Les gens d’internet.

Samedi.

C’est un jour de plénitude, presque. Le genre de jour calme et serein où mille choses te traversent l’esprit en débit tranquille, au rythme du paysage qui défile, tes enfants te manquent. Tu vas faire des courses en regardant les jouets, tu passes la porte de ton appartement et de ses odeurs. Les choses sont plus où moins rangées et plus ou moins propres mais y’a le soleil pour faire le ménage. Tu poses tes affaires, tu ranges les courses, tu t’assieds un moment sur un dinosaure en plastique qui te tue le derche.

Dans quelques minutes, tu iras les chercher chez leur grand-mère. Tu sais qu’ils ont passé une bonne nuit et qu’ils t’attendent.

Des jours où les souvenirs de la veille et des gens te font sourire toute seule. Le bar de Bastille trouvé à la va-vite avec sa serveuse de compétition, poufiasse ultime qui seins en avant et voix haut perchée te dit : « Chérie, du calme, on est à Paris ici. » quand tu veux lui faire comprendre que tu ne bois pas d’alcool, que tu t’en branles des happy hours et que tu veux juste un coca zéro bordayl ! Serveuse qui fera chier toute la soirée et que t’envisageras de finir avec un de tes talons hauts.

Les discussions très sérieuses que tu suis parfois en pointillé tellement t’es bien, t’en as finalement pas grand chose à foutre de ce qui se dit et puis la musique est trop forte. Les regards, les connivences, les trashages en règle sur les absents qu’ont tort de pas être là. Les gens qui se découvrent et ceux que tu retrouves.

Quand vous demandez trois fois une caïpirinha et deux pintes et putain, ce bar est merdique. Quand il attend 28 ans sa souris d’agneau en pestiférant sur la chorégraphe avec laquelle il doit bosser les six prochains mois. Quand elle raconte comment sont élevés les porcs. Dans le noir, tellement serrés qu’ils deviennent fous et se bouffent mutuellement les oreilles et la queue, alors qu’en vrai elle vient de s’enfiler du bacon. Celui qui parle si vite qu’il te demande un effort de concentration maximum mais qui provoque un élan affectueux, entre tendresse et calotte. Celui qui a fait tout ce chemin pour venir vous voir, qui n’a pas pensé à prendre une veste parce qu’il faisait encore chaud dans le sud et qui découvre tout le monde et qui est excatement comme tu l’imaginais.

Quand vous vous cassez enfin de ce qui est devenu une boîte de nuit de la Mayenne en 1998. Quand vous vous posez ailleurs où la musique est moins forte mais dans le groupe ça parle, ça se raconte et ça rigole. Quand vous fumez à quatre dans un hôtel du dernier sordide.

Quand tu t’es endormie.

Des jours où tu cesses d’anticiper les perspectives, tu lâches prise. Quoiqu’il arrive, après tout, on trouve toujours un moyen de s’en sortir. Un moyen de choper un peu de bonheur. C’est pas si grave le quotidien, tu es contente de rentrer chez toi.

Tu as hâte de les revoir, tous. Et ceux qui n’étaient pas là, particulièrement la pute blonde qu’est toujours là et la pute à frange qu’on voit jamais. Et celui qui dépasse.

Des jours à se sentir entière et récupérée.

Les gens d’internet. Je suis mitigée sur ce point. Dans cette vie-là tu crées des liens au sens littéral, tu tisses différents réseaux. Transposés dans ton réel et le leur, ils ne sont pas souvent à la hauteur de l’écran et du clavier. Ainsi, ils se virent de ta vie comme des toiles d’araignées, sans aucune résistance.

Et puis quand t’as de la chance, ya les autres.

Petit précis des chansons de Noir Désir à l’usage de ceux qui veulent faire passer un message..

Je me faisais la réflexion après avoir liké une énième vidéo de Nwardayz sur le wall de cette pute de Christine et après avoir moi-même, d’une façon totalement pavlovienne, partagé Septembre en Attendant environ trois minutes et demi plus tard: c’est fou le nombre de gens, moi la première, à faire passer des messages avec des titres de Noir Désir. Autant te dire tout de suite que  si tu ne connais pas Facebook ou si tu n’aimes pas Noir Désir, tu vas sans doute te faire chier un brin en lisant ce billet.

Je pense consécutivement à toi Maman et à toi, Route de Nuit.

Si tu me demandes quel est mon groupe français préféré, je te répondrai Noir Désir. Si tu me demandes quel est mon chanteur français préféré, incontestablement Bertrand Cantat. Bien sûr, ça se décline à l’infini. Si Lolo Ferrari venait me proposer trois voeux, ce serait être plus intelligente, plus riche et un nouvel album de Noir Désir. Ni paix dans le monde, ni quoi que ce soit d’utile à tous, tu noteras mon soucis de mon prochain. Le mur de cette pute de Christine, donc. Comme quoi je ne mens pas.

Dans mes feeds, j’en vois passer jusqu’à 15 par jour.

C’est simple, quand tu veux envoyer des signaux de fumée à quelqu’un sur un réseau social, en toute discrétion et sans passer par les messages privés, tu as trois solutions: tu peux passer trois heures à comprendre comment ne partager ton statut qu’avec les gens concernés. Tu peux ne pas te soucier des paramètres de confidentialité et poster brut de décoffrage mais attends-toi à une avalanche de commentaires embarrassants tels que « Keuwa? Mais les statuts sibyllins c’est sooooo 2007, quoi! ». Ou alors, tu postes un titre de Noir Désir.

C’est un peu comme le langage des fleurs, tu vois? Mais avec des super chansons. Et sur Facebook, ou n’importe quel réseau social. Et grâce à ce billet, tu manieras mieux le Dis-moi quel titre de ND tu postes, je te dirai ce que tu veux dire.

MUSIQUE

On est dimanche matin, il est quatre heures et tu attends le premier métro. Tu t’es saoulé coké comme un bâtard toute la nuit et maintenant, t’es en pleine descente et t’as envie de mourir. Pas de problème, bro, Bertrand Cantat sait aussi ce que c’est:

Je remarque que légion sont ceux dans mes contacts à détester leur job, leurs collègues, leur patron. Aussi, il n’est pas rare de voir apparaître le message subliminal suivant: Mon patron est un sale fils de pute mort à l’intérieur, je voudrais l’enterrer sous une montagne de merde:


Tu peux d’ailleurs ajouter en exergue d’un simple mais efficace Poke + nom de ta boîte, ça ne tuera personne.

56 de tes contacts Facebook t’ont invité à l’évènement LE 9 OCTOBRE 2011 JE VOTE MARTINE AUBRY et attendu que les réseaux sociaux, c’est un peu le must en matière de moutonnerie et de marketing viral, tu as décidé de rejoindre la horde de tes 56 contacts de presque gauche ainsi que milliers d’autres qui ont la même idée que la tienne. Et ce, même si honnêtement,

Les gars vous RÊVEZ si vous croyez que je vais VRAIMENT voter aux présidentielles:

Ce qu’il y a de plus exploitable dans la discographie de ce groupe de légende, ça reste quand même les histoires de cul.

Ainsi, si tu es une femme qui souhaite discrètement souligner que si elle ne baise dans les prochaines 24h, elle se pend dans la douche, au lieu de poster un bête: « Si tu es dans ma région et que tu possèdes un sexe, tu peux me joindre par MP ou au 06.47.36.69.65 ou directement au 25 rue de la Pompe, code B5917, troisième étage, porte de gauche, c’est ouvert. »
Mets plutôt La Chaleur:

Si d’aventure tu souhaitais compléter le message avec un convivial « VENEZ NOMBREUX » tu peux aller jusqu’à te fendre des Persiennes:

Si tu es un homme marié qui souhaite entamer une liaison avec une jeune femme qui suscite chez toi un émoi notable, il est de bon ton de poster nonchalamment Comme Elle Vient à 23h45 tout en discutant avec elle en messagerie instantanée pendant que ta femme regarde The Mentalist.

