si tu me prends Mathieu je te prends Julien, salope ! Si tu prends Julien, je prends le bidasse en Fiat Panda, m’en fous je suce Sébastien en loucedé, sale travelo, ok alors j’appelle Benoît, espèce de garage à bites, enculée, si tu te tapes Benoît, moi je prends Pute et je le mets enceinte, si tu savais comme je m’en branle, ma pauvre,  vu que ma fille est plus belle que la tienne. HAHAHA – trouvait elle aussi que Fabien était un soleil. Je ne sais pas qui l’a embrassé la première mais je crois que c’est elle. Je me souviens en revanche de cette première pelle, FINALLY, sur le parking de chez Aldi, en compagnie de Laëtitia Lecul qui elle-même galochait Ezzeddine Lomar.

J’avais apparemment été lamentable, Laetitia me jetait des regards sévères qui hurlaient « Mais tourne la langue, la putain de ta race ! » avant de repartir, concentrée, dans ses propres huit. Pendant plusieurs mois, après que Fabien ait passé le mot à l’intégralité du collège, LE truc apparemment crucial à savoir dans le 27, à savoir que Ludivine ne sait TROP pas emballer, quoi ; je continuais de le suivre comme un chien fidèle, toujours prête à jouer, mourant d’amour pour ce connard de SEGPA.

J’étais éperdument amoureuse d’un débile mental sociopathe qui ne s’adressait à moi que par le biais de moqueries zozotées mais qui en revanche, me doigtait comme un épileptique à partir de 16h30.

Voyant qu’il n’y avait décidément rien pour me faire fuir et à la façon de certains enfants devant une mouche qui va pas tarder à perdre ses ailes, testant sa cruauté, Fabien avait soudoyé une jeune nana à peine majeure, prénommée Claudia Planez-Diaz et ainsi je les surprenais l’un sur l’autre.

Je voulais rester quand même mais il a dit non, faut nous laisser maintenant. J’ai forcément dit je t’aime et il a du répondre un truc comme quoi il voyait pas de quoi je parlais.  Il a fermé la porte. Je suis restée derrière, je ne sais pas combien de temps, je n’ai pas envie de me souvenir. Longtemps, je crois.

J’ai porté du noir tous les jours pendant deux ans. Et j’ai énormément écouté Hélène Rolles, soutien non-négligeable…
Et puis ça, aussi.

En définitive peu importe les histoires, les personnages, les faits, les raisons d’une rupture,  la question reste peut-être la même pour tout le monde et c’est ce que je me disais derrière la porte de la chambre de Claudia.

Tu pars, tu pars, mais moi, où je vais ?

Post écrit pour Olivia B.

Autopsie d’un rapport mère/fille ou le cadavre de ma matinée

The scene takes place mardi matin.
Il est 11h, les mômes sont chez Claudine et je me mets au boulot. C’est un peu le moment de la journée que je préfère, cet été, quand j’ouvre mon traitement de texte.
Bref, c’est aussi le moment où mon iPhone juge opportun de sonner et au xylophone de retentir comme autant de coups frappés  à la porte du malheur ; ma mère.

Qui d’autre ? C’était soit elle, soit une yeshiva.

Ce qui est nécessaire à la compréhension du lecteur : Ma mère sait ce que je fais dans la vie. Elle sait que de 11h à 18h, je suis devant mon écran à me faire pousser des tumeurs aux poignets.

«  – Bonjour mon Didou,
Dis-moi, je te dérange. J’ai acheté des lits bain-de-soleil qui font absolument trop Long Island et vois-tu, j’ai trouvé quelqu’un pour les mettre dans mon coffre mais je n’ai trouvé personne pour les en  sortir, alors je me disais … si tu voulais bien m’aider… Je t’achète du Coca Zéro, tu veux du Coca Zéro ?
– Pars du principe que je veux TOUJOURS du Coca Zéro.
– Alors tu veux bien ?
– Ok mais tu passes me prendre.
– Elle serait pas un peu paresseuse, Didou ?

Ce que je dis : Rien, je fais comme si je n’avais pas entendu.
La remarque dont je fais l’économie : Je vais partout à pied chaque jour que Dieu fait. Tu conduis comme un gamin de 9 ans qui aurait Tourette et le hoquet.  Si je te demande de venir me chercher, c’est pas pour le plaisir de mourir avec toi sur la route, c’est non seulement parce que la providence veut que tu y sois, dans ta bagnole, attendu que tu m’appelles depuis le parking où le gentil monsieur a chargé tes bain-de-soleil, mais aussi et SURTOUT parce que je veux retourner rapidement devant mon écran, parce que je veux finir ce que j’ai commencé, corriger un chapitre.

Ce qui est nécessaire à la compréhension du lecteur : Je ne me foule pas la bite pour les autres. Si je n’ai pas envie de faire un truc –  t’aider à déménager ou faire ma déclaration d’impôts –  je ne le fais pas, quitte à fâcher. Me forcer, c’est au-dessus de mes forces. Donc quand je fais quelque chose, c’est soit qu’on m’a manipulée, soit que j’ai pris la décision de le faire. Sinon, macache. En cela, si on peut dire que je suis « bien un bélier »,  la notion de  rendre service dans le sens de « corvée »  m’est peu familière.  Ma mère, quant à elle, pourrait très sérieusement se locher la gueule en essayant de le faire toute seule et j’ai envie de lui faire plaisir. Donc oui.

Bilan : Ma mère a une propension très étrange – dont ma sœur et moi sommes les premières et avantageuses bénéficiaires – à traiter les gens comme si ces derniers étaient ses employés. Non pas qu’elle abuse sur les demandes et les « services », elle-même étant ce qu’on qualifie de serviable, mais je crois simplement que si elle le pouvait, ma mère me paierait en chèque-emploi-service pour que je fasse sans mots dire et de la façon dont elle l’entend exactement ce qu’elle attend de moi.  Faute de chèques-emploi-service, ma mère m’achète avec du Coca Zéro. On notera aussi la distance recherchée dans son emploi de la troisième personne du singulier pour critiquer la fille à qui elle s’adresse, pourtant.  Et à qui elle demande un truc, ça c’est cadeau.

En dépit de tout ça, n’étant qu’Amour et Cheveux, j’accède sans broncher aux doléances de ma mère. Quand je sors de chez moi, il fait une chaleur à pas mettre une pute dehors, je descends l’allée de la résidence, j’arrive à la Seine, je fais 100 mètres et j’ouvre enfin la portière de la Peugeot.

Ce que je dis : Coucou !
La remarque dont je fais l’économie : Non mais c’est vrai finalement, quitte à te garer à l’ombre, chez toi c’était pas beaucoup plus loin. Et puis les saules, tu sais, c’est pas ce qui manque ici, tout, là, partout, sur 500 mètres, que des saules pleureurs. Et puis comme les gens sont rentrés de vacances, qu’on est mardi matin en pleine chaleur, y’a personne donc y’ aussi de l’ombre juste devant chez moi. Partant de ce postulat pourquoi t’es-tu garée si loin ?

Ce qui est nécessaire à la compréhension du lecteur : Ma mère appréhende certaines choses, dont la conduite, la sienne pouvant être qualifiée de nerveuse, aussi est-ce pour elle une source de stress danaïdique (vrai mot), la logique voudrait donc que quelqu’un avec un grand filet à papillons vienne lui retirer son permis. Il n’en est rien en ce monde. Quand ma mère conduit, il convient donc d’éviter de parler et de guetter le danger en récitant trois pater, pendant ce temps, elle se chargera de faire la conversation.

Quand nous arrivons au croisement de sa rue, source de stress, une voiture est stationnée sur le bas-côté de cette rue en pente, ses nouveaux voisins déchargent des matelas. Une voiture descend, je sens le stress de ma mère monter quand elle se positionne derrière la voiture en stationnement, puis, quand elle s’engage pour la dépasser, ripant son pneu sur le trottoir et lâchant par nos fenêtres baissées un « MEEEERDEUAAAAH » absolument hystérique à l’adresse des nouveaux arrivants.

Ce que je dis : Putain mais laisse-les vivre ! T’avais la place de passer !
La remarque dont je fais l’économie : Tu sais, Maman, si j’étais à la place de ces gens, ce que je me dirais ? Mettons-nous veux-tu bien à la place de ces gens deux petites minutes, bon, ils stationnent et ok, ils ont pas mangé le trottoir comme les autres qui sont garés, mais moi je vois une dame aux cheveux blancs, le visage déformé par la colère, qui hurle merde alors que tout le monde arrive à passer sans problème, bah moi je me dirais deux choses : « cette femme est folle » et « celle-là si elle tombe, je la ramasse pas. ». Si j’étais ces gens, je prendrais la tête de John Malkovich dans Con Air, quand il dit  « you’re somewhere between the cockroach and that white stuff that accumulates at the corner of your mouth when you’re really thirsty.”

A 8,56mn.

Bilan : Ma mère supporte mal la chaleur et les gens en général. Elle a aussi sérieusement commencé à entamer ma patience.

Mais sinon, bonne ambiance.

Nous arrivons chez elle, ces conneries pèsent un âne mort et ma mère ne pense pas à se pousser de mon chemin, aussi s’offusque t’elle de mon « PARDON ».

–          Je vais lâcher, putain, où je les mets ? Où je les mets ?

–          Là, sur la terrasse mais de façon à ce qu’ils regardent VERS le jardin… Mais NON ! Pas comme ça, écoute ! Dans l’autre sens !

–          Arrête de me parler comme si j’étais ta bonne, je pense juste à POSER ces trucs, pour l’instant.

–          Oh tu vas pas commencer, hein, POUR UNE FOIS QUE JE TE DEMANDE UN SERVICE.

Ce que je dis : Putain mais je le crois pas,  tu me parles comme à un chien et en plus tu m’engueules ?
La remarque dont je fais l’économie : Mais va chier !

Ce qui est nécessaire à la compréhension du lecteur : Je suis pas grossière qu’avec les inconnus, j’insulte aussi mes proches.

Il va de soi que je me suis barrée dans la minute pour ne pas céder à la violence.

Bilan : Et voilà, Ninette adorée,
Comme un bon vieux chat fatigué,
Je viens déposer à tes pieds,
Le cadavre de ma matinée.

I’m okay

20120808-011151.jpg

Papa,

Des nouvelles d’ici bas, à la va vite, pendant que Pute ronfle et pète comme un cocker cacochyme. Je pensais à toi hier soir, devant mon écran alors que les enfants chuchotaient dans le couloir.

C’est sorti de ma bouche à la vitesse du son mais ça semblait plus rapide,  » Pas de messes basses sans curé ». J’aurais juré que tu parlais par ma voix, le même ton reconnu pour avoir été entendu mille fois. La mémoire, les héritages.

Je vais bien.
C’est incroyable mais je vais bien.

Je crois qu’au milieu de cet été enrhumé, avec mes petits tout près de moi, j’ai fait la paix avec un peu de cette colère que je trimballe partout. Alors bien sûr je ne suis pas idiote, je sais bien que c’est temporaire mais je me vautre dans cette trêve avec délectation.

J’achète des fruits. Je cuisine. Je plie. Je range. Je jette. Je trie. J’écris, je me marre et j’ai envie de pleurer tellement ça soulage.

Comme toujours, j’ai pas un kopek mais je m’en fous. Je n’ai besoin de rien. Je suis contente.
Je n’ai pas peur de l’avenir, de mon compte en banque, d’avoir trente et un an, qu’on me dise merde, d’être une mauvaise mère, que les choses ne soient pas telles que je les veux.

Combien de temps ça va durer? Est-ce que le bonheur va se barrer quand il se rendra compte que je l’observe, ébahie et benoite?

Pour cette nuit au moins et sûrement la prochaine, je vais bien.

Bécots.

VF

Chers mes amis Facebook

Je m’adresse à vous rapidement, amis Facebook. Vous êtes en vacances et bsartek, ça fait plaisir de vous voir tous heureux ou feignant l’être mais je me dois, en tant que réceptacle de vos pérégrinations ou de vos rognures d’ongles, de vous transmettre mon feedback. Lire la suite

Le phare.

C’est ton anniversaire encore et la vie ici c’est des gouttes d’attente, des petites barres journalières qui envahissent le bois des meubles. C’est  l’année qui recommence et les saisons, le monde à refaire sans cartes à jouer.

C’est l’impression de garder un phare cassé qui ne guide plus personne, qui ne fait qu’éblouir son gardien avec des mots du passé.

Avec les marches du phare, on peut prendre l’exacte mesure de la fidélité du gardien. Lire la suite

Madame L’Éducation Nationale.