Après deux mois, quand ta femme aura grillé la petite private party avec ta maitresse, on te verra te confondre en excuses: Bobonne, laisse-moi rentrer, je t’aime, même si t’as changé les serrures. JE PEUX CHANGER  BORDAYL!

Après deux mois de love-love avec ta maîtresse, maintenant que ta femme t’as foutu à la porte, t’as deux choix:

Tu la largues et là tu lui postes Marlène. Pour la larguer en douceur mais lui dire que malgré tout, tu penseras encore à elle chaque fois que ta femme fera semblant de dormir.

Tu la largues pas complètement mais tu veux quand même qu’elle calme ses ardeurs à ton endroit. Au lieu du classique « Et ça te serait pas venu à l’esprit de faire profil bas au lieu de liker la totalité de mes statuts depuis deux mois, connasse, va. » elle le prendra assurément mieux avec Lolita Nie en Bloc:

Reste la plus belle, pour la fin, pour ceux qui s’aiment ou qui ne s’aiment plus vraiment, pour les premiers amours, pour les âmes-soeurs, pour les histoires qui finissent mal ou pour celles qui finissent bien. Tout ira bien.

Je n’ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu’on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien

Le vent l’emportera

Ton message à la grande ourse
Et la trajectoire de la course
A l’instantané de velours
Même s’il ne sert à rien

[Refrain] :
Le vent l’emportera
Tout disparaîtra
Le vent nous portera

La caresse et la mitraille
Cette plaie qui nous tiraille
Le palais des autres jours
D’hier et demain

Le vent les portera

Génétique en bandoulière
Des chromosomes dans l’atmosphère
Des taxis pour les galaxies
Et mon tapis volant dis?

[Refrain]

Ce parfum de nos années mortes
Ceux qui peuvent frapper à ta porte
Infinité de destin
On en pose un, qu’est-ce qu’on en retient?

Le vent l’emportera

Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J’emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi

Et bonne semaine.

Trois.

J’ai le sentiment qu’elle a toujours été là, la colère. Que je suis née avec. Je ne la maîtrise pas.

La violence aussi, on dirait qu’elle a toujours été là, à ceci près que je me persuade d’en maîtriser une partie, la physique. C’est un long travail absolument pas terminé.

Quand j’étais petite fille, j’étais violente. Quand j’étais adolescente, j’étais très violente. Moins maintenant mais elle est fait partie de moi ancrée profond. Avec la colère. Le mot c’est Vigne. C’est aussi noueux, tarabiscoté, bois rèche et vigoureux, feuilles lisses et pointues produit des fruits ovoïdes et sombres.

Les armoiries de la famille de ma mère représentent une grappe de raisin et une hache, la devise de la famille de ma mère, dont on se sait si c’est une légende est : « Je cogne quand j’ai bu. ».

Je me soupçonne d’être inconsciemment très obéissante.

Je te dis pas comme m’a marqué Steinbeck.

Je voudrais être sûre de pouvoir dominer toute ma violence mais je cogne dans les murs trop souvent, je trouve. La violence en moi, c’est péjoratif. Ma pire crainte de mère est de devenir maltraitante ou de leur transmettre ça. Ça choque de dire la peur qu’on a d’être violent avec son enfant et la colère que ça provoque. Je n’aime pas dire ça. Mais c’est vrai. Quand le père de mes enfants me trouve distante avec eux c’est de moi que je veux les protéger. Je ne me fais pas confiance. Il ne comprend pas. Ça me met en colère. Tout me met en colère. C’est une chose péjorative.

Et puis il y a la peur. Sans interruption des programmes, la peur, la trouille, la crainte, les miquettes, la frousse, les chocottes, les foies, les jetons, la souleur, la putain de panique.

Elles prennent toute la place en ce moment.

C’est pour les soulager toutes, je le crains, que je me saoule à coups de phrases.

« Pourquoi t’écris tout le temps? »

 

Pôle Emploi, je te prends, je te retourne et je te fais des trucs.

Bientôt, ça fera un an que je n’ai pas reçu de fiche de paie. J’ai l’impression d’être en Irlande quand je regarde mon dossier « fiche(s) de paie » qui n’est d’ailleurs pas un dossier à proprement parler mais plutôt un genre d’enveloppe. Et ce matin, enfin autour de midi, j’avais envie de pleurer tellement je repoussais l’inévitable, le truc qui me complexe, qui fait que mon poil se hérisse quand on me demande « Tu fais quoi dans la vie ?», fallait chercher et faire, du moins essayer d’accomplir (ouais ACCOMPLIR PUTAIN), un boulot merdique et très mal payé. Moi, tu vois, je croyais que ça allait me tomber tout cuit dans le bec. Je croyais que ç’en était fini des boulots à la con qui te donnent envie d’envisager l’illégalité. J’ai installé un système de dons qui a très bien marché les sept premiers jours. Et puis j’ai rien fait. Et puis j’ai attendu. Les bras un peu croisés et le sourire en coin.

Oui, je suis conne dans mon genre.

Donc là, je me suis rendue sur Asfored. Y’avait rien. J’ai demandé des renseignements sur un stage mais ça le faisait pas. J’avais envie de buter un truc.

J’ai pris ma magic8ball et j’ai demandé « Est-ce que je vais bientôt être riche ? » Après avoir en réponse obtenu « Outlook so so » qui est une expression que je sais pas traduire en français mais qui veut dire je crois mitigé, j’ai re secoué cette putain de boule très fort en demandant « La putain d’sa race, est-ce qu’il va falloir en repasser par là ? » et j’ai obtenu « Yes » alors j’ai jeté cette putain de magic8ball contre le mur mais pas trop fort pour pas l’exploser parce que je l’aime vachement mine de rien. Je m’en sers tous les jours parce que je suis une grande rêveuse au cas où t’aurais pas remarqué.

Donc je me suis rendue sur le site de Pôle Emploi. J’avais plus mes identifiants depuis belle lurette aussi j’ai décidé de me créer un nouvel « Espace Personnel », mon nouvel espace dans lequel il y aurait beaucoup de rigueur, de volonté et discipline et encore plein d’autres trucs qui n’existent pas chez moi.

J’avais le choix entre « Créer votre dossier de recherches d’emploi » et « vous inscrire comme demandeur d’emploi. ». j’ai cliqué sur m’inscrire comme demandeur d’emploi parce que si ça se trouve, maintenant que je frôle le sur-endêtement, j’ai peut-être droit à des allocations.

Avez-vous déjà été inscrit comme demandeur d’emploi ?

Bah ouais, je crois. Il me demande mes identifiants que j’ai pas. Je reviens sur mes clics, je me dis que peut-être si je prétends ne jamais m’être inscrite, il me dira si en fait et me refilera au moins l’identifiant qui me permettra de récupérer le mot de passe qui me permettra de trouver un boulot.

Mais le site s’est mis à me demander des trucs de pointe comme mon numéro de sécurité sociale que je ne connais pas par coeur.

Je me suis dit que parfois le mieux, c’est l’ennemi du bien, qu’à avoir trop d’ambition on en récolte les écueils. Je suis re revenue sur mes clics.

Que souhaitez-vous faire ?

Mourir, ok ?

J’ai cliqué sur Créer votre dossier de recherche d’emploi et j’ai commencé l’inscription. Mon dossier porte le nom très original de Boulot, je confirme mon adresse mail.

Emploi recherché ? J’écris « N’importe », ça marche pas. Finalement je ne mets rien, parce que vraiment, n’importe. J’entre ma commune et le type de contrat, c’est-à-dire que je bouge pas plus loin que 5km, y’avait pas zéro, mais que je veux bien jeter un oeil aux missions d’intérims. Je parcours toutes les offres et je n’ai pas à chercher bien longtemps puisque page 2 PAF, il est beau celui-là, employé(e) de libre service. AUCUNE QUALIFICATION REQUISE.

Neat… Je postule.

On me confirme que l’employeur ne demande aucune qualification et on me propose de prendre les devants et d’indiquer quelles qualifications j’ai. Je coche que je connais les techniques de vente parce que je vendais plutôt bien les ramettes de papier et les sacs à gravats avant pour les handicapés. L’équivalent des témoins de Jéhova de la vente, rôdée, la meuf. Que je sais me servir des lecteurs de codes barre parce que fut un temps, je bossais dans une bibliothèque et que je faisais ça toute la journée. Que je sais me servir d’une caisse enregistreuse parce que j’ai déjà piqué dans celle d’Hafid.

On me demande mes motivations.

« Chère personne, Je voulais être riche et puis après je me suis dit après tout caissière why not ? Voilà.

Jobement vôtre,

Une pauvre. »

Là, j’attends qu’on me dise si oui ou non je peux devenir caissière chez Leclerc ou Intermarché ou Monoprix ou pire, en hard discout.

Je me souviens d’un reportage sur les employées de Lidl qui n’avaient le droit de pisser qu’une fois par jour pendant qu’elles fument leur clope pour le déjeuner.

J’ai hâte.

Décadente.

Apparemment, il est de bon ton ces derniers jours de se remémorer ce qu’on faisait dix ans plus tôt quand les Twin Towers sont tombées. Beaucoup y sont allés de leur billet sur le sujet. Comme j’aime cultiver un certain « je fais tout après tout le monde » et que j’ai pas grand chose à dire sur le sujet je vais faire court et à la place, peut-être, si ce souvenir de l’attentat ne se transforme pas en billet, je te parlerai de l’année dernière, en forme de bilan. J’aime bien faire des bilans sur ma vie, je ne le fais jamais vraiment.

Le 11 septembre 2001, j’avais dix-neuf ans, je vivais à Paris, j’allais pas bien du tout. Ça ne se voyait pas au premier coup d’oeil parce que j’avais l’air d’une jeune fille normale. À l’époque, mon agoraphobie venait de se déclarer, on avait arrêté les piqures de magnésium pour ce qu’ils pensaient être de la spasmophilie et mis en place un traitement au lithium. Je ne sortais de chez moi qu’après avoir dépassé le stade complètement fracasse. Et il fallait quelqu’un pour me secouer tous les soirs, pour pas se laisser noyer par le vide ni se regarder perdre les pédales. J’étais vide. J’étais un trou. Un ventre qui encaisse alcools et queues volontairement. Un corps privé de nourriture volontairement. Un corps abîmé volontairement. Aucun amour-propre mais le désir de voir jusqu’où allait mon pays, mon pays moche qui était très grand. J’avais peu de rapports avec ma famille parce que je cherchais le fond, le très bas et l’avilissant. Fallait que ça soit bien sale, esthétique ou au contraire révulsant. Je me répugnais comme on écrit une dissertation. J’avais l’impression que j’allais mourir toute la journée, tout le temps et je me faisais prendre, tous les jours, tout le temps, pour avoir l’impression d’être toujours en vie.

Les clichés.

Le 11 septembre 2001, j’étais pas très loin de Pontoise chez un aspirant flic con, roux et prognathe appelé Julien qui m’avait collé une cystite avec sa bite énorme à force de me prendre pour un flipper. Je détestais Julien, pourquoi je le laissais me sauter ? Par désoeuvrement, je l’avais trouvé sur mon chemin, deux jours plus tôt, au Balajo. J’avais pas bougé de chez lui depuis. Chez ses parents qui étaient cools et qui me regardaient comme si j’étais la future femme de leur fils con, roux et prognathe. J’essayais ainsi de parler le moins possible.

La soeur était sympa. Je ne me souviens plus de son prénom.

J’étais depuis deux jours chez ces gens que je ne connaissais absolument pas, il faisait très chaud, on déjeunait dehors. Grillades dégueulasses. Je crois pas qu’ils aient remarqué que je ne mangeais pas. Le beau-père me servait tout le temps à boire. Il était question de sortir le soir chez des amis de l’aspirant flic con, roux et prognathe. Je me demandais toujours combien de temps les repas allaient durer. On pouvait compter mes côtes dès que je bougeais les bras, ma soeur disait que je ressemblais à Fido Dido sauf que j’avais les cheveux longs comme aujourd’hui.

J’avais envie d’être un objet comme une table, une fourniture, un truc.

La maison était immense et très laide et pas finie. Je m’y faisais chier comme un rat mort. C’était une maison joyeuse de banlieue.

Le 11 septembre 2001, j’étais dans la pièce où régnait la télévision, une chaîne du câble diffusait Mariés, Deux Enfants, une série que j’ai toujours regardé avec la passion du culte. Le souvenir le plus fort que je garde de la maison concerne les chiottes, rapport au flipper. Elles étaient bleues ces chiottes et sentaient très fort le parfum de synthèse à la vanille, une odeur presque pourrie. Le flic con, roux et prognathe est vautré avec moi sur un truc mou. Je n’ai pas vraiment de souvenir cette pièce dans laquelle je me trouvais, je ne revois que l’écran. Al, Peggy, Kelly, Bud, Buck, Steve, Marcy. Les rires en boîte.

Et ils arrêtent la diffusion du programme et on ne comprend pas pourquoi à la place ils passent un téléfilm catastrophe. Ça n’est apparemment pas un film catastrophe. Apparemment des tours s’écroulent quelque part on dirait New-York. Avant ça, je n’avais pas, je crois, entendu parler des Twin Towers. Je les avais peut-être vues sur des images, dans des films mais elles ne faisaient pas partie de ma vie, de mon pays la France et de mon pays moche encore moins.

Ainsi donc des gens mourraient comme en direct.

Je me suis demandée ce que je foutais là.

Tu vois, j’écris, j’écris, et ça fait plus de quelques lignes. Et y’a plus de place pour le bilan.

De toutes façons, rien n’a vraiment changé.

Kikoo mon hymen!

15 octobre 1995:

♥ Cher journal ♥,

Aujourd’hui, ♥ Jonathan ♥ (surfer de la Manche ès reprises douteuses de Bowie à la guitare) passe le week-end à la maison et comme par hasard, j’ai pas de porte à ma chambre. Juste je n’ai pas de porte. C’est quoi cette turne à la con où t’es pas foutue d’avoir une lourde à ta piaule? Puterie. (Oui, je disais puterie). Du coup, je pense bricoler un rideau avec les draps Laura Ashley que Maman vient de m’acheter, sûr que ça va marcher avec le pistolet à colle. Comme ça, on pourra ♥ faire l’amour ♥ enfin. J’ai peut-être que treize ans mais je suis déjà capable de savoir quand un truc devient encombrant. Et les carottes j’ai essayé, ça loche et ça marche pas. En plus c’est tellement pas romantique. Surtout quand le teckel familial te regarde faire. Donc voilà, cher journal, d’ici quelques heures, je serai une FEMME.

TROP BIEN.