Chère Madame l’Éducation Nationale,

L’école est, je l’ai remarqué, un terrain d’humiliations aussi variées que nécessaires, que ces dernières nous soient infligées par nos camarades ou le corps enseignant. L’intervention d’une autorité-tiers et l’apprentissage de la vie en groupe arrivent à point nommé pour les parents que nous sommes, exténués d’être sortis des couches et d’avoir écarté tous risques de mort subite pour nos nourrissons. Arrivent aussi à point nommé pour ces enfants tout neufs, qui ont loisir d’user leur vitalité inépuisable, de se frotter aux autres et de découvrir ces préoccupations totalement cruciales qui les suivront quelques années : la pâte à modeler, les livres, les galipettes, les comptines, les animaux de la ferme, les toilettes collectifs, les trottinettes, tout ça à plusieurs… bref, de quoi les fatiguer pour une nuit et recommencer. Lire la suite

Juin en attendant

Hier Pute m’a dit que j’étais l’illustration parfaite de la meuf qui n’en fout pas une rame. Sauf qu’il l’a pas dit  comme ça, il l’a dit avec ses mots à lui.

VF : Pute, va me chercher un coca steuplay…
P : Tu sais l’épisode des Simpsons dans lequel Homer dépense tout le budget de la ville en devenant Chef des éboueurs ?
VF : Quelqu’un d’autre peut pas le faire ?
P : Ouais.
VF : SO uncool. Allez, fais pas ta putain, va me chercher un coca steuplay.
P : Fuck you.

Je suis d’une paresse obèse. Je vis une liaison torride avec mon canapé et mon paquet de feuilles.
Je suis adepte du plus tard, je suis fan des siestes, je suis une fieffée branleuse.

Mais pourtant je déteste la vacuité et j’ai le mois de juin qui s’étire comme ça comme un chat devant moi. Tout le mois de juin à vivre avant un verdict important sur mon travail des dernières semaines. Moi qui ai cette nécessité, ce besoin impérieux de ne rien faire quelques heures par jour sous peine de me mettre à dépérir nerveusement, aujourd’hui je me demande comment meubler ces trente jours.

Je déteste le vide. Il faut toujours que je le remplisse : avec du sexe, avec de la bouffe, avec de l’alcool il y a longtemps, avec d’autres trucs aussi mais c’est terminé, avec des médicaments, avec le bruit de mes ongles sur un clavier.

Je crois que j’ai perdu mon goût de l’ennui. Je crois que j’ai maybe tué la branleuse en moi.

Hier, jour 1 : J’ouvre un œil. Deux constats simultanés : mes ulcères sont toujours dans la place et j’ai besoin de projets.

Je me dis que je devrais me remettre à mon roman mais quand je le relis, je l’aime moins qu’avant. J’ai changé depuis que je l’ai écrit et que je l’ai jamais terminé. Et puis, mon lecteur n’est plus là. Je relis les deux précédents romans jamais achevés. Le recueil de poèmes. Mes nouvelles érotiques et mes nouvelles drôles. Une fille m’a dit de me mettre à tout autre chose. Un nouveau texte. Laisser celui d’avant si il agonise depuis un an.

La première idée qui me vient à l’esprit c’est un serial killer qui se ferait passer pour un médecin social. Il irait d’IME en CAT pour faire des « petits vaccins » aux pensionnaires et il serait fou amoureux d’une éducatrice victime du syndrome de Münchhausen.

P : Mais c’est complètement nazi, ton truc, connasse !
VF : Ouais mais c’est drôle.
P : Ouais mais non.
VF : Attends, j’suis pas…
P : …
VF : Retire tout-de-suite c’que t’as dit !

Il a aucun goût en matière d’histoires, ce mec. Elle est au poil et le « Dr » Raymond Mulet est un personnage charismatique et très attachant.

J’essaie d’écrire l’histoire du Dr Raymond Mulet et de son éducatrice et de tous les petits innocents qu’il buterait.

Ça me prend quelques heures et Pute veut pas lire le résultat, attendu que Pute s’en fout intensément de ce que j’écris, je me dis qu’il doit bien y avoir un  truc qu’on partage quand même.

Ah ouais, les enfants.

Ensuite j’ai demandé à Pute de me décrire sa femme idéale.

P : Euh… Elle aurait un long nez tu vois, elle serait… gérante.
VF : Gérante de quoi ?
P : Bah attends, j’ai déjà trouvé gérante laisse-moi deux secondes de réflexion.
VF : Physique ?
P : 1m70/62kg, 95A.
VF : C’est impossible, tu veux dire 90C.
P : Non, non 95A.
VF : Pute, ma pâquerette, 95 c’est le tour de poitrine, c’est-à-dire la largeur du dos et A c’est la profondeur du bonnet. Ta femme idéale est culturiste ou alors elle glisse des demak’up dans son soutif avant de filer au bois de Boulogne.
P : Sérieux ? Bon sinon elle serait gérante d’une concession automobile.
VF : Niiiice.
P : Elle serait sympa. Elle  serait roots, un peu comme Prolo. Et toi ?
VF : Bah moi il serait très grand, un peu comme Prolo.
P : Salope.
VF : Il serait franco-iranien ou franco-libanais. Journaliste. Ou metteur en scène. Il aurait un énorme sexe et surtout, il serait blindé de pognon.
P : Pas comme Prolo. T’as remarqué comme on a pas du tout fini avec la bonne personne ?
VF : I know…
P : Tu m’aimes ?
VF : Bah ouais. Toi ?
P : Ouais.
VF : Tu vas me chercher un coca, steuplay ?
P : Fuck you.

Tout ça pour dire que j’ai soif et que je sais pas quoi faire de mon joli mois de juin.
Je crois que je vais commencer par me racheter un clavier.

Je déteste me rendre compte que j’oublie.

Ma sœur me dit toujours que j’ai une mémoire notable et pourtant je ne trouve pas. Il y a des années entières dont je ne garde aucun souvenir. Neuf ans, sept ans par exemple : la seule image qu’il me reste c’est le lecteur magnétophone Playschool que j’ai reçu à cet anniversaire et pourtant je me souviens du premier jour de maternelle de ma sœur, dans cette école catholique du 16ème arrondissement, je n’avais pas encore trois ans. J’ai oublié la voix de mon père mais je me souviens du contact brûlant de la moquette sous mes genoux quand je courais à quatre pattes dans le couloir de l’appartement de la rue Spontini, le velours des murs.

J’ai l’impression que c’est la voix qu’on oublie le plus rapidement. Tu trouves pas ?
Peut-être que les gens sortent de nos vies, que leur voix s’éteint vite et que c’est la raison pour laquelle chez certaines personnes, le besoin de raconter devient l’une des premières nécessités.

Je l’ai rencontrée sur une aire d’autoroute quelque part entre ailleurs et Paris, en été 2005, j’avais 23 ans. Elle était assise par terre à l’entrée des toilettes pour femmes, les genoux ramenés sous le menton, l’air revêche. Elle était brune et elle faisait la gueule. Elle avait la peau presque noire et elle faisait la gueule. Elle était toute seule et surtout, elle faisait la gueule. C’était une petite fille.

Je passe une première fois devant elle, je lui dis bonjour et elle me met un vent. Je ressors, je lui demande si elle est toute seule et encore une fois, elle ne juge pas opportun de me répondre. On dirait qu’elle est punie. Je rejoins le camion mais au bout de quelques pas, je retourne vers elle :
« On t’aurait pas un petit peu oubliée ici ? ».

Elle a dit oui et s’est mise à jeter rageusement des petits cailloux qui rebondissaient sur mes sandales. Je lui ai dit que c’était pas la fin du monde et qu’on allait prévenir l’administration de l’aire mais elle semblait pas bouillante pour me suivre.
– Mon père dit que les femmes qui montrent leur peau et qui se font des dessins dessus, c’est pas des filles respectables.
– Ok mais en attendant qu’il revienne, t’es avec moi. T’as soif ?
– Oui.
– Bah viens, on va t’acheter un truc.
– J’ai pas le droit de boire du coca.
– Tu prends ce que tu veux, tu veux quoi ?
– Un coca.
– T’as faim ?
– Ouais…

A la caisse, on a croisé Pute.

P : Qu’est-ce que tu FOUS avec cette môme ?
VF : Bah ses parents l’ont zappée, je l’ai trouvée près des toilettes.
P : Et je peux savoir pourquoi tu la gaves de nourriture ?
VF : Je savais pas quoi faire d’autre. Comment tu t’appelles ?
PF : J’le dis pas.
P : Elle est chiante, en plus…

On est ressorti sous le cagnard tous les trois. La môme nous reluquait sous toutes les coutures et puis elle a pris ma main pour aviser le bracelet en cuir que Pute m’avait offert quelques jours plus tôt à Cordes-sur-Ciel.
VF : Il te plaît ?
PF : Ouais !
VF : Tiens, je te le donne…
P : T’arrête de lui filer des trucs ?!?
VF : Je suis désolée, je sais pas ce qui me prend. Je veux qu’elle m’aime bien.
P : C’est pathétique si tu veux mon avis.
VF : Bon, il est où ce putain de bureau ?
P : Sous tes yeux, nounouille.

Elle est entrée seule et j’ai attendu à l’extérieur un moment. Par la baie vitrée, je la voyais agiter nerveusement ses petites jambes sur sa chaise. Je suis retournée au camion pour m’engueuler avec Pute à propos de tous ces bijoux qu’il ne m’achèterait plus jamais et au bout d’un moment, on a vu arriver la petite fille et son père. Il nous a remerciés en nous toisant de la tête aux pieds avec un mépris à peine dissimulé, sans doute parce que Pute et moi déployions alors tout notre potentiel manouche.

« C’est pas sage, ça, les filles. » avait-il décrété avant de tourner les talons.

Elle m’avait dit son prénom, je m’en suis souvenu longtemps et tu vois, je l’ai oublié. Je m’en suis rendue compte ce matin.
Je déteste me rendre compte que j’oublie.

Connerie de Frelon

D’ordinaire, j’aime pas qu’on vienne m’emmerder et jusqu’ici tu te dis « comme si MOI j’aimais, connasse » mais quand on vient me faire chier quand j’écris, je suis prête à tout pour faire payer très cher ce que je considère comme rien de moins qu’un crime envers ma personne. Ça fait beaucoup de mots pour dire que je suis pas baisable mais c’est ça aussi, l’amour du Verbe.

Bref, j’étais seule chez moi, la brise printanière apportant la rumeur des quais de Seine par la fenêtre de mon chureau, absorbée par mon travail et ma playlist spéciale parade nuptiale quand il a ramené sa sale gueule de traitre.

Excursus Géopolitique et Entomologie de nos régions : Tu sais que j’en arrive parfois à rayer des régions entières de la carte, c’est-à-dire que je n’en prononce plus le nom à voix-haute ou n’y fout plus jamais les pieds ? C’est ce qui est arrivé avec la Creuse. Depuis que je suis allée dans la Creuse, je suis pour la filer à Angela Merkel et au peuple allemand.

C’est bourré de frelons, cette connerie de département, t’as l’impression d’être en Guyane, putain. Avec des débiles partout qui se baugent dans des cours d’eaux. C’est le souvenir que j’en garde. Et même si effectivement, j’avais bien deux pieds dans la pillave à cette époque où peu de jours me virent levée sobre, jamais je n’oublierai cet après-midi durant lequel j’ai perdu deux kilos, cet après-midi durant lequel j’ai combattu un frelon.

A mains nues.

En gros, j’ai couru environ trois heures de long en large sur la berge où nous avions garé le camion, en poussant des cris d’orfraie et de ponctuels « Sérieux, Pute, au secours là ! » et je te jure, mon ami(e), que cette espèce de scorpion volant m’en voulait de façon tout-à-fait personnelle.

Je l’ai tué 100 fois,  parce que ouais, c’est toujours le même frelon, je reconnais ses petits yeux de merde, chaque fois. C’est comme dans les cauchemars quand tu t’épuises à tuer la grosse bête/ta mère/ton boss/Adrian Paul qui ressuscite tous les putains de quarts d’heure. Fin de l’excursus Géopolitique et Entomologie de nos régions.

Au fil des ans, comme Coyote mais à-moindre-mesure-faut-pas-déconner, j’ai su m’accompagner d’armes de plus en plus sophistiquées dont l’achèvement représente sans conteste possible ma magnifique raquette rose à l’ergonomie insolente qui a la particularité de posséder un petit bouton sur le manche. Mais bon dieu de merde à quoi sert-il, t’entends-je t’écrier, une fois actionné le bouton, la grille envoie donc de légères décharges électriques visant à buter l’ennemi. Enfin, quand je dis  « buter » je parle surtout des moustiques et des petites mouches. Si tu smatches pas en même temps, t’as peu de chances de faire autre chose que l’assommer.