16 octobre 1995:

♥ Cher journal ♥,

Je suis une ♥ femme ♥ désormais. Maman et ma pute de soeur ont eu la bonté d’aller voir ailleurs si elles trouvaient pas des plaques de concours canins pour la collec’ de Maman. Elles sont parties et manu militari j’ai sauté dans le plume. ♥ Jonathan ♥, il voulait prendre son temps (mais lol, quoi! Je sais qui il essayait de convaincre.) moi je lui ai dit que j’avais suffisamment attendu. Que je voulais un pétage de pastille et pas un sonnet. Il a mis Without You, [tu la sens l’ironie, n’est-ce pas, petit bout de peau] sur mon ghettoblaster, il s’est déshabillé, s’est allongé sur moi et ça a fait « tchack ». Terminé. Quand il  s’est retiré, j’ai senti l’air et j’ai respiré. Après on a planté des clous dans mon lit en pin pour que ça fasse nos initiales dans un coeur.

TROP BIEN.

24 juin 1996:

♥ Cher journal ♥,

Je suis ♥ encore plus femme ♥  parce que j’ai aussi des orgasmes pendant, maintenant ! Aujourd’hui, j’ai joui avec un homme qui était beaucoup plus âgé que moi, je me suis sentie un peu dégueulasse sur ce coup-là  mais tant pis, j’m’en tape.

TROP BIEN.

31 août 2011:

Enculé de journal de merde,

Donc ça fait à peu près 16 ans qu’on s’est pas parlés toi et moi. Pourquoi? Parce que ça faisait à peu près 16 ans que j’avais pas eu l’impression d’en avoir treize, ok? Il faut que je me confie à toi. Alors je sais pas si tu y es pour quelque chose dans cette sombre histoire mais à qui t’a parlé au juste? Nan parce qu’avec environ [edit: ne jamais donner de chiffre finalement] queues différentes, je pensais l’avoir semé, tu vois? Tu crois que c’est parce que je l’ai viré trop tôt qu’il veut revenir? C’est le coup de la carotte qui l’a vexé? Ou alors peut-être il s’est dit trois mois sans sexe, bientôt ça lui manquera plus du tout, elle est faible, let’s go… Qui sait?

Cette nuit, j’ai fait un rêve étrange sponsorisé par le Maghreb et les laboratoires Biogaran®. Il y avait mon hymen sur le plateau de Perdu de Vue qui disait qu’il me pardonnait pour mes offenses répétées et qu’il cherchait à « reprendre contact » avec moi. Jacques Pradel me demandait de faire appel à nos souvenirs communs. L’hymen disait reviens je te pardonne. Je me suis réveillée en hurlant « NAAAAAN, JE VEUX PAS OUVRIR LE RIDEAU !!! » (Je sais que c’est dans Y’a que la Vérité qui Compte et pas Perdu de Vue)

Je me suis réveillée donc et histoire de m’assurer que mes craintes étaient parfaitement justifiées, j’ai vérifié et ce petit enculé est bien là, ni vu ni connu.

J’m’en suis ouvert à Pute qui à son habitude n’écoute pas ce que je lui dit, n’entendant très certainement de mon discours qu’un vague « gnagnagna gnagnagna bouuuuh gnagna », ce dernier s’est contenté de me répondre ce qu’il répond à son fils quand il se fait mal.

« Arrête de pigner, ça repousse. »

Ma vie est une comédie romantique dirigée par Woody Allen.

Parfois, l’existence de merde dans laquelle tu te débats t’offre l’occasion peu commune de créer ta propre comédie romantique, c’est certain. C’est des coups à devenir parano tellement t’as l’impression que ta vie est subitement dirigée par Woody Allen, les évènements te paraissent couler d’un scénario pondu par un génie hollywoodien et tu te réveilles chaque matin en imaginant le son de ces trois mots : silence, moteur, action.

À l’époque où je travaillais chez Hafid, un peu avant l’avènement de l’Ere Pute Ier, j’étais un jeune tapin en mal de romance et ivre de liberté. Je vivais avec une colocataire psychotique et toxicomane qui partageait ma passion pour Nick Cave, Sioux and the Banshees et Patti Smith et ensemble, nous vivions un quotidien rythmé par de très sérieuses défonces et beaucoup de moments de gêne. Les meilleures années de ma vie, ok ? Bref, je disais quoi ? Oui. Mon studio donnait sur un boulevard qui accueille un marché les mercredi et samedi, un marché que je traversais en long, en large et en travers. Un marché sur lequel j’ai rencontré J.

C’était à l’aube de l’été, je rentrais à pied d’un shooting pour Entrevue, un projet de calendrier qui HEUREUSEMENT n’a jamais vu le jour, surexcitée par la « vitamine C très efficace tu vas voir c’est T-O-P » que m’avait filé cette folle furieuse de Mallaury Nataf, pour qui le projet avait été initié. Du coup, j’avais l’impression de flotter sur ce boulevard à l’éclat trop louche pour être honnête. J tenait le stand de livres d’occasion de ses parents le samedi, il gérait le parc informatique du Wall Street Institute la semaine. Comme dans les films américains, nos regards se sont croisés au dessus d’un exemplaire des Grandes Espérances de Charles Dickens (absolument).

Ce qui m’a plu chez lui, c’est l’effet donné par la combinaison de ses cheveux incroyablement soyeux (la coupe Charmant dans Shrek 2 s’en approche vachement), le désuet séduisant de Dickens et cette drogue quelconque que j’avais ingurgité croyant sur parole une connasse qui n’a jamais buzzé que sur une absence de culotte.

Inexplicablement, l’une des premières choses qu’il m’ait dit c’est « J’ai quelqu’un » comme pour s’excuser. Ça a duré plusieurs mois, une fois par semaine, des livres et des regards et des sourires et la vie qui passe. Chiant, oui. Bref. Un samedi de novembre, ses regards et ses sourires sont plus appuyés quand il « s’occupe de moi », il me dit qu’il arrête le marché de Charonne la semaine prochaine et me propose de faire connaissance samedi avant de partir, au café juste là.

Le samedi suivant, je suis debout aux aurores et tourne comme lion en cage dans mes 25 m² insalubres, mon portable sonne et je vois que c’est Hafid.

« Je suis en double file. Descends deux secondes, faut que tu me rendes un service. » Trois minutes plus tard, j’essaie de sauter de l’Express en marche en hurlant à l’aide. Le truc de cet engin du diable étant que tu peux y entrer mais jamais en sortir seule, death trap from Kabylie.
H : Bon tais-toi, tu viens chez Métro faire les courses avec moi, discute pas.
VF : Putain j’en étais sûre !!! Mais je peux paaaaaas, j’ai un rdv hyper importaaaaaaant ! Je te préviens, t’as pas intérêt à prendre cette connerie de périphérique… Bordel de merde ! Laisse-moi descendre tout-de-suite, sale égorgeur de chèvres !
H: Balaafoumouk.

Quand j’ai enfin pu rentrer chez moi, je vouais à mon patron une haine froide et appliquée, le marché avait disparu, plus de traces de J.

Pendant des mois encore, je pensais à lui en marchant sur le boulevard, persuadée d’être passée à côté de l’histoire de ma vie. Ma colocataire psychotique et toxicomane, dans un de ses rares moments de lucidité, m’avait conseillé, n’ayant rien à perdre, d’appeler Wall Street Institute (seul élément que je possédais sur mon vendeur de livres.) Les mois ont passés jusqu’à ce que je me décide à prendre mon téléphone.
– Ah, je suis désolée. Il vient nous de quitter. me dit la voix dans le combiné.
– Il est… MORT !?!
– Non, voyons ! Il vient de démissionner.
– Vous pouvez me transmettre ses coordonnées ?
– Nan.
– Son nom de famille au moins, putain !
– Vous me faites flipper, je vais raccrocher maintenant. Au…
– Attendez ! Prenez au moins les miennes, pour les lui transmettre au cas où vous le reverriez.

Quelques minutes plus tard, complètement faites, ma roomate et moi devisions sur le thème « La vie, cette grosse truie violette » quand mon portable a sonné sur un numéro inconnu. Au bout du fil J. et c’est là que ma colocataire a vomi de jalousie sur ma romance aux neufs Oscars.

«  Vous êtes tellement adorables que j’ai envie de vous accrocher au mur. »

J. m’avait attendue longtemps au café et puis il était parti. Le jour où il avait quitté Wall Street Institute, il avait du repasser au bureau ayant oublié un disque dur personnel et avait trouvé mon message. On s’est embrassés sur le pas de ma porte.

Après, on a baisé comme des débiles mentaux pendant plusieurs semaines. Au début, j’adorais J. Le modèle d’exposition dans la vitrine du gendre idéal avec l’option grosse bite qui baise bien, nous avions le même âge, nous étions absolument faits l’un pour l’autre, tout le monde s’accordait à le dire. Sauf Hafid qui regardait J. comme le mouton de l’Aïd, avec un mélange de mépris et de pitié.

H : Alors, comment ça se passe avec l’autre hamal ?
VF : J’ai envie de l’étouffer avec ses choucroutes de la mer.
H : Hein ?
VF : Depuis qu’il ne fait plus les livres avec ses parents, il fait le poisson avec son frère sur Alligre, il en rapporte chaque putain de semaine que Dieu fait. Je vais devoir le tuer parce que j’ai aucune raison de le quitter et j’en peux plus.
H : Pourquoi tu veux le quitter ? Il t’aime, il est gentil et il est con, qu’est-ce qu’il te faut de plus ?
VF : Il crie « Pardon Maman » quand il jouit…
H : Tu mens.
VF : C’est vrai.
H: Donc, faut te maltraiter pour que tu sois contente ?
VF : Bah ouais, on dirait que ça t’étonne…

Le problème pour larguer quelqu’un avec qui tu as vécu une rencontre comédie romantique, si tant est que cette personne soit aussi au delà du cute, c’est que tu te retrouves avec tout ton entourage contre toi. Dans les yeux de tout le monde, tu peux lire « Oh my god ! You killed Bambi !!! » parce que tout le monde a envie d’une fin à l’eau de rose avec un maire et du riz long grain . Tout le monde veut un happy end. Pas moi, bordel.

C’est pas vraiment la fin que nous avons connue, lui et moi.

En sortant de chez Hafid, rue Alexandre Dumas, je marchais vite en essayant de semer J. derrière moi, qui peinait à soulever le nouvel équipement informatique qu’il comptait installer au studio.

J: Ma puce, pourquoi tu speedes comme ça ?
VF : …
J : Oh, oh… VF ?
VF : …
J : Mais arrête de courir, bordel, qu’est-ce qui te prend ?
VF : …
J : Bon maintenant tu m’attends et tu m’expliques.
VF : Hein ?
J : Tu me quittes ?
VF : Oui.
J : Mais pourquoi ? Nous sommes si heureux ensemble !
VF : La vie de ma mère, j’en ai aucune idée.

Lipstick pour les femmes, histoire d’une défaite.

Je me regardais dans un miroir hier et nonobstant du fait que vous doutiez, ça n’arrive pas souvent. J’avais rien d’autre à faire aussi, donc bon. Tiens, me suis-je dit, si je comptais un peu mes cheveux blancs pour voir combien ils sont depuis la dernière fois ?

Une heure plus tard,  j’étais dévastée par l’évidente explosion démographique des satanés tifs blancs et maudissais ma génitrice pour m’avoir transmis le gêne de ceux qui sont poivre et sel voire chauves AVANT trente ans. Parce que tu dois savoir, lecteur, que je plaisante pas avec les tifs, moi. C’est un peu mon fond de commerce, les cheveux.

Donc, te disais-je, j’étais émotionnellement ruinée par ma découverte. Découverte qui n’eut pas la bonne idée de s’achever ici attendu que j’ai étendu mes recherches à mon épiderme facial. Me faisant la réflexion que j’avais une « Zone T » particulièrement luisante sous le soleil d’août et que bordel de merde je suis ridée, je devais me dire un truc du genre « Quelle terrible débâcle ce temps oeuvrant à nous rendre moche ».

Va savoir pourquoi, ça m’a rappelé un truc assez terrible (oui, en août, rien n’est relatif) que j’avais dit dix ans plus tôt, alors que ma Tante Made in Tunisia me demandait:

TMT: Pourquoi tu mets JAMAIS de rouge à lèvres? La vérité, ça t’irait bien.
VF: Parce que ça tâche.
TMT: Non mais regarde, sur ma vie, un joli corail nacré…
VF: Le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux. Dieu préserve, c’est pas près de m’arriver.

So naïve…

Dix ans plus tard, je possède un lipstick, symbole incontestable d’une féminité achevée. J’ai pris mon sac et en ai exhumé le tube noir acheté quelques mois plus tôt. A l’époque, je m’étais rassurée en me disant que si j’avais bel et bien acheté du putain de rouge-à-lèvres, c’était juste parce que Vanessa Paradis me l’avait vendu, cette connerie de Rouge Coco.
Tu peux partir du principe que Vanessa Paradis peut TOUT ME VENDRE. Hormis peut-être sa musique.

C’est impressionnant ce que te conduisent à faire la vanité et l’ennui… Ecrasée par la conclusion de ces différents constats, je suis allée renflouer mon stock de peinture.

Autrement dit j’ai acheté du maquillage pour pouvoir ressembler à une petite chose douce et sucrée goût muffin et ainsi, avantage non-négligeable, dissimuler quelque peu mes 15 années de tabagisme.

Mais aussi plus médiocrement, l’espoir de me rapprocher des petites connes qui disent « Le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux. Dieu préserve, c’est pas près de m’arriver. »
Si je pouvais, je retournerais à Créteil Soleil en 2001,  pour me foutre une énorme tarte dans la gueule.

Extérieur Jour:
J’inspire et j’expire profondément plusieurs fois, je prends une grande bouffée d’air provincial donc relativement frais, bloque ma respiration et entre chez Nocibé. Chez Nocibé ou dans toute autre enclave du cosmétique, le plus important c’est d’avoir une bonne apnée, sinon tu crèves foudroyé par les 28457 « fragrances » qui attaquent tes naseaux. Dans la boutique, il fait sombre, tu vois jamais la lumière du jour dans les boutiques de meufs, c’est simple, c’est flippant.
J’avise une silhouette noire qui me tourne autour et décide de vérifier si un coeur bat derrière ce masque de fond-de-teint. Entre temps, bien entendu, je me suis remise à respirer, c’est là que mes genoux ont FLANCHES.

VN: J’peux vous aider?
VF: Bonjour. Wow, dis donc, vous portez énormément de couleurs différentes sur le visage…
VN: Vous cherchez quelque chose en particulier?
VF: Bah vous voyez, je regarde les rouge-à-lèvres. Enfin, je suis pas toujours sûre que ç’en soit, certains ressemblent à des armes de IIIème catégorie.
VN: Je ne comprends pas. Vous portez quelle marque et quelle couleur d’habitude?
VF: Un rouge pute, Chanel. Un rouge Coco.
VN: Y’a pas de rouge pute chez Chanel. La teinte?
VF: Je sais pas. Un vrai rouge, quoi. Eh je l’ai sur moi, regardez.