Anybref.

J’étais donc tout ce qu’il y a plus peinard et chrétien, à durer comme une chinoise en tournant du boule sur ma chaise, tapant gaiement de menues galéjades. Et il a volé dans le chureau,  fils de pute, me disais-je, au moment où mon fesson quittait la chaise.

Mon chureau fait peut-être 6m² mais va savoir pourquoi, c’est luxe, il a deux portes. Réfugiée côté couloir, le souffle court, je jette un œil à l’intérieur. L’enculé s’est posé sur ma canette de Coca Zéro. Je file comme l’éclair côté salon où j’escalade ma bibliothèque, vu que c’est là qu’on range la raquette électrique depuis que les enfants ont essayé de jouer avec…

Ma main rencontre ce qui s’avère être le coupe-coupe de Pute, la boîte à « encens » de Pute et le grinder de Pute, c’est Bogota là-haut.

J’entends voler le gros bâtard velu beaucoup trop près de mon oreille. Il me passe sous le nez, je me casse la gueule et je crie « nique sa mère la pute » attendu que j’ai arrêté ma chute sur un dinosaure en plastique. Je reste comme ça un moment sur le lino, à hurler de douleur. Je viens de perdre deux ans d’espérance de vie mais  je me remets sur pieds en avisant le matériel projectile que j’ai à portée de main, puis je me rappelle que je sais absolument pas viser. Pas de raquette en vue, le frelon repasse dans le chureau.

Je sais pas si t’as déjà regardé un frelon qui cherche à sortir par une fenêtre, tu feras gaffe la prochaine fois et tu verras comme ça a l’air con.  Eclair de lucidité, je me souviens d’avoir rangé la raquette sous le matelas. Mais le matelas se trouve pile entre le frelon et moi, et la raquette côté frelon, si je baisse la garde il me bute… et tout ce que j’ai en main, c’est un soutien-gorge d’allaitement. Je suis à deux doigts de me chier dessus de terreur, pour parler pudiquement.

Et puis le temps s’arrête un moment et je me revois courir dans tous les sens sur cette putain de berge avec Pute, cet été-là. Je revois sa sale face qui se foutait de moi quand je l’appelais à l’aide, je revois ce salopard me prendre en photo et j’ai compris que pour trouver en moi la force de buter ce frelon, fallait que je rassemble une colère comme seul mon mec sait m’en inspirer. En l’espace d’un instant, c’est Pute qui vole insolemment en face de moi.

« J’ai levé les yeux au ciel et là… j’ai vu la lumière. J’y ai baigné mon âme. »

Quand j’ai repris mes esprits, j’avais la raquette dans les mains, le frelon commençait à fumer sur le lit et j’étais en train de vociférer

« Meurs. Meurs. Enculé, MEURS. »

J’ai remis un peu d’ordre dans ma toilette et je me suis rassise à mon bureau. J’avais plus aucune idée d’où je voulais en venir avec mes phrases. Je me suis dit que c’est quand même formidable tout ce que l’amour peut nous faire faire, des choses dont on se serait jamais crus capables: aller dans la Creuse, élever des enfants et buter un frelon.

Blog.

Blog.

BLOG.

C’est un bon début pour un article. J’ai AUCUNE idée de quoi je vais te parler: non pas que je n’ai rien à confesser, loin s’en faut, mais plutôt me semblé-je rouillée après le silence qui a régné quelques temps en ces lieux. Et encore une fois, c’est pas que j’ai volontairement arrêté, c’est juste que j’y arrivais pas.

J’avais comme qui dirait égaré ma routine, mon mojo, mon fluide et ces autres métaphores sexuelles évoquant principalement la masturbation et par extension le bloguisme, qui est à la cordiale et nécessaire branlette ce que Lennie est à George dans Des Souris et des Hommes, un acolyte certes débile et inquiétant mais définitivement sympathique.

Peut-être que si je l’écris plein de fois ça va venir: blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog, blog.

Non.

Peut-être que si j’écris directement depuis la plateforme WordPress sans passer par mon traitement de texte, ça va créer un genre d’intimité de bon aloi et les mots vont alors fuser sur la page comme autant de coupables pollutions nocturnes.

Nope.

Bon. Quand ça veut pas…

En fait, je sais quand ça a commencé cette histoire de panne. C’était un jour d’octobre 2011 où j’avais pourtant rien demandé. Je regardais mes différentes boîtes mail de fille qui aime compartimenter son courrier, ce qui donne lieu plus souvent que désiré à des expressions perplexes et constipées décrivant mon grand désarroi quand d’aventure il m’arrive d’oublier le mot de passe de ma sixième boîte de réception. Un illustre inconnu m’y avait laissé un mail duquel s’échappaient les mots « projet » « émission » et « j’adore c’que vous faîtes ».

J’ai répondu un truc très nonchalant du genre « Mouais, j’sais pas. faut voir, quoi… C’est quoi le plan? »

Le plan c’était un projet d’émission et dans ce projet, il y avait des gens qui voulaient travailler avec moi. Moi non plus, je voyais pas bien pourquoi. Ils me l’ont dit: ça te dirait d’être chroniqueuse?

Euh…

Je sais pas…

GRAVE SA MERE.

J’ai fait comme si j’étais chroniqueuse, j’ai écrit une chronique. Et puis un jour ils m’ont dit: « Viens au Palais des Congrès, on va tourner un teaser avec tous les chroniqueurs. Ah et puis, pour le fun, tu feras la moitié de ta chronique un peu à poil.  » Moi quand tu me demandes de me mettre à poil, par principe je dis oui. MAIS quand je me suis retrouvée au maquillage et que la productrice m’a montré la minuscule pièce de tissu dans laquelle j’étais censée déclamer ma chronique, d’un seul coup j’ai eu douze ans et tous mes complexes. Non mais c’est pas grave, que je lui ai dit, sinon, je baisse juste un peu mon top on voit les épaules et ça sera marre, non? La productrice a opiné du chef pour pas me vexer. Jusqu’ici, j’étais à peu près à l’aise. Découverte d’une régie: c’est le BORDEL. Découverte du plateau, on va changer l’éclairage pour une ambiance plus hot. Ambiance plus hot qui s’est révélée être une variante sur le thème « je suis mineure et je suis pute dans un bordel de Bornéo ». Tout le monde est adorable, dans cinq minutes je serai une star du PAF et puis l’ingé-son m’a tendu une oreillette.

J’ai vomi un peu. Mais ça s’est pas vu parce que c’est reparti directement dans mon estomac.

Dans l’oreillette, j’entendais l’équipe en régie qui me disait que tout allait bien et que lorsque que j’entendrai « Quand tu veux. » bah je pourrai y aller.

Imagine une pièce de 30m², une lumière rose/rouge et des ombres en feuillage, un pupitre à la stabilité aléatoire et cinq hommes avec des caméras et d’autres trucs techniques, imagine une petite boule dure dans ton oreille avec une mini antenne qui dépasse et une voix qui te dit « Quand tu veux ».

Je me lance, sourire:

« Messieurs,

Vous êtes infidèles. Personne n’a envie de savoir que vous êtes un enfoiré de la pire espèce et surtout pas votre femme. Aussi, il me paraît judicieux, plutôt que de lui apporter un énième bouquet rachitique de chez Monceau Fleurs pour la Saint-Valentin, plutôt que de lui refiler une mst ou un fer à repasser, cette année offrez utile, offrez-lui l’assurance de ne jamais vous voir tel que vous êtes. »

Là, on coupe parce que le cadreur ricane.

On reprend, je la refais plusieurs fois. Quand vient l’heure nue, la productrice s’amène sur le plateau pour baisser ce que j’étais en train d’essayer de remonter parce que mine de rien, c’est moi ou on commence à VRAIMENT voir mes nibs?

Bref. C’était un bon projet. Les principaux intéressés ont tout fait pour le mener à bien et révolutionner le service publique avec une émission qui déchire du périnée. Dommage que ça ne suffise pas de faire du bon boulot. Comme beaucoup de projets de la sorte, de bons projets, même si chacun fait de son mieux, ça ne marche pas.

Tout ça pour dire qu’après cette expérience, je ne savais plus trop où j’en étais. J’en avais marre de foirer des trucs, donner le meilleur de soi-même et faire face à un échec. Je crois que je ne sais toujours pas où j’en suis. Surtout je ne sais plus ce que je suis. Je voudrais bien redevenir Vieux Félin qui tient un blog où elle raconte sa vie, un blog qui ne lui sert pas de vitrine pro, un blog qui servirait juste à ce qu’il servait avant: faire passer la pilule.

Voilà pour les nouvelles.

En lieu et place d’un article digne de ce nom avec un vrai sujet, un début et une fin et histoire de me remettre dans le bain, je vais juste lâcher des trucs au petit bonheur la chance.

Comme ce gif, qui m’interpelle particulièrement ces temps-ci:

Ou celui-ci, que je trouve étrangement beau:

Ou encore ça, ma passion coupable pour Pat Bateman:

Et les super héros:

Et quelques considérations au débotté pour la prochaine fois.

Et maybe Koh-Lanta.

Stay tuned.

Papa.

Papa,
Bon Dieu que ça fait bizarre d’écrire ce mot. J’irais bien au cimetière mais d’une, j’ai les enfants et de deux, j’ai une ampoule radioactive sur le talon qui me donne à penser que finalement, le pied droit, je m’en passerais peut-être très bien. Ça fait longtemps que je ne m’adresse plus à toi mais va savoir pourquoi  aujourd’hui, j’ai envie. Pour te faire un genre de heads up. Et parce que j’aimerais bien, aujourd’hui particulièrement, avoir un père fonctionnel qui pourrait avec bonhommie recueillir mes plaintes de fille un peu fatiguée et un peu triste.
Bon.
On va faire comme si je ne te détestais pas, comme si tu n’étais pas sous un cyprès  depuis 20 piges. On va faire comme si tu t’étais fait passer pour mort  pour mieux pouvoir te barrer vivre une autre vie. J’en rêve souvent de ça et c’est toujours perturbant. Bon je rêve aussi que je cours à quatre pattes au milieu des bagnoles sur une nationale, donc l’un dans l’autre… Bref.  On va faire comme si tu étais vivant quelque part et que je pouvais t’écrire et alors un peu plus tard, tu me répondrais. Je vais donc t’écrire exclusivement pour me plaindre. Et toi, tu vas tout lire et même que tu vas t’y intéresser, y réfléchir et m’apporter en réponse des solutions satisfaisantes et pleines d’humour.
Je ne vais pas parler à la place de Maman, ni à la place de ton autre fille même si il y aurait beaucoup à dire dans les deux cas. Vois avec elles.
Papa,
Tu vas bien ? Moi non, j’en ai ras-le-cul.
Papa, j’ai bientôt trente ans et pour mon anniversaire, je voudrais que tu sois là, monté sur une licorne noire qu’aurait le logo Ferrari tatoué sur le cul. Bien sûr, tu ne viendrais pas les mains vides à mon anniversaire, t’aurais des sacs avec de la thune dedans mais aussi d’autres choses qui m’ont manquées, comme tes vieux blocs d’ordonnances qui me serviraient pas mal ces temps-ci.

Papa, j’ai pas de boulot. Je travaille beaucoup à écrire tout plein de trucs, j’essaie de tout faire au mieux pour en vivre mais pour l’instant : nipe, makache walou, peau d’balle et balais d’crin. Je travaille beaucoup mais comme je ne gagne pas encore d’argent en retour, ton beau-fils, ce terrien, en conclue très logiquement que je ne branle rien de mes journées. Et me le fait savoir plus que de raison. Si tu pouvais lui souffler d’arrêter de me chier dans les bottes, ça m’aiderait. Si tu pouvais aussi faire en sorte que Claudine le Dédale évite de me poser des congés les jours où je dois travailler encore plus, vraiment tu serais bath.

Papa, tes petits-enfants m’épuisent. Grumeau veut que je lui achète un petit frère et quand tu lui demandes son âge, il te dit qu’il a 18 ans. 18 ans et une tétine.  Au fait, il a bousillé ton Paddington Bear. Sa sœur n’obéit à RIEN NI PERSONNE et répond à tout par « popo grillé ». Au début c’est drôle mais ça a vite de devenir répétitif. Au fait, elle a bousillé tes vieilles Ray Ban. Si tu pouvais leur dire d’être sages.

J’ai la tête ailleurs. L’ailleurs, il est l’année dernière.