Miss Paraben ’08 m’arrache le tube des mains et découvre le bâton. Elle lève un sourcil épilé au marteau-piqueur et profite de l’unique rai de lumière réfléchi par la boutique d’en face pour apprécier la couleur. L’air connaisseur. J’hallucine.

VN: A vue de nez, je dirais Vendôme. dit-elle en rebouchant le tube et en vérifiant l’étiquette, ‘gadez.
VF: Formidable, c’est impressionnant.
VN: Vous dites ça mais vous vous en foutez.
VF: C’est juste.
VN: Oui ça se voit, vous n’y connaissez rien. C’est pas un vrai rouge, Vendôme. Il tire très légèrement sur les tons orangés. Regardez.

Elle re-arrache le tube et l’ouvre. Sauf que cette fois-ci, la moitié du bâton reste dans le capuchon.

VF: OH MON DIEU VOUS L’AVEZ TUE !!! SALOPE !!!
VN: Je suis désolée !
VF: Vous savez que je bouffe une semaine pour le prix de ce machin???
VN: Je sais putain! Le dites pas à ma responsable, je vous en SUPPLIE, je suis à deux doigts de me faire virer déjà. C’est la quatrième fois que je fais le coup.
VF: Mais qui vous dit de vous emparer des affaires de vos clientes aussi, bordel?
VN:  Tenez, je vous en donne un très cher,  un des écrins Guerlain, n°23 Geisha. C’est assez pute, ça Geisha? La couleur vous ira, prenez-le mais le diiiiiites pas à ma responsaaaaaable, j’vous en suppliiiiiiiiie…
VF: Non, putain. Je veux le mien.
VN: On le suit plus celui-ciiiiiiiii. Pitiiiiiiié, celui que je vous propose, il fait aussi miroir de poche.
VF: Il peut faire cran d’arrêt et lave-vaisselle JE M’EN BRANLE. Je veux autre chose en plus. Un mascara. Je veux le Lancôme qui coûte un bras et je veux aussi des galets effervescents à la guimauve, okay?
VN: Tout ce que vous voulez mais parlez moins fort, s’il-vous-plaît.
VF: Et je veux des échantillons, je veux TOUS vos échantillons. (Je suis en train de me transformer en monstre)
VN: On en a plus. Il nous reste que du Lift-Fermeté de Clarins mais vous n’en avez clairement pas besoin!
VF: Haha, nice try. Aboule.
VN: Tout y est. Maintenant, ça suffit le gros racket.
VF: C’est du Clinique que je vois derrière ?
VN: J’ai dit ça suffit.
VF: Finalement le rouge-à-lèvres, c’est juste pour celles qui sont trop vieilles pour tout miser sur les yeux.
VN: Hein? Ouais c’est ça, ouais…

Finalement, j’aime assez la couleur.

Des beatniks et des châteaux de sable.

C’est enfin marée basse. Toute la matinée, on entendait le roulis des galets et des vagues. On va se mettre à la pointe du premier rocher, là où nous étions hier. Sur la plage, il n’y a personne parce que 1) quand je pars en vacances, je m’assure que je n’ai pas la même brillante idée que le reste de la France et 2) bah parce que, comme le reste de l’année au demeurant, j’aime pas spécialement qu’on me fasse chier quand je kiffe. Là où nous étions, c’est le bord du monde et ça a très mauvaise réputation. Je connais bien l’endroit et c’est le mec qui fait des pizzas dans son camion qui me le disait encore le matin même, un corse bizarre, il disait que c’est pour ça qu’il y avait personne fin juillet. Parce que ça a mauvaise réputation comme coin. Après, il m’a demandé si j’avais le sida. Ouais, un corse bizarre, j’te dis.

Non, j’te dirai pas où j’étais. Imagine le paradis, ok ?

Bref, nous choisissons le spot désert de la plage qui doit compter 18 âmes au km², Pute, Prolo, les pousses et moi. Pendant que Prolo part surfer avec son kayak, Pute et Grumeau décident d’explorer les flaques entre les rochers, quant à nous, femelles, nous nous contentons de faire joli sur la plage. Culculine me fait payer assez cher mon absence de ceinture abdominale attendu qu’elle prend mon ventre pour un trampoline chaque fois qu’un grain de sable la touche. Faut dire qu’elle n’a rien trouvé de plus sympathique que de haïr la mer.

Anybref, au bout de deux heures à repousser les limites du cute en compagnie de ma fille, j’entends du bruit derrière moi. Un bruit très désagréable, le bruit de gens qui s’installent juste à côté de toi. L’esprit grégaire dans sa plus belle expression.

« Parce qu’elle est pas assez grande, cette putain de plage ? Fallait que vous veniez poser votre sale boule à deux mètres de nous ? C’est quoi votre grand problème ??? Vous êtes bovidés en vrai, c’est ça ? Non mais dites-moi, expliquez-moi ce qui peut bien vous motiver à vous coller à nous ? SÉRIEUSEMENT, POURQUOI? »

« Mais arrête, VF, elle a genre huit ans ! Ça va pas bien, de l’engueuler comme ça? » s’est écrié Pute.

J’ai rétorqué que je parlais à l’enfant car j’attendais une réponse logique et que vu la gueule des parents, dans le genre bas-du-front, ils avaient pas vraiment une tête à savoir faire des phrases.

La mère a dit qu’elle était pas sourde. J’ai dit que j’avais jamais mis en doute le bon fonctionnement de ses écoutilles mais de ce qu’il y avait entre les deux, si tant est qu’il y ait quelque chose « parce que si ça se trouve, là-dedans, il y a juste un bout de bois qui flotte et qui se sent monstrueusement seul » mais elle m’écoutait plus.

Vingt minutes plus tard, une famille nombreuse avec toutes les options, dont le yorkshire rachitique et frappé de pelade, dont les quatre enfants et dont le surpoids, reproduit le schéma des précédents, se foutre à côté de nous. Moche, ouais. Énervée, très.

Je fais mine de rien parce que Pute m’avait menacée : « Si tu fais encore ne serait-ce QU’UNE FOIS le roquet hystérique, je te noie dans un vivier. » et je me dis que quitte à me faire chier, autant faire des châteaux de sable. « Papa, ils font un château de sable. » Papa répond qu’eux aussi puisque c’est comme ça (?) ils vont faire un château et plus grand, et plus beau. Je me laisse pas démonter. Et vas-y que je délimite les frontières du royaume et que je me lance dans le creusage des douves. Grumeau fait la gueule car il y a désormais trop de chiourmes dans sa flaque, c’est donc naturellement qu’il vient emmerder sa mère en remettant illico le sable déblayé.

MAIS STOP ! T’arrête tout de suite de saboter Maman, ok ? Tiens, va chercher de l’eau.

Grumeau revient avec de l’eau, et avec une petite fille qui appartient à la famille nombreuse.

« Je m’appelle Zoé et mon père fait un château de sable plus grand que vous. »

« Plus grand que le vôtre, on dit. »

Je regarde derrière moi pour aviser le père de la gamine qui se lance visiblement dans la construction d’un complexe hôtelier, on voit sa raie. On voit la mienne aussi, remarque…

« Il veut pas que je l’aide. Je sais pas quoi faire.

Je m’en tape, petite.

Je peux jouer avec vous?

Pourquoi ?

Comment ça pourquoi ? J’ai une robe de princesse, elle a dit comme si ça répondait en quoi que ce soit à ma question. J’ai réfléchi à comment me débarrasser d’elle.

Tu veux une cigarette ?

Je sais pas si je peux.

Tiens, prends-en une et va demander à Maman si tu peux fumer.

On a eu droit à des regards maternels courroutrés à mort et puis à la paix, pour quelques minutes.

Paix toute relative attendu qu’une autre des gamines nombreuses sort de la flaque en poussant des hauts cris comme quoi y’a un crabe qui l’a pincée. La mère accours auprès de la grande blessée et elle hurle à l’adresse de la raie de son mari:  «Chéri, on a besoin d’un homme, on a un crabe dans la piscine des enfants… »

Chéri n’en a rien à foutre, il est en train de construire un spa avec des putes en galets mais il se lève, remonte son slip de bain rouge et ventre en avant, part à la chasse au crabe qui au bout de cinq minutes sera devenu un tourteau, tu t’en doutes…

Mon château de sable n’avance pas, Grumeau rebouche toujours mes douves et ma première tour ressemble à un nichon.

«Mon père a attrapé un tourteau. »

Zoé est derrière moi.

« Vous pouvez expliquer à votre fille que je m’en fous, de sa life? »

« Vous n’êtes pas gentille. C’est les vacances, après tout. »

Je regarde mon château-nichon et mes non-douves, je regarde le seau plein de galets et leur dimension projectile. J’ai une méchante envie de dégommer son Club Med.

« Non, je ne suis pas gentille et je vais vous dire pourquoi. Je ne suis pas gentille parce que j’ai cinq jours de vacances, parce que je me trouve un coin pas dégueulasse et désert, qu’il y a quand même deux kilomètres de plage et que vous venez à côté, bouffer mon oxygène avec votre famille, votre slip rouge et votre médiocrité crasse, tellement crasse. Mais c’est les vacances après tout, hein ? Alors kumbaya, bordel! »

Là-dessus, Pute est intervenu.

Et je tiens juste à ajouter que le tourteau, il fait trois centimètres et c’est mon fils qu’il l’a mis dans la flaque. Sympa votre raie, sinon.

Là dessus, Prolo est intervenu.

« Et votre fille, celle de quinze ans, là. Bah je me trompe JAMAIS là-dessus, laissez-moi vous dire que ça sera une sacrée salope. »

Le père, ça lui a cloué le bec. Soufflé, il a juste dit, presque à voix basse:

Enculés de beatniks.

22 les keufs.

Le texte suivant est une oeuvre de fiction ainsi, toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des faits ayant existé dans la vraie vie genre par exemple hier ne saurait être qu’une coïncidence fortuite.

Il y a des jours comme ça où tu te dis que t’aurais mieux fait de carrément pas te lever du tout.

Pourtant, c’était censé être un lundi pépère à base de je ne fais rien et bien non, ça devait pas se passer comme ça, c’était écrit quelque part, il FALLAIT que ça soit une journée embarrassante. Peut-être fallait-il que j’entende « Tu vois quand je lis ton blog, j’me dis que c’est romancé mais en fait, non ! C’est INCROYABLE, cette scoumoune ! »

Tout a commencé sur un célèbre réseau social. J’étais en train de deviser avec une amie pute, appelons-la Ulla, et on se disait « Dis donc on se ferait pas un peu chier, par hasard ?». C’est là qu’Ulla m’a proposé de déjeuner avec elle à Madeleine. Sauf qu’il était déjà midi et que j’étais toujours à poil. Et que donc ça faisait short pour le train.

Après, je sais pas ce qu’il s’est passé, je me suis retrouvée trois heures plus tard à faire la queue chez Starbucks pour acheter des donuts, 5g de weed et deux joints obèses parfumant mon sillage, avant de rejoindre Ulla dans un parc. Est-ce parce qu’Ulla est mi-parano mi-rebelle qu’elle demande à ce qu’on se pose sur les marches de cette chapelle-là, tu sais, celle où on a pas droit de s’asseoir ?

Plus tard, planquées à la va comme j’te pousse, nous fumons en parlant rapports sexuels. Jusqu’ici tout est normal, la weed n’est pas mauvaise, le temps n’est pas mauvais, limite on se dit qu’on kiffe. Sauf que.

On se fait serrer par deux kisdés à vélo, comme des mioches. On est interpellées, quoi. Je pers un nouveau pucelage. On attend en rigolant et en se maudissant à tour de rôle qu’une voiture nous embarque, ça met trois plombes.

VF : C’est DEGUEULASSE, je venais JUSTE de pécho !

Flic Roux et Laid : Ah bah fallait fumer chez vous ! Le huitième, c’est la vitrine de Paris !

Quand les flics disent qu’ « on va procéder à la palpation » Ulla me regarde avec des yeux paniqués mais deux femmes sortent de la voiture pour nous fouiller. Ulla se demande si ça craint qu’elle ait déjà un casier judiciaire. (oui, prostitution). Dans la voiture, le flic au volant nous demande si on est majeures, on en aurait presque chialé de reconnaissance.

SARIJ du huitième arrondissement de Paris, un peu plus tard…

Ulla et moi sommes complètement faites et horrifiées par le spectacle qui s’offre à nos yeux de lapines mixomateuses. On arrive devant trois nouveaux flics visiblement très… comment dire ? Disons qu’ils auraient pas fait complètement tache dans un CAT. Tu vois, avec l’arrière du crâne un peu plat ? Bon. Imagine que t’as rien d’autre dans le ventre qu’une moitié de donut vu que t’étais trop défoncé(e) pour pas faire tomber l’autre moitié par terre et que tu te retrouves dans un commissariat. Deux minutes avant il faisait beau et tu parlais de cul et pouf-pouf, tu te retrouves à côté d’un roumain qui tente d’entrer en contact avec toi, visiblement à propos de ces menottes qui lui niquent le poignet. C’est moi qui suis à côté, si je me colle plus à cette catin d’Ulla, je lui grimpe dessus.

Les flics, ils sont tout contents d’avoir deux bonnasses avec eux. Qu’ils se la jouent lovers, même.

Après nous avoir demandé si nos noms de famille étaient compliqués à écrire et nous avoir demandé finalement de les écrire nous-même, ils nous demandent nos téléphones « Avec le numéro, haha ! ». On hallucine complètement. On est l’attraction number one de la pièce parce qu’apparemment, ça les fait frétiller de nous voir niaises de weed et pouffantes. Pendant ce temps, Florent Pagny geint dans un poste que « savoir aimer, rien que pour le geste, sans vouloir le reste ».

VF : Par contre, c’est bien gentil tout ça mais vous pouvez pas changer de radio ?

Flic Vieux (imaginez Victor Lanoux dans le rôle du débile léger) Quoi, ça vous plait pas la variété ?

VF : Bah c’est-à-dire que c’est déjà tellement glauque chez vous que c’est de la gourmandise, un peu, tout de même.

Flic Asiatique avec Crâne Très Plat : C’est quoi que vous avez fumé ?

Ulla : De l’herbe.

FACTP : Ah non mais ça, fallait fumer chez vous ! Ah bah le huitième, c’est la vitrine de Paris, il y a des agents partout !

Plus tard, on attend, comme des connes devant les flics qui font les coqs et qui parlent fort.

FV : Alors je vais vous expliquer ce qu’il va se passer…

Ulla : On se casse quand ?

VF : Ouais parce que déjà que j’ai perdu 5 GRAMMES DE WEED, faudrait voir à pas nous niquer la journée.

Ulla : Ouais et moi, je bosse, merde!

FV : Je vous explique…

VF : On veut une audition différée rapport qu’on veut se casser le plus vite possible.

FV : Là, on attend.

Ulla : J’ai faim putain.

VF : Tu veux un donut ?

FV : Les agents qui vous ont appréhendées sont en train d’écrire un rapport (il joint le geste à la parole en nous mimant des mains qui tapent sur le clavier) et après il le montre à un monsieur qui décide…

Ulla : Oh ouais, vas-y, juste un bout.