Papa, je ne suis pas heureuse. Et je n’arrive plus à en rire.
Alors dis-moi que ça va aller. Et que j’en rirai bientôt.

Top 30 des choses indispensables à faire avant trente ans, le retour.


Il y a quelques mois, totalement horrifiée à l’idée de prendre ma dernière année de vingtaine, je trompais la mort en élaborant un top 30 des choses indispensables à faire avant 30 ans et je te propose donc de le relire, histoire de comprendre ce qui va suivre. Il y avait des objectifs tout à fait sérieux, des choses irréalisables et des trucs donc je n’avais finalement rien à foutre.
Beaucoup de choses ont changé ces dix derniers mois, ces dix derniers mois qui m’ont laissé toutes latitudes pour achever de crever à l’intérieur. Ma 29ème année, a été, jusqu’à présent, l’année de la mort des espoirs et des rêves.
Normal. J’ai toujours autant conscience d’être ton petit rayon de soleil.
Si l’acide hyaluronique ne fait toujours pas partie de mon quotidien, je ne peux plus longtemps cacher avoir fait l’acquisition d’un fond de teint. Par acquisition, j’entends surtout l’avoir mis dans mon caddie et amnésie de bon aloi, avoir totalement oublié son existence au moment de passer en caisse. Je peux voler un fond de teint, je ne peux pas assumer d’acheter un cache-misère. Ce serait reconnaître un genre de défaite or, plutôt coucher avec les boches. Repose donc tout de suite cette pelle et faisons ensemble un petit tour du propriétaire :
#30 Avoir 2000 amis Facebook :
Je n’ai pas 2000 amis Facebook, sans doute aurais-je dû envoyer plus de requests mais mon égocentrisme m’en empêche. Rien ne t’empêche par contre de m’ajouter à tes amis, pourvu que tu ne me demandes pas de faire semblant de m’intéresser à tes statuts.
#29 Tourner un remake porn de Top Chef appelé « C’est dur de partir comme  ça sur une limande » au Quinzième, alors non le projet est mort dans l’oeuf. Pour autant cette année, grâce à Tabatha, tu t’y croirais.
#28 : Rouler une pelle à Marc-André Grondin.
Même si depuis ce billet, je reçois ÉNORMÉMENT de requêtes Google « Marc-André Grondin gay », je n’ai toujours pas pu mettre ma langue dans la bouche de ce jeune homme. Je reformule donc mon souhait : « Marc-André, mets-la moi toute »
#27 : Me faire tatouer une hirondelle old school par Tin-tin.


Je te présente BenjoSan du crew Dimitri Hk. Même si t’as légèrement envie de lui crever les yeux au bout de trois heures de ZZZZZZZZZZZ, tu ne le fais pas parce qu’il est vraiment cool et doué. En plus, c’est lui qui tient le spray à la lidocaïne, donc juste tu fermes ta gueule. Chaudement je te le recommande. Son Facebook ici.
#26 : Trouver mon deep spot arrière.
C’était bien ce que je disais, c’était des grosses conneries. Mais c’est pas grave je jouis déjà très bien, c’est pas donné à tout le monde.
#25 : Publier un roman érotique.
Attention spoiler alert : « Et il restait planté sur le matelas comme si on l’y avait posé avec l’interdiction de bouger une oreille, avec sa gaule monstrueuse et son t-shirt rempli de mûres qui formaient de sombres petites tâches sanguinolentes. La bouche ouverte, il regardait devant lui, dans le vide,  dans l’air moisi de la cabane, la poussière en suspension. À le voir ainsi, figé dans sa bêtise et sa timidité, je ressentais à la fois le désir de m’empaler sur ses genoux en lui caressant la tête, lui dire que tout irait bien et l’envie de lui faire mal, d’écraser sa tête comme j’avais fait des baies qui commençaient à sécher et dont le sucre tiraillait désagréablement ma peau. » Un jour dans toutes les bonnes librairies. Ou pas.
#24 : Rencontrer ♥ Nick Cave ♥.
Je vise français, je revois mes rêves, rencontrer Kyan Khojandi m’irait très bien aussi. Coucher avec lui aussi.
#23 : Offrir mon corps en pâture à Nick Cave.
Offrir mon corps en pâture à Kyan Khojandi. Si tu me lis, tu sais où me joindre. Je t’attends. C’est pourtant pas faute de te l’avoir proposé.
#22 : Lire tous les romans qu’on prétend toujours avoir lu.
Je crois que je vais encore mentir quelques mois et prétendre que tout-à-fait, Le Lys dans la Vallée, bien sûr.
#21 : Trouver une idée géniale.
Une, dix, c’est comme quand je chante, personne n’a envie d’écouter.
#20 : Économiser sur mes dons pour m’offrir une Chance of Love.
Pute, il m’a acheté une superbe bague en diamants. Vraiment très belle. Souvent, il me la montre. Il ne me l’a toujours pas donnée. Je crois qu’il veut mon cul en échange. J’aime pas les diamants à ce point-là.
#19 Traquer cette fille et lui couper le bras (ou la jambe) pour avoir son bracelet.
Comme 90% des bijoux que je veux     absolument, je l’ai porté trois fois et puis plus jamais.
#18: Avoir trois enfants.
Ma grande fierté de 2011 est bien de ne pas être tombée enceinte. Je tiens à remercier ma non-vie sexuelle de l’été dernier.
T’as remarqué qu’il n’y a plus rien entre 18 et 12 ? Normal, je disais de la merde.
#12: Adopter un singe qui me servirait à ouvrir mes canettes de coca zéro et allumer mes clopes.
Pourquoi un singe quand on a à sa disposition deux enfants de quatre et deux ans très serviables?
#11: Éradiquer TOUS les caniches.
Voyons les choses en grand, buter tous les clebs en général. Ça a commencé avec celui de Pute. *OUPSY*
#10: Comprendre le fonctionnement de Twitter.
Pas done. Heureusement pour nous les femmes, j’ai envie de dire, il semblerait que c’est normal et c’est très JUDICIEUSEMENT expliqué en sept points par la taulière d’un haut lieu culturel des internets, j’ai nommé aufeminin.com.


#9: Perdre les cinq kilos que j’ai pris pendant ma vingtaine.
Oui alors là, done. Sauf que fausse bonne idée de vouloir perdre cinq kilos, ou dans mon cas huit, quand on a deux grossesses au compteur. Pourquoi ? Parce que tu ressembles à un sharpeï, voilà pourquoi.
#8: Avoir un vrai esclave sexuel.
Je reformule : vieuxfelin(@)hotmail.com
#7: Réussir à faire dire à mon fils “pétale” au lieu de “total”.
Check. Maintenant, j’essaie de lui faire arrêter de dire « putain de merde » et « What the fuck ».
#6: Assembler un rubik’s cub en moins de deux semaines.
Ça tu vois, par exemple, c’est un objectif à la con.
#5: Retrouver comment on pose une putain de fraction.
Celui là aussi. Nouvel objectif ordonné par Pute, enterrer suffisamment de conserves et de bouteilles d’eau pour voir venir après le cataclysme du 21/12/2012, si tant est qu’on ait pas brûlé vifs. Si toi aussi tu vis avec un survivaliste, tape dans tes mains.
#4: Être riche.
Hahahahahahahahahaha. LOL.
#3: Faire comprendre à ma belle-mère qu’on dit ” tu TE rends compte” et pas « Tu rends compte »
Y’a comme qui dirait eu un « T’es vraiment une grosse salope » de trop. J’ai du renoncer définitivement à corriger la somme de toutes ses fautes de français, pléthore intacte.
#2: Retrouver Maxime Martin.
Done. Il va très bien, il est très heureux, il a trouvé l’amour de sa vie. Depuis, on se parle plus.
#1: Refuser de me soumettre aux lois de la trentaine.
J’ai beau bouffer des Pez et des Dinosaurus et tartiner ma face de fond de teint, je n’ai toujours pas trouvé de solution. Pire, je ne serais peut-être pas mécontente d’en découdre avec cette décennie de chiottes. Si ça se trouve, c’est mieux après.

Je reviens très vite vers toi.

Le complexe de Malibu

20120110-050246.jpg

J’attends qu’on me sauve. Je m’accroche à l’espoir que ça va arriver un jour. Un jour, quelqu’un viendra et aura la solution de tout: m’expliquera comment fonctionnent les gens, comment marche le monde et de quelle façon vivre.

Quand je regarde le monde il me fait peur. Je ne le comprends pas, ou ce que j’en vois ne me convient pas. Comme les choses contre lesquelles on ne peut rien. L’impuissance. Et l’immuable. La violence des gens quand ils se montrent étanches. Je suis perméable, tout m’atteint.

Tu es perméable aussi, tout t’atteint mais pour une raison que je ne connais pas, que personne ne m’a apprise, que je n’ai pas encore trouvé toute seule, tu arrives à regarder ailleurs. Ce constat me saute à la gueule chaque matin:

Je vois la plupart des gens comme des moulins à vent avec des œillères. Mais au moins avancent-t-ils, moi j’attends. Et je regarde la vie passer. Ce n’est sans doute pas la solution. J’attends des réponses, je veux des putain de réponses.

Quel cynisme nous accompagne désormais. Un cynisme avec un prix et une étiquette et un anti-vol, on nous vend des solutions en soldes. Quand j’achète quelque chose, je crois acheter une solution. J’achète dans l’espoir de sauver ma peau. Je bouffe du sucre pour faire passer la pilule.

20120110-054653.jpg

Les petites pilules-solutions remboursées font fureur. J’en consomme régulièrement sinon je ne peux tout simplement pas supporter le monde dans lequel je vis. Je crains la folie sans ces pilules. Je ne crains pas de me montrer vulnérable, sinon personne ne va me sauver.

Etre sage, ça a pourtant l’air chiant. Éviter le danger aussi. Je veux me sentir vivante, éprouver et me cogner partout. Le problème est que je n’arrive à tirer aucune conclusion, aucune leçon de mes expériences. Alors, je les refais, dans l’espoir que quelqu’un vienne me sauver.

Je voudrais pouvoir me protéger comme les autres qui n’ont pas besoin d’être sauvés. Je voudrais pouvoir me suffire mais je suis éparpillée. Je voudrais être plus forte et comprendre comment faire pour se ménager une vie valeureuse. Une vie qui ne soit pas pleine de regrets et de frustrations.

Les regrets, je les crains. Je fais tout de travers pour les éviter. Je les contourne quitte à me faire très mal, parce que l’impuissance m’insupporte, je fais toujours tout ce que je peux. Si je passais à côté je ne me pardonnerai pas.

Alors j’observe les gens et j’essaie d’apprendre ce que je peux, c’est-à-dire rien qui ne puisse m’apporter les réponses. Rien qui ne fasse échos. Rien qui ne me satisfasse. J’attends qu’on me sauve ou de me sauver toute seule.

Quand ça arrivera, j’aurai enfin les mots à mettre sur les émotions.

Au secours je suis une brêle.

2012, ça avait plutôt pas mal commencé dans un appart bourgeois du neuvième en compagnie de gens que j’aimais beaucoup, de gens que j’aimais bien et de gens que je ne connaissais pas du tout. Je me souviens m’être fait la réflexion, complètement hypnotisée par le boule de compétition d’une blonde en robe très courte (non que j’aie pour habitude de mater des paires de fesses mais je dois dire que c’était sans doute censé être, aux yeux de sa propriétaire, l’attraction number one de la soirée) que ça commençait plutôt pas mal cette histoire. Et puis en fait non. Pas vraiment.

Janvier 2012, que j’espérais être le mois de la grosse gagne, s’avère être le mois de la mort des espoirs et de mon matériel informatique. D’aucun dirait, au hasard Pute, que c’est bien fait pour ma gueule vu les relations que j’entretiens avec mes ordinateurs – relations exclusives et passionnées basées sur les menaces et les sévices en tous genre – et d’aucun n’aurait pas entièrement tort. Là par exemple, je tape ce billet depuis mon iPad, qui n’est pas censé me servir à autre chose qu’à lire, mater des conneries et updater mon statut Facebook. Je ne sais pas si tu sais ce que c’est. C’est un peu comme si tu voulais… Je sais pas… C’est comme si t’essayais de buter un frelon en vol avec une fléchette, tu vois? Ca bouge tout le temps, tu loupes ta cible et tu tapes là où il ne faut pas. Bref. Compliqué.

Voilà je suis paumée, qu’est-ce que je disais? Ah ouais mes ordinateurs. J’en ai deux et malgré mon comportement avec eux, je les aime d’amour: un PC HP et un Netbook Samsung rouge qui est très joli. Si toi aussi tu trouves que ça fait beaucoup, sache que je justifie cette quantité de matériel par l’excuse qui me sert à tout, OUI MAIS MOI J’ECRIS. Quand t’écris, t’es pas geek, t’as simplement besoin de nombreux supports.