FV : soit de vous mettre en GAV, soit de vous auditionner…

VF : Putain, ces moments de solitude qu’on expérimente dans les commissariats.

Ulla : Bless their heart.

FV : soit de vous accorder une audition différée comme vous voulez. Sauf que là, on attend.

C’est à peu près là que tout le monde a regardé par la fenêtre, rapport qu’il y avait un toxicomane russe qui s’apprêtait à faire une entrée fracassante. Rond comme une queue de pelle, bouffi de Subutex, il s’écroule à côté du roumain qui se rapproche un peu plus de moi pour le fuir. L’odeur qu’a pénétré mes narines, là, ça m’a rappelé quand t’écrases un chat sans faire exprès et qu’il remonte dans le moteur, imagine ça dans une super cinq en plein soleil et respire mais vie à ce moment-là.

Ça fait environ trois jours qu’on est dans cette pièce horrible, il est clair que dans l’esprit de tous les mâles présents, il est en train de se passer des choses très sales nous mettant en scène, Ulla et moi. Sauf peut-être le toxico russe qui est occupé à essuyer la sueur qui baigne son visage sur son jean. Un gros type avec les jambes en X, comme le fait finement remarquer Ulla, qu’a l’outrecuidance peu commune de porter un jean slim en élasthane, sort de GAV et remet lentement ses lacets. Les flics qui ont amené le russe discutent avec les trois débiles légers avant de quitter la pièce. Celui qui lui enlève les menottes me regarde par en dessous, bah c’était crypté dans ses yeux.

Deux ans plus tard, il y a un nouveau flic qui entre et qui dit mon nom.

F: On va vous auditionner.

VF : Non putain on veut une audition différée.

F: De toute façon, suivez-moi.

Il m’a emmenée à travers escaliers et couloirs. Quand je suis ressortie, Le tox russe dormait sur le banc et le roumain parlait tout seul . Ce que j’ai dû faire pour nous obtenir cette audition différée, je ne veux pas en parler. Ça me permet d’exercer une espèce d’influence sur cette catin d’Ulla sans qui rien de tout ça ne serait arrivé.

You owe me, you blondie bitch.

La prochaine fois, je te raconterai comment après, je me suis rendue compte que j’avais perdu mes papiers dont mon abonnement SNCF pile quand le contrôleur me demande mon billet et comment grâce à une vieille qui resquillait, j’ai pu me barrer en loucedé, rentrer chez moi et pleurer sur ce lundi de merde.

J’ai passé une bonne partie de la nuit à chercher quoi écrire, avec le réel besoin d’écrire quelque chose pour elle. Je n’ai rien trouvé d’autre que des pleurnicheries.

Musique.

Ma première baby-sitter.

J’ai l’impression que j’ai pas parlé à un adulte depuis une vie et que j’ai pas écrit depuis le 18ème siècle. Tu sais pourquoi ? Parce que ça fait 27 jours que je m’occupe de mes mômes toute la journée. Ouais gros(se). Même moi, je t’avoue que j’en reviens pas trop de respirer encore, juste je suis à l’agonie mais je respire encore. Autant te dire que si j’entends ne serait-ce qu’un quart de fois de plus « Maman, cherche mon dinosaure. » ou « Ce rêve bleu je n’y crois pas c’est merveilleux » je balance à Grumeau que Oui-Oui pue du cul et que les dinosaures sont tous morts dans d’atroces souffrances à base de brûlage vif. Oui quand je suis à bout, je tape avec les mots et les images, tavu. Comme je commence à avoir l’air d’un cadavre et que j’ai pas spécialement envie de briser les rêves de mon fils, je me suis mise en quête d’une baby-sitter et ce pour pouvoir dans l’ordre : pleurer, prendre une douche, me masturber, écrire, fumer en écoutant de la zique et peut-être pleurer une fois de plus, mais de joie cette fois-ci.

Sur un site internet spécialisé, j’ai trouvé une jeune fille de compétition qui s’appelait Marine. Tellement cute que tu vois sa pic de profil, tu lui laisses essayer toutes tes fringues et coucher avec ton mec. Marine est blonde et elle vient d’avoir son bac S avec Mention TB. Marine, quand elle t’écrit un mail, y’a pas de fautes de français. Marine, elle prend 6€ de l’heure. Sauf que cette petite catin de Marine m’a plantée à la dernière minute. Je me suis donc rabattue sur une autre jeune fille : Prisca. Et c’est là que mes mômes m’ont foutu la chouma.

Prisca sonne au moment même où Grumeau émerge de sa sieste et il est à signaler qu’à l’instar de sa mère, parler à Grumeau alors qu’il vient de se réveiller augmente de 83% le risque de se prendre un coup de boule dans les parties génitales. Je laisse la porte d’entrée ouverte et part finir rapidement une conversation téléphonique dans ma chambre quand j’entends Grumeau crier et une voix d’homme lui répondre. Je me précipite donc ventre à terre dans le salon pour trouver Grumeau traumatisé devant Prisca.

Pourquoi ?

Jusqu’ici je ne vois pas bien pourquoi. Ne serait-ce sa voix légèrement grave et son survêt’ Sergio Tacchini, Prisca a l’air d’une jeune fille normale. Imaginez la conversation suivante avec Grumeau caché dans mes cheveux. Ah oui et sachez que le grand truc de mon fils en ce moment c’est qu’il est persuadé que les gens sont tristes. Nan mais tu vas voir ça va servir.

VF : Bonjour, désolée, il est de mauvais poil au réveil.

P: C’pas grave tavu. (c’est pas la private joke, hein, elle le dit VRAIMENT)

G: Marine ?

VF : Non, ce n’est pas Marine, c’est Prisca. Assieds-toi. Tu veux un bib ?

P: Nan ça va j’ai mangé avant de venir.

VF : Je parle à mon fils. Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit servez-vous.

P: T’es sympa.

VF : D’accord, donc, on se tutoie. Prisca, je vais rester ici. Je veux juste la PAIX, tu vois ?

P: Nan mais j’ai l’habitude tavu j’ai plein d’enfants en dessous de moi. Je gère, t’inquiète.

Prisca amorce une approche vers Grumeau qui décline poliment, fuyant et criant et faisant des moulinets avec les bras. Je crois que je commence à comprendre… Prisca aussi et un silence gêné s’installe durant lequel je me perds volontairement dans la contemplation de mes Doc Martens. Heureusement (façon de parler) Culculine se réveille et Prisca, qui se laisse pas démonter, m’emboîte le pas dans la chambre.

VF : Bon, elle c’est une sauvage par contre. Essaie de pas parler comme Kool Shen et ça devrait bien se passer.

P: Salut Culculine !

Le cri qu’a poussé ma fille de 18 mois s’est entendu jusque dans le Limousin, environ.

VF : Prisca, sors s’il-te-plaît. Je suis désolée mais elle a peur.

P: Ouais ok.

Je suis arrivée dans le salon et pour te dire, j’avais pas besoin de mes bras, Culculine tenait toute seule sur ma hanche. Ma fille a des cuisses de catcheuse. Re hurlement de chaton égorgé à l’épilateur.

Je pèse le pour et le contre de l’histoire. Mes enfants sont terrorisés et Prisca est gênée. Mais d’un autre coté je vais mourir si je m’allonge pas deux secondes sur mon lit. Only my face operation.

Démerdez-vous.

Au bout de quelques minutes, les cris s’estompent.

Arrivée à l’étape 3 de mon programme de fin d’après-midi, Prisca frappe violemment à la porte de ma chambre.

P: Je bosse pas