Hier, je posais mes fesses à mon bureau comme chaque jour que Dieu fait. Je remuais la souris pour réveiller l’écran, entr’aperçevais mes feeds et puis BAM, le noir.
Mon cœur a sauté un battement, je me suis signée et j’ai appelé Pute qui simulait une grippe dans le lit:
VF: Puuuuuuuuuuute, t’as touché à mon ordi, avoue et ensuite, je te tue trois fois.
P: Aide-moi… Appelle un médecin… Je vais tomber dans les vapes. Donne-moi de l’eau, pitié…
VF: Que dalle, t’as bousillé mon bébé!!!
P: Mais j’y ai pas touché à ton ordi putain, je peux même pas me lever!
VF: Grumeau! Viens ici TOUT DE SUITE!
P: De l’eau, pitié… Je vais sécher sur place.
G: Quoi, Maman?
VF: T’as touché à mon ordi, avoue et ensuite, je te tue trois fois.
G: C’est pas moi j’ai rien fait, ça me saoule!
P: Et du doliprane. Ou de la ciguë je sais pas mais un truc quoi.
VF: T’as pas le droit de dire « ça me saoule ».
G: Toi, tu le dis!
VF: OUI MAIS MOI J’ECRIS.
P: Faut coucher avec qui pour avoir un verre d’eau bordel?

Après avoir cuisiné Grumeau encore quarante-cinq minutes, j’ai tenté un reboot. L’ordi s’est allumé, bien, mais n’a pas démarré, fuck.

VF: Puuuute, enlève le cache s’il te plaît.
P: Aaaaaaaghhleubeulaaaaaaa…
VF: PUTE!
P: Bleeeuuuuaaaarrrrh…
VF: N’importe quoi, quand t’auras fini de faire l’intéressant en vomissant partout, tu m’enlèveras le cache de l’ordi.

Il a pas répondu parce qu’il a fait semblant de tomber dans les pommes, pour m’emmerder. Je m’en suis rendue compte en passant devant les toilettes pour aller chercher un cruciforme en maugréant des faut tout faire soi- même.

J’ai pris un cruciforme aimanté pour ceux qu’ont comme moi la manie de paumer les vis. J’ai pris une grande respiration, trop grande vu que je me suis étouffée avec une bonne partie de la poussière qui s’était accumulée dans les entrailles de la bête. Dix minutes plus tard et un demi poumon en moins, il y avait nettement de poussière à l’intérieur. En rallumant la tour, Sainte Marie pleine de grâce le seigneur est avec vous et Jésus le fruit de vos entrailles est béni priez pour nous pauvres pêcheurs maintenant et à l’heure de notre mort tu oins ma tête d’huile tu prépares la table de mes ennemis ma coupe déborde dans la vallée des ombres de la mort amen, j’étais pleine d’espoirs. Aussi, parce que je n’avais pas suivi les conseils de ces gens sur Facebook qui me disaient d’y aller à l’aspirateur.

Vains, les espoirs.

Je me suis dit que c’était pas bien grave vu qu’il me restait le netbook pour finir mon chapitre. Et tiens, me disais-je as well, faut que j’aille sur iTunes pour télécharger Fruit Ninja sur l’iPad, ca me fera patienter. Donc faut que je télécharge iTunes aussi. Je verrais plus tard cette histoire de PC en panne.

Quand tu utilises Ubuntu parce que c’est chouette et que ça te permet de faire des trucs de fou que tu peux pas faire avec Windows 7 pour netbook, comme par exemple changer ton fond d’écran, tu ne peux pas télécharger des logiciels tels qu’iTunes. Mais mon cousin, pas con, il m’avait dit « Voilà, je t’ai installé Linux mais tu peux aussi démarrer la bête avec Windows, t’as vu c’est pratique. »
Sauf que je suis conne.
Et que je ne sais pas par quel truchement, j’ai viré mes deux systèmes d’exploitation. Plus de Windows et Linux aux abonnés absents. C’est là que j’ai du enjamber Pute pour vomir d’effroi.
Je suis retournée me plaindre de ma pauvre condition sur Facebook où on m’a donné des solutions incompréhensibles: « Ho boum le MBR! Une clé USB bootable avec simplement un GRUB bien configuré pour démarrer ton Linux, réinstallation de GRUB sur le MBR et le tour est joué. »
Sauf que je parle pas allemand donc j’ai rien compris de ce que me disait le jeune homme bien intentionné.

Depuis je veux mourir.

Si tu n’as pas de mes nouvelles la semaine prochaine, c’est que mes ordis sont definitivement fichus et que j’ai sauté du Pont des Arts.

Je lègue mon blog à l’Écrevisse

Ligne 3.

Je suis partie à la va-vite pour ne pas louper mon train et pressais le pas, ma fille traînait des pieds quelques mètres plus loin signifiant par là-même le peu de considération qu’elle porte à mes « Bon sang, si tu vas moins vite tu recules, ma chérie!  Allez dépêche! ». Avec ses godillots rouges vernis qui ressemblent aux bottes de sept lieues et son manteau gris et l’un des milles deux cents bonnets péruviens 100% péruviens que son père a rapporté de Lima, elle a une drôle de touche. Mon fils, quant à lui, avait déjà fait deux fois le tour de la résidence en haranguant les voisins comme le dernier des forains quand ma fille et moi avons finalement atteint le camion. Sur le trajet, il a posé mille questions, parce que c’est l’âge des questions auxquelles tu ne sais absolument pas répondre, comme « Pourquoi l’eau? » ou « Si je suis mort, est-ce que tu viendras me chercher? ». Le « Euuuuuuuuuuh » le plus long depuis la dernière fois qu’on m’a demandé de tracer une bissectrice. Même sa soeur est perplexe.

J’arrive en avance à la gare, on me taxe une cigarette, je prends mon billet et j’essaie de joindre C. Ça me fait chier de laisser un message, non seulement parce que je ne sais pas quoi dire mais surtout parce que les voeux, c’est très con.

J’essaie d’écrire durant les minutes qui me séparent de Paris mais ça ne veut pas, je me maquille, C. me rappelle. Je lui raconte des trucs plutôt incohérents. Je descends les marches du métro.

Saint-Lazare : Je regarde les gens sur le quai et je me demande combien d’entre eux sont heureux. Au téléphone, C. écoute toujours mon histoire: invraisemblable, médiocre et terriblement ironique. La rame est modérément pleine, je suis modérément calme. J’ai envie de lui dire un truc drôle mais je ne trouve pas. Je me trouve aussi chiante que janvier. C’est un mois d’ennui au nom moche.

Havre-Caumartin : Je regarde les gens dans la rame et me demande combien d’entre eux sont doués pour la joie. Combien d’entre eux la pulvérisent. Combien d’entre eux sont courageux. Combien d’entre eux ont les couilles qui ballotent. Et qui valse à leur place.

Opéra : La voix de C. me quitte sur des choses gentilles.

Quatre-Septembre : Branderburg. Je dois trouver de meilleures réponses pour mon fils . Je regarde les gens dans la rame et me demande combien d’entre eux savent se cacher.

Bourse : Inexplicablement, Sting chasse Beirut et tout aussi inexplicablement, je fonds en larmes. Je vire le mode shuffle.

Sentier : Je suis un cliché ambulant et jusqu’ici, j’en ai rien à secouer.

Réaumur-Sébastopol : J’en ai toujours rien à secouer, ça fait un bien fou. J’essuie les larmes et demande à mon voisin si je n’ai pas trop une tête de panda. Il me dit que si une fois que je lui aie expliqué ce que j’entendais par là.

Temple : Je ne me souviens pas être jamais descendue à Temple, un peu comme Mouton-Duvernet ou Campio-Formio, ces autres stations qui ne servent à rien.

Arts et Métiers : Lister les stations inutiles ne fonctionne qu’un temps pour m’arrêter de braire, ça recommence sans que j’y puisse rien. Je ne les savais pas en réserve, celles-là. Ça devient ridicule.

République : Je profite des secousses de la rame et me félicite de ne pas avoir mis de culotte sous mon jean dont la couture ne saurait être plus sympathique.

Parmentier : Je pense à ce que je viens faire sur la ligne 3. Je descends.

Maintenant je vais vivre et pas toi.

Où qui z’ont foutu les bûches au praliné?

J’ai sorti le foie gras du réfrigérateur. Admirant le reflet de mon menton fuyant dans la plaque vitrocéramique, je me félicitais d’avoir pris deux heures de mon temps pour transformer Kaboul sous les cendres en appartement habitable non-pathogène. Pute n’allait pas tarder à arriver avec Culculine et les « Et là, il est passé le Père Noël? » de Grumeau. Pute s’était chargé des courses de Noël pendant que je courrais après mes enfants hystériques et shootés au sucre à travers les rayons, slalomant entre ce que la Haute-Normandie compte en cas sociaux « Bah non ça c’est pas de l’oiwe, c’du quénard, faut du foiwe gras d’oiwe, pas d’quénard » « Où qui z’ont foutu les bûches au praliné? » « Oh bah on prend du Ballantines, ça ira super avec les cocktails de crevettes. » « Merde, y’a plus de Mon Chéri » et me faisant la réflexion que les courses chez Leclerc pendant les fêtes, c’est un aperçu de la mort, je n’avais pas eu l’occasion de voir ce que Pute avait choisi pour le repas. Je comptais deux paquets d’apéricubes, du foiwe gras d’oiwe, une pizza quatre fromages et du saumon fumé. Intéressant mariage. Pas de chapon malheureusement. Pas si grave me disaient les 6mg de Lexomil ingurgités suite à un charmant entretien téléphonique avec ma belle-mère, une heure plus tôt.

BM : Tu rends comptes, moi j’arrive chez toi et j’entends les enfants et ta mère et moi je voulais juste déposer le cadeau d’anniversaire de Culculine et même pas chuis invitée et je suis restée toute seule devant ta porte même que j’ai pleuré, personne m’invite pour un café t’es vraiment qu’une pute de toute façon la marchande, je l’ai annulée quand tu m’as traitée de vieille salope acide alors j’ai pris ce que je voulais et toi, tu fais tout pour m’éloigner de mon fils t’es comme son père tu sais pas ce que c’est la famille beh tu l’emporteras pas au paradis.
VF : J’ai RIEN compris.
BM : Mais t’es nulle, c’pas Dieu possib’. Moi j’suis venue chez toi et tu m’avais pas invitée et j’ai entendu que les enfants étaient là et toi et ta mère aussi et moi, personne m’invite. On me laisse dehors comme une chienne, c’est dégueulasse !
VF : Vous avez frappé à la porte ?
BM : Bah non, j’ai bien senti que j’étais de trop. Que vous faisiez la fête sans moi. Même pas tu me passes un coup de fil pour l’anniversaire de ta fille et m’inviter prendre un café non toi tu penses qu’à ta gueule, sale petite traînée.
VF : De deux choses l’une : vous m’apprenez que j’ai fait une fête, j’étais pas au courant. La prochaine fois que vous venez chez moi, je vous conseille de frapper, c’est ce que font les gens. Les gens appellent aussi pour dire qu’ils viennent. Et deuxièmement, j’en ai rien foutre. De toute façon je ne comprends même pas ce que vous me dites. Je ne sais pas de quoi vous parlez. Maintenant je vais raccrocher, pour les doléances, voyez avec Pute.

6mg de Lexomil, ça me cotonise suffisamment pour accepter le fait que je me faderai cette femme pendant encore un nombre conséquent d’années. Ça me cotonise aussi suffisamment pour convenir qu’une pizza quatre fromages, ça fait très Noël. Il est toujours prévu que je fasse pipi sur sa tombe.

Pute a fini par rentrer, lui je l’ai entendu avant qu’il ne frappe vu qu’il hurlait « NON BORDEL LE PERE NOËL PASSERA QUAND TU SERAS ENDORMI GRUMEAU !!! ». Et tout ce petit monde a déboulé dans l’entrée, faisant voler les bottes, les gants, les écharpes et les bonnets un peu partout. Grumeau m’a chopé par la poche arrière du jean afin que je me mette à sa hauteur, il a remué son petit idex de trois ans et demi pour que je tende l’oreille à sa question murmurée : « Et là, il est passé le Père Noël ? » Nan, que j’ai murmurépondu, quand tu dormiras. On est passé à table et Culculine n’a bouffé que des apéricubes. Grumeau s’est tortoré l’intégralité du foie gras. Pute sa pizza. Moi, j’ai mangé des chamallows avec les rogatons de foie gras de mon fils, crois-moi si tu veux mais ça va vachement bien ensemble. On avait hâte qu’ils soient endormis pour installer tous les cadeaux sous le sapin et monter le coffre à jouets et rester regarder ça un moment comme des mômes qui sont parents, avec envie et nostalgie. Pute m’a encore raconté comment il a cru au Père Noël jusqu’en sixième. Il en est fier et il tient à ce que ses enfants y croient le plus longtemps possible. Je lui ai encore raconté que je ne me souvenais plus de l’époque où j’y croyais. Pendant qu’on montait le coffre à jouets en fumant un peu de weed, je décidais de tâter le terrain cadeau.
VF : Je t’ai acheté un truc mais je sais pas si ça va te plaire. (C’était exactement ce qu’il voulait, le dernier Call of Duty)
P : Ah ouais t’as acheté un truc ?
Il a pris son air n°48, celui qui dit « fuuuuuck »

VF : Quoi tu m’as rien offert ?!? T’es vraiment une enflure !
P : … Si.
VF : Me dis pas que t’as encore choisi un truc à la dernière minute que j’ai déjà ? Comme le Glamorama de Noël dernier.
P : Euuuuuuh…
VF : Nan mais sérieux, Pute ! Tu crains. T’es la seule personne qui m’offre des trucs qui font de la peine. Là, je le vois, t’as ta tête de « je veux pas sortir mon cadeau parce que tu vas faire la gueule ». Bah tu sais quoi, fous-le-toi au cul. Je vais me coucher. CONNARD.
P : Fais pas la gueule, VF, c’est que du matériel.
VF : VA TE FAIRE FOUTRE.
P : Oh, allez… T’as tout déjà !

J’ai conscience d’être le délice faite femme.
Le matin est arrivé à 7h30 avec un coup de fil sur le portable de Pute. Grumeau s’est levé pendant que son père tentait d’expliquer à une cliente bourrée qu’il était hors de question d’élaguer son ficus un matin de Noël. De la chambre, je l’entendais lui conseiller d’aller se coucher et de boire beaucoup d’eau. Culculine est montée dans le lit pour m’en sortir par les cheveux.

Un peu plus tard, au milieu du papier déchiré et des cartons de jouets et des vis et des paquets de piles vides, Pute m’a tendu un paquet lourd en me disant « Vraiment, tu mérites pas. Tu crois même pas au Père Noël. ».

Un iPad.

Quelle pute, ce Pute.

J’avais l’air con avec Call of Duty et mes insultes.
L’année prochaine quand je serai riche, je lui offrirai un broyeur. Et là, c’est lui qu’aura l’air con.

Découvre comment tu vas crever comme un chien à l’image de ta vie que c’est une tartine de merde.

Parce que c’est bientôt Noël et que normalement, si t’es normal, t’as envie de te jeter par la fenêtre ou de prendre un bain dans le sang de tes proches, il serait sans doute temps de te préparer à l’inévitable, point commun de l’humanité réunie, la corruption de ta chair qui lentement suce ton dernier soupir. Je me souviens d’une mouche de zinc dénommé Belkacem à l’époque où j’étais barmaid, que j’aimais beaucoup d’ailleurs jusqu’à ce qu’il me propose de me violer un de ces quatre si j’avais envie, il me disait, le gars qu’arrivait à boire 19 demis entre 22h45 et 2h00, il me disait toujours, généralement aux alentours de 1h38, il me disait, avec sa pâte blanche de soulard qui faisait des petites bulles dégueus aux coins de ses lèvres, il me disait chaque soir comme une berceuse:

« Vieux Félin, la vie – la mort, c’est comme la merde : c’est pour tout le monde et finalement, y’a que l’odeur qui change ».

Beaucoup de bon-sens, Belka…

Je sais ce que tu penses : Shit a brick and fuck me with it.

N’empêche que c’est vrai.

Aussi vrai que tu vas mourir un jour.

Seul.

Comme le pauvre animal savant que tu es.

Seul.

Dans le noir soudain.

T’auras froid.

Sauf si tu brûles vif.

Mais bref.

La mort, quoi.

Reste à savoir comment, tu diras merci après.

1/ Quelle est ton opinion sur le Club Dorothée ?

a) C’était bien. ♥
b) C’était bof. ♦
c) C’était nul. ◘
d) T’avais pas de télé, t’avais un placard. ○

2/ Jon Bon Jovi, Cher, Bret Easton Ellis et Anna Kournicova sont accrochés au bord d’un précipice, ta réaction ?

a) Tu t’en fous. ○
b) Tu sautes. ♥
c) Cette question est débile. Cher est morte. ♦
d) Tu sauves Bret Easton Ellis pour mieux le jeter toi-même dans le précipice. ◘

3/ Si tu devais choisir ton épitaphe :

a) « Barrez-vous, cons de goths. » ◘
b) « I believed I can fly. » ♦
c) « Je voulais juste qu’il M’AIME ! » ♥
d) «Omer m’a tuer.» ○

4/ Les légumes, pour ou contre ?

a) Pour. ♥
b) Contre. ◘
c) NSPP. ♦
d) T’avais pas de légumes, t’avais un placard. ○

5/ Quel est ton film préféré ?

a) Sidekicks. ◘
b) Citizen Kane. ♦
c) Balto, chien loup. ♥
d) Je baise ma mère, j’encule ma soeur. ○

6/ Quelle est la personne la plus importante à tes yeux ?

a) Ton père/ta mère. ○
b) Frère(s)/soeur(s). ♦
c) Ton/tes enfant(s). ◘
d) Toi-même. ♥

7/ Tu reçois un mail de Meetisha Hanson intitulé « Pleaded, do répondre for more detail » dans lequel tu apprends que tu as non seulement des origines congolaises mais qu’en plus tu es désormais milliardaire. Que fais-tu ?

a) Tu ramènes tous tes amis lelela. ♥
b) Tu veux rester à la téci lelela. ○
c) T’iras finir tes jours là-bas, ouaouaoua. ♦
d) C’est vraiment n’importe quoi ce test, qu’est-ce que le 113 vient foutre là-dedans ? ◘

8/ Qu’est-ce que tu penses des aires d’autoroutes ?

a) C’est bien pratique pour les prédateurs sexuels. ○
b) C’est bien pratique pour manger et faire pipi. ♦
c) C’est bien pratique pour les pauvres qui prennent pas l’avion. ♥
d) T’avais pas de vacances, t’avais un placard.

9/ Quelle est ta couleur de cheveux (naturelle) ?

a) Blond avec des reflets roux. ♥
b) Châtain avec des reflets roux. ♦
c) Brun avec des reflets roux. ◘
d) Roux avec des reflets roux. ○

10/ Si personne ne te regardait pendant 24h, qu’est-ce que tu ferais ?

a) Tu mourrais. ♥
b) Rien de spécial. ♦
c) T’essaierais des trucs de ouf comme l’homosexualité ou la cuisine japonaise. ◘
d) Personne te regarde jamais. ○

La question qui départage :

Qu’est-ce que t’as pensé de ce test ?

a) C’était bien. ♦
b) C’était bof. ◘
c) C’était nul. ♥
d) T’as pas lu, tu viens juste pour les commentaires. ○

Tu as un max de ♥ !

Un jour, tu te réveilleras comme d’habitude. Tu feras pipi, tu prendras une douche, tu te brosseras les dents et tu prépareras ton petit-déjeuner. Tu sortiras de chez toi avec la conviction que tu passeras une bonne journée parce qu’il fera beau et que vraiment, t’auras tout pour être bien : une personne qui t’aime, un bon boulot, des potes comme ça (pouce levé) et de l’argent en pagaille. Dans la rue, t’entendras même le chant des oiseaux par dessus le tohu-bohu de la ville. C’est exactement au moment où tu traverseras en dehors des clous que tu verras un clochard vomir dans la bouche d’un autre clochard, tu te diras que vraiment faut que tu twittes l’image. Sauf que t’auras pas vu la personne en Vélib’ qui t’éviteras de justesse qui te fera te retourner brutalement, ni le taxi auquel tu tournes désormais le dos et qui te loupera pas, celui-là.
Au moment où tu rendras ton dernier souffle, tu te diras que Twitter, c’est vraiment de la merde.

Tu as un max de ♦ !

Un jour, tu réveilleras comme d’habitude. Tu feras pipi, tu prendras une douche, tu te brosseras les dents et tu prépareras ton petit-déjeuner. Tu sortiras de chez toi avec la conviction que tu passeras une journée banale, suite logique d’une vie chiante et sans intérêt. En bas de chez toi, tu rejoindras la station Vélib’ pour te rendre au turbin. Tu sueras comme un boeuf sous le soleil et bientôt t’auras un moucheron dans l’oeil. De justesse, tu éviteras un putain de Twittos qui shoote à l’iPhone au milieu de la route, mais ta trajectoire incertaine t’obligeras à buter sur un cadavre de clochard et ce qui se s’avèrera être du vomi. Le vol plané te conduira à rencontrer très brutalement et de très près la vitrine d’un Pimkie. Au moment de rendre ton âme à Dieu, tu te diras qu’il aurait au moins pu attendre les soldes avant de te rappeler à Lui.

Tu as un max de ○ !

Un jour, tu te réveilleras comme d’habitude. Tu feras pipi sur toi, tu prendras pas de douche, tu te brosseras pas les dents parce que depuis longtemps déjà tu les comptes plus au pluriel, tu boiras une goulée de Villageoise avec la conviction que le mollard dans la bouteille ne t’appartient pas. Tu te lèveras avec la certitude que tu passeras une journée de merde, même si il fait beau et malgré le fait que ton pote Ludo Trois Doigts n’a pas profité de ton coma éthylique pour te sodomiser avec décadence. Au moment même où tu bailleras de dépit à la face du ciel azur, tu verras Ludo Trois Doigts au dessus de toi avec l’air de celui qui va rendre. Dans ta bouche, il vomit. Tes yeux se voilent de gerbe et de viande de kebab pas digérée. Tu étouffes dans le produit de la cirrhose de ton pote de galère. Au moment de mourir, tu te diras que t’aurais préféré être chanteur de variété.

Tu as un max de ◘ !

Un jour, t’auras qu’une envie, c’est mourir. La preuve, tu seras chauffeur de taxi. Ta vie ce sera de la merde et t’auras envie d’en finir en butant quelque chose de beau. Tu verras une personne souriante au milieu de la route et ça te foutra dans une colère noire de la voir sourire comme ça. T’appuieras sur l’accélérateur et tu jouiras quand son corps percutera le capot de ta Skoda Break noire. De l’accident, tu ressortiras vivant mais pas trop, attendu que tu seras paralysé des pieds à la tête. Jusqu’à ta mort, le personnel hospitalier t’appellera Ceinture et fera des blagues de merde comme quoi t’es vraiment une merde de légume. Quand un aide-soignant débranchera par pitié ton assistance respiratoire, tu te diras pas trop tôt.

Rideau.

Journée de merde.

Les évènements relatés se sont déroulés entre 06h45 et 18h46 le 7 décembre 2011

06h45 : Peut-être est-ce le fait d’avoir traîné plus d’une heure boulevard Ménilmontant à moitié à poil à la recherche d’un taxi samedi soir ou peut-être est-ce le fait d’être entrée trempée jusqu’aux os dans la Fnac surchauffée dans l’optique de me sécher hier mais une chose est sûre : j’ai bien 40°c de fièvre.

7h08 : Les bras en croix dans le lit, je me rappelle que c’est chouette de se masturber quand on a de la fièvre sauf que la fièvre te fait penser des conneries : se masturber quand t’as de la fièvre c’est juste bien pour t’aider à dormir ainsi à …

7h11 : je m’endors comme une merde en pleine action.

7h26 : Grumeau me sort le réveil n°58, c’est-à-dire qu’il grimpe sur le lit en loucedé, debout il fait deux trois petits sauts d’élan et s’écrase sur moi en criant « Spiderman ! Spiderman ! Doze ouameeeeeva païder can. Ni-ma-naaaa, a-ma-niii » Mon fils est nul en anglais.

7h27 : Je veux mourir.

7h27 aussi : Grumeau réclame que je m’occupe de lui et je lui réponds que vu toutes les fois où je l’ai soigné, ça serait comme qui dirait le moment de me rendre la pareille ou au choix, de me foutre la paix 5 minutes.

7h29 : Avec sa connerie de réveil n°58, Grumeau a réveillé sa soeur qui entonne le réveil n°3 (en même temps, elle est plus petite, elle en a moins) avec sa merveilleuse interprétation du Petit Escargot et qui donne I-ti-té-ga-go oh-é-hu hum dos, haaaaaaaaaaaaaa hééééééé hooooo lèèèèèèèèèèèèteeeeuuuuuuh. Ma fille est nulle en français et moi, je dois me lever.

8h15 : J’appelle Claudine le Dédale afin que cette dernière ait la grande bonté de venir elle-même chercher les enfants parce que moi, je peux à peine bouger. Conciliante, elle répond qu’elle m’appellera avant de partir emmener Mandy la Grosse Faux Cul au tennis (?) pour les choper au passage.

8h46 : Culculine et Grumeau se battent à propos de ce qui semble être une punaise momifiée. J’ajoute le ménage dans la liste des trucs que je devrais faire plus régulièrement.

9h20 : Mon portable affiche soudainement une licorne et je gueule CAN I HAVE A FUCKING AMEN ???, Claudine part de chez elle et je vais enfin pouvoir agoniser en paix.

9h21 : J’engage gentiment les deux prunelles de mes yeux à s’habiller dans les plus brefs délais : « Grouillez-vous, alleeeeez on se magne le cul, Maman et Claudine n’ont pas que ça à foutre d’attendre que vous ayez décidé qui de vous deux emportera la punaise momifiée. ON SE MAGNE ! BORDEL ON SE MAGNE !

9h25 :Dehors, Grumeau et Culculine se prennent de passion pour un cygne écrasé au milieu de la route et je manque 20 fois de me casser la gueule en les empêchant de traverser.

9h34 : Il fait très froid et putain, les quais sont venteux. Qu’est-ce qu’elle fout, cette conne ?

9h41 : Qu’est-ce qu’elle fout CETTE GROSSE CONNE ? Je l’appelle et à elle de m’expliquer qu’elle a finalement décidé d’emmener Mandy avant de passer chez moi.

9h46 : C’est officiel, je vais abandonner mes enfants sur le bord de la route.

9h58 : Claudine se gare dans une énorme flaque, je traverse avec Culculine et Grumeau sous chacun de mes bras pour éviter qu’ils aillent câliner le cygne mort qu’est « trop mignon, maman ! » Je la regarde avec de la haine dans les yeux et la remercie en forme de « crève, salope, crève ».

10h00 : Je m’endors en pleurant.

11h46 : Je me réveille en sueur persuadée qu’on a sonné à la porte.

11h47 : On sonne effectivement à la porte. C’est Fabrice, le gardien. Je sais pas trop si y’a un rapport avec les prochaines étrennes ou avec le fait qu’il se marre beaucoup trop bêtement en parlant de ma tuyauterie, toujours est-il que je fuis et qu’il me propose de réparer ça vite fait. Quand il m’offre de lui préparer un café chez moi, je lui avoue que je suis séropositive et claque la porte.

11h48 : J’appelle Pute pour lui conseiller d’aller casser la gueule au gardien à l’occasion. J’en profite pour lui glisser que je suis à l’article de la mort ainsi donc, il ne faut pas compter sur moi pour aller chercher les mômes ce soir.

11h50 : Je m’endors en pleurant.

14h02 : Je me réveille en sueur, persuadée qu’on a sonné à la porte.

14h03 : On a effectivement sonné à la porte. C’est Monsieur Vévelle qui vient pour l’entretien annuel de la chaudière. Je jette un oeil à l’état de ma cuisine. Je réfléchis deux secondes. Je dis non et claque la porte. Il re-sonne, je lui avoue que j’ai une machette et que je suis séropositive. Il ne re-sonne pas.

14h17 : Je me mets courageusement à mon bureau dans l’optique d’écrire pour finalement m’endormir devant Dexter et cette nullité ultime de saison 7.

16h25 : Je me réveille avec la touche « Démarrer » imprimée sur le front, je ressemble à Louis Garrel, je veux mourir. Je m’écroule sur le lit en validant les commentaires de petits nouveaux très malins qui me viennent de chez Pingoo.

17h11 : Je me réveille en sueur persuadée d’avoir reçu un message Facebook. J’ai effectivement reçu des messages auxquels je réponds en tentant de me plaindre le plus possible. Je n’émeus personne.

17h38 : Y’a beaucoup trop de statuts, de photos, de liens en rapport avec les chats dans mes feeds mais je mate quand même le Top 10 des chats qui ressemblent à Hitler vu qu’il est partagé par environ 258 contacts. Je note d’écrire un article haineux sur les chats mais je crois me souvenir que Girls and Geek l’a déjà fait. Je note d’écrire un article haineux sur Girls and Geeks. À la place, je vais plutôt écrire ce billet sur le hate-fuck que je suis censée avoir pondu il y a de ça trois mois.

18h08 : Trop de gens vont se sentir visés à raison et je n’ai envie de blesser personne à part ma belle-mère.

18h12 : Mon portable affiche soudainement un « Bite me, literally » et je me dis que c’est pas possible, ma belle-mère a un don pour sentir quand je fantasme sur elle ; fantasme la mettant majoritairement en scène avec Guy Georges, des pieux, une batterie et des pinces crocodile.

BM : Qu’est-ce qu’elle branle ta nourrice ? Je suis passée prendre les enfants, elle est pas chez elle.
VF : Bonjour. Je vous ai déjà dit de ne pas passer prendre les enfants dès que vous avez envie de les voir.
BM : Moi j’en ai marre, hein. C’est la dernière fois que je te rends service.
VF : Le problème avec vous c’est que non seulement je ne vous ai rien demandé mais en plus ce que vous entendez par « service » c’est « tiens, si je détruisais le couple de mon fils ? ». Je ne vous ai rien demandé bordel, c’est Pute qui devait s’en charger.
BM : T’es vraiment qu’une feignasse, hein. Moi de mon temps, je faisais tout. Je demandais pas à mon mari d’aller chercher mon fils !
VF : Et ça l’a pas empêché de se casser, non ?
BM : Salope.
VF : Ouais c’est ça, bonne soirée.
18H46 : Je me dis que c’est vraiment une journée de merde, ce 7 décembre et que ça serait vraiment bête de pas vous en faire profiter.

Ces gens qui disent…

Loin de moi l’ambition de me poser en maîtresse de la langue française, je suis pas super pote avec l’orthographe, j’invente plus souvent qu’à mon tour des verbes et il m’arrive de faire des fautes de français plus grosse que moi. Cela étant, tous les jours, presque, quand j’entends certaines expressions ou tournures de phrase, j’ai envie de crier « Qu’on lui COUPE la tête ! » comme la Reine de Coeur dans Alice au Pays des Merveilles. J’y peux rien, j’ai été élevée comme ça, il y a des choses qu’on ne dit pas sous peine d’être catapulté en catégorie GROS CON DE BASE. Au restaurant, entre amis, en famille, à la télévision : le gros con de base agresse sans relâche les oreilles. Le con, il a un phrasé bien à lui, reconnaissable entre tous. Ainsi, si tu emploies l’une des expressions suivantes, tu sauras ce que je pense de toi.

Service.

Ces gens qui disent : « C’est que du bonheur !»
Quand on dit que la téléréalité fait des ravages, c’est vrai. C’est on ne peut plus vrai. Alors j’te parle pas du mini Vincent Mc Doom qui s’est jeté sous les roues d’une bagnole rapport que plus personne voulait le regarder ou de Loana et de ses dépressions à géométrie variable, ça c’est peanut. J’te parle de Kenza de Loft Story, première édition. Elle nous a pas fait chier longtemps sur les écrans, n’empêche qu’à cause d’elle, des millions de teubés reprennent encore aujourd’hui en choeur : « C’est que du bonheur ! »

Ces gens qui disent : « Voire même !»
Ces gens qui disent « voire même » devraient vraiment niquer un Larousse. Ou en lire un, à la page « voire » et à la page « même ». Avec un peu de chance, peut-être se rendront-ils compte qu’on peut dire « voire » ou « même » mais pas les deux. Pourquoi ? Parce que c’est la même chose ! Merde ! Sensiblement idem pour « malgré que » et « des fois ».

Ces gens qui disent : « Bon appétit !»
Dans ma famille, si tu dis « Bon appétit ! » on te regarde comme si t’avais fait sous toi. Pourquoi ? Parce que ça se dit pas, bordel ! Bon appétit, tu peux le lire sur ta nappe en papier chez Buffalo Grill mais te sens pas obligé de le crier à la tablée entière. Si tu me dis « bon appétit », y’a de fortes chances pour que je te dise « toi aussi » en souriant et que je te rote à la gueule en fin de repas.

Ces gens qui disent : « Quelque part…»
Ces gens qui disent que « quelque part, ça [leur] fait quelque chose » m’ont longtemps filé des cauchemars, je pige pas ces besoins de géographier les phrases et puis un jour, j’ai demandé où.
Tu vois quelque part, ça m’intrigue cette manie qu’ont les gens de dire « C’est que du bonheur ».
Où ? Mais où, bordel ???
Dans un sens ?
LEQUEL ?

Ces gens qui disent : « Mes compliments ! ».
Alors ça, c’est une affaire personnelle. C’est la phrase choc de mon grand-père.
Papy, j’ai eu 18 ans !
Mes compliments !
Papy, je suis enceinte !
Mes compliments !
En fait non, j’ai fait une fausse-couche…
Mes compliments !
Bon ok. Va mourir, tu me saoules.
Mes compliments !
Depuis, il est en maison de retraite. Aucun rapport mais d’une certaine façon, ça me fait jubiler de l’annoncer.

Ces gens qui disent : « Que l’personnel s’amuse ! »
Peut-être y a-t-il un rapport avec mon passé de barmaid mais c’est la phrase qui me donne l’oeil mauvais et la bave aux lèvres. Cette expression est souvent utilisée par le gros con de base bourré qui, après t’avoir fait chier toute la soirée avec ses blagues dégueulasses et pas drôles, fait trébucher 25 cents sur le comptoir avec des airs de grand seigneur. Ces gros cons de bases bourrés-là, j’ai envie de les sodomiser avec un fut de Mosbraü.

Ces gens qui disent : « Il suce pas que d’la glace ! »
C’est souvent le même qui dit « Que l’personnel s’amuse », il est donc non seulement con mais de mauvaise foi. C’est toujours la phrase du mec bourré à un autre bourré, si t’entends aussi des rires gras, c’est normal, tu es sûrement au camping de Juan les Pins après un tournois de boules mais un peu avant l’élection de Miss Pastis.

Ces gens qui disent : « La moule »
Un con, une chatte, un frifri, un abricot, un berlingot, un écureuil, un mont fendu, une cave, un baveux, un nénuphar même une vulve qui est un mot très moche. Mais pas une moule. Je bannis ceux qui oseront rétorquer que la ressemblance est quand même frappante et qu’avec les deux, parfois, tu trouves des crabes dedans.

Tiens-le-toi pour dit.

Les transports, le lecteur et l’attardée mentale.

Si t’es un gentil lecteur qui suit bien tout, tu sais que les transports en commun et moi sommes loin d’être BFF. Mais j’ai progressé, y’a quelques temps je pouvais pas monter sur des rails sans être défoncée aux anxiolytiques et accrochée au cou d’une personne de confiance pour pouvoir lui hurler mon angoisse dans les oreilles et ça donne à peu près : « Je vais crever, appelle un prêtre et dis à mes enfants de ne JAMAIS ouvrir mon ordi.». Désormais je prends tout, même le RER. Et seule. Et même pas sédatée. T’en as peut-être pas conscience mais c’est un genre de miracle.

Il n’empêche que la phobie des transports en commun n’est selon moi qu’un banal instinct de survie, du bon-sens brut parfaitement justifié par (dans le désordre) les fous, les pick-pocket, les « musiciens », les contrôleurs. LES GENS. La chaleur, l’odeur, le bruit, les secousses.

Bref, je prends le train et le métro plusieurs fois par semaine comme avant-hier où je devais trouver de quoi vêtir mon boule pour l’hiver. Et laisse-moi te dire c’est pas une mince affaire quand les trois-quart des parisiennes du coin s’habillent aussi en 12 ans. Au bout de deux heures de spéléo dans les rayons, d’atermoiements et de réflexions profondes devant la glace des cabines d’essayage telles que « Dégueu, le sharpeï… Même ma peau est trop grande pour moi.» ou encore « Si tu retrouves mon cul, dis-lui qu’il me manque », je ressors de mon shopping échevelée et estampillée de marques pour petites catins. Forte d’avoir survécu à un samedi aprèm aux Halles, je me prends aussi à surestimer ma capacité à ne pas faire de crise d’angoisse.

Et je prends le métro.

Aux Halles, donc.

Un samedi après-midi.

Le mot que tu cherches c’est débile.

Évidemment la rame est bondée et je suis écrasée entre deux japonais et une octogénaire sénile qui chante en boucle « Domino, Domino, j’ai le coeur comme une boîte à musique ». Au fil des stations , la rame se vide un peu et me permet d’aviser une place assise. Je retourne compulsivement mon sac à la recherche de mon flacon de lexomil qui n’est pas dans mon sac mais sur mon bureau, entre ma magic8ball et ma tirelire Barbapapa.

Et puis le mec d’en face me tapote le bras…

Mec d’en Face : Je te connais! (Rassurant)
VF : Nan, j’crois pas, nan. (Je suis à deux doigts de m’évanouir en constatant que vraiment, mon lexomil est sur mon bureau)
MDF : T’as une TOUTE PETITE VOIX, Vieux Félin ! Je suis trop fan !

C’est la première fois que quelqu’un m’aborde en tant que connasse numérique et il faut que ça soit au moment où je vais mourir. Je vais mourir devant un lecteur infoutu de commencer normalement une conversation. Trop de bonheur.
VF : Euh… Euh… Quoi?
MDF : Dis un truc drôle, pour voir!
Je sais pas exactement quelle tête je fais mais j’imagine un rapport sexuel entre Les Griffes de la Nuit et un concert d’Hannah Montana.

VF : Fous-moi la paix ?
MDF : Hahaha ! Trop fort ! Tu me files ton numéro ? C’est vrai que t’es chaude du cul ?
VF : Non et si tu veux ma main dans ta gueule, continue de me parler, elle arrive.
MDF : Hey, hey…Tu vas parler de moi sur ton blog ?
La rame s’ouvre, je me barre en courant vers la surface et me jette sous les roues d’un taxi. Le taxi en question semble pas hyper chaud pour me trimballer, rapport sans doute que je bégaie des « Démarrez… Viiiiiiite ! J’ai un lecteur qui me parle et j’ai pas de médicaments. Sauvez-mooooi…»

J’arrive cependant à me fabriquer un calme de surface et à lui demander de me jeter à la gare. Durant le trajet, je me rappelle que je ne vais pas mourir dans une rame de métro, j’essaie de me persuader que les transports en commun sont autant de sources intarissables d’humanité, qu’il faut embrasser sa peur et bon nombre de conneries du même genre qui me permettent de ne pas me transformer en foetus qui chiale sa maman. Ça fonctionne à peu près deux minutes et demi avant que je ne me remette à bader sérieusement. Je cherche mon téléphone dans l’optique de chialer dans l’oreille de ma mère quand je tombe sur un petit flacon blanc et vert.

Sweet, ma drogue. J’en gobe un et deux, et puis le troisième c’est bonus fidélité. Quand j’arrive à la gare, j’ai les yeux mi-clos et un sourire niais accroché au visage. Je suis pas calme, nan. J’ai juste plus vraiment conscience des choses, comme un genre d’amibe hyper friendly. Je mets beaucoup de temps à trouver mon quai et à monter dans le train parce que je suis hypnotisée par les distributeurs et leurs couleurs chatoyantes: M&M’s ou Maltesers ? Dans l’instant, j’ai jamais eu de choix plus difficile à faire…

Le truc marrant quand tu prends le train en fin d’après-midi, c’est que t’as vite fait de te demander si tu serais pas par hasard à la Convention de la Junkfood. On dirait même que les gens se rangent par catégorie : kebab, McDo, Quick, Starbucks. Encore un choix très difficile que le bon wagon. Quand je croise un mec à casquette qui bâfre un kofte salade tomates oignons sauce blanche harissa dans une voiture première, je lui demande si il a perdu son papa ou sa maman parce qu’il est pas dans le bon wagon. Il me dit d’aller me faire enculer et de tracer ma route, ou de manger mes morts, je sais plus. Finalement, je me vautre en seconde derrière un couple d’ados amoureux qui s’examinent les amygdales. Le niveau de décibel de leurs succions est carrément obscène et je leur fait vite remarquer que lorsque Pute débouche les chiottes, ça fait EXACTEMENT le même bruit.

Arrive ensuite une gonz’ accompagnée de ce qui semble être sa soeur et son beau-frère. Ils la font s’asseoir à côté de moi en lui laissant mille précautions telles que « Appelle-nous dès que tu arrives, surtout. » et « Ne parle pas aux inconnus, d’accord ? ». sur le coup, je pige pas et puis aussi, je m’en fous complètement. Ils restent sur le quai à notre hauteur, à lui envoyer des baisers et à faire des coucou auxquels elle répond frénétiquement. Ça dure dix minutes et puis le train part. Je suis défoncée et si je m’endors, je me retrouve au Havre. Alors je commence à examiner ma voisine en bouffant mes M&M’s. Je ne saurais dire quel âge elle a – entre 13 et 25 ans – et lorsqu’elle me regarde je comprends tout-de-suite pourquoi elle me paraît à la fois enfant et adulte : parce que c’est une débile légère. J’en veux pour preuve son regard éteint, sa bouche ouverte et la bave qui en coule à la vue de mes becs. Je comprends aussi et les coucou et les recommandations et la grosse angoisse dans les yeux de ses accompagnateurs. Note que j’ai rien contre les attardés mentaux, c’est juste que j’ai l’impression d’en côtoyer déjà beaucoup trop avec ma belle-mère. La pauvre enfant m’apostrophe :

DL : Je peux en avoir ?
VF : T’as pas le droit de parler aux inconnus et non, j’ai faim.
Elle regarde mon sac de fringues :
DL : T’as fait les magasins ?
VF : Ouaip.
DL : J’adore faire les magasins.
VF : Ok, chut, maintenant. Tu sais quoi ? Regarde la travée et guette le contrôleur, d’accord ?
DL : Pourquoi ?
VF : Parce que si il arrive et que tu sors pas tout-de-suite ton billet, il te jettera du train.
DL : C’est vrai ?
VF : Word.
DL : Hein ?
VF : Ouais, c’est vrai. Alors fais gaffe. Scrute.

Elle fait tout comme je lui dis et quand le contrôleur fait son premier passage, elle fond en larmes en lui brandissant son ticket. Le contrôleur comprend pas parce qu’il contrôle pas, il passe. Elle lui dit « Me jetez pas du train, s’il-vous-plaît, je vais juste à Mantes la Jolie ! ». Le contrôleur pige de moins en moins, me regarde avec désarroi et je fais celle qui comprend pas plus que lui.
« Vous en faites pas, on arrive dans cinq minutes. Restez assise. »
Je ricane comme une crevure quand elle descend du train et puis quand c’est mon tour de descendre, je ricane beaucoup moins.
Elle était peut-être attardée mentale mais elle est quand même partie en me barbotant mes fringues, la garce.

Comment réussir sa dépression: mon programme en 5 étapes.

Parce que les jours raccourcissent à l’image de tes espoirs et de tes rêves, je dis que novembre est le mois idéal pour entamer une bonne petite dépression. Ainsi donc, comme je te sens infoutu d’y arriver correctement, permets-moi de te parler doctement et de t’aider, rien de moins, à clore comme il se doit cette merveilleuse année 2011.

Le fait est que je maîtrise vachement bien le sujet, s’il y avait un prix pour récompenser les dépressifs, genre les Anxio d’Or, je ferais très souvent les poussières sur mes trophées. Forte d’une carrière entamée à l’âge de raison, sept ans et déjà une vocation, mon discours serait rôdé au millimètre et ne changerait pas d’un iota d’une année sur l’autre :

« Je tiens à remercier mes aïeux, mes parents qui m’ont toujours soutenue, ma première thérapeute à qui je faisais volontairement des dessins horribles pour voir ce ça que ferait, ma deuxième thérapeute qui ne m’écoutait pas, ma quatrième thérapeute qui m’a encouragée à reboire. Merci l’aile psychiatrique de l’hôpital Saint-Antoine en plein mouvement de grève. Merci ma fainéantise, merci mes névroses, merci mes angoisses, merci les drogues. Et enfin, merci la vie.
Bonsoir. »
.

Faire une bonne dépression, mine de rien c’est pas si facile que ça. Ça demande rigueur, discipline et courage pour aller toujours plus loin vers le rien. Le rien est ton objectif, never forget. Accroche-toi à ton clavier, t’as deux mois pour y arriver.

Mon programme en 5 étapes:

Ça commence par passer inaperçu, tu ne fais pas vraiment attention mais tu glisses néanmoins dans le bain glauque de la mélancolie. T’es pas heureux certes, mais comme beaucoup, tu n’y prends pas garde. Et puis un matin, tu la sens, elle est VRAIMENT là. Congrats.

Étape 1 : Coupe le contact.

La première règle à respecter pour déprimer correctement est de se couper du monde extérieur. Donc si t’avais dans l’idée de sortir boire des coups avec tes amis pour te remonter le moral, tu te fourres le doigt. « Noir c’est noir », qui disait ça ? Un moine tibétain, j’dirais. Fais-moi le plaisir de fermer tes volets afin de condamner la lumière du jour. Ne réponds pas à tes mails, ne réponds pas au téléphone, barricade-toi à double tour et commence à écouter Nick Cave en boucle. Attendu que ce que tes amis ont à te dire sonnera à tes oreilles comme de la psychologie de comptoir, autant t’en défaire rapidement et violemment. Fends-toi donc d’un unique mail à l’intégralité de tes contacts : ALLEZ TOUS VOUS FAIRE ENCULER JE VOUS HAIS BÂTARDS. (cc : Papa, Maman, Tatie Suzanne)

Étape 2 : Arrête de te lever.

Parce qu’une bonne dépression se fait à l’horizontal, il est primordial d’être alité dans des draps sales. Prépare-toi à passer les deux prochains mois au fond de ton pieu parce que tu y feras tout : dormir, pleurer, dormir, pleurer, manger, pleurer, dormir, boire, pleurer, dormir, uriner (ça c’est pour les très bons élèves qui combinent médicaments+cannabis+whisky mais on va y revenir). T’y feras tout dans ce putain lit, sauf du sexe. God forbids. Exception faite des baises minables avec de parfaits inconnus qui constitueront un bagage intéressant pour l’étape 4, tu es de toutes les façons interdit d’orgasme et d’excitation. Qui voudrait te faire jouir anyway ?

Étape 3 : Arrête de te laver.


Ça c’est mucho important, surtout pour dissuader les amis et la famille, ceux qui malgré tes menaces de leur jeter du vitriol à la gueule, se fendront d’une visite de courtoisie. Quand je dis d’arrêter de te laver c’est arrêter avec l’hygiène en général. Ainsi donc, si ton haleine n’attire pas les mouches et si tes aisselles ne sentent pas le kebab, tu peux tout à fait prendre l’initiative d’arrêter aussi le papier toilette. Tu peux aussi te rouler dans tes propres déjections mais ça, c’est pour les très bons élèves qui combinent médicaments+cannabis+whisky mais on va y revenir.

Étape 4 : Rumine ta vie qu’elle est invivable.

C’est ça qui est formidable ! Que tu sois riche, pauvre, con, smart, moche ou beau : la vie est épouvantable, true fact. Embrasse ta condition de grosse merde, ressors tes vieux albums photos, tes lettres d’amour, le doudou de ton animal mort, tes copies d’examens, tu sais, ceux que t’as à moitié foiré ? Repasse le film de tes humiliations de gosse, d’ado et d’adulte, bâtis la liste de toutes tes erreurs, de tous tes regrets, de toutes tes petites plaies et jette du sel là-dessus : tes larmes. Te voici prêt pour l’étape ultime.

Étape 5 : Aie peur de la mort, parce que tu vas crever. Ça au moins tu peux en être sûr.

Si tu as correctement suivi les précédentes étapes, désormais tu es sous traitement médicamenteux, ce qui ne t’empêche pas – au contraire – de fumer des joints, de taper de la coke et de boire comme un trou. Toutes ces drogues combinées vont avoir pour effet de parachever ta dépression en te propulsant aux portes de la folie. Attention, le suicide est totalement contre productif. En effet, si le but est de faire une bonne dépression, te suicider est, pour ne pas dire la meilleure, la plus efficace façon d’y mettre un terme. Attendu que ta propre mort et les angoisses qu’elle entraîne font partie intégrante des causes de ta dépression, il faut au contraire entretenir ses angoisses et avoir peur de mourir. Pour ça donc, le combo précédemment cité qui, je dois l’avouer, n’est pas à la portée de la première larve venue.

La fin justifie les moyens, tu peux maintenant appeler les pompiers.

De rien.

%d blogueurs aiment cette page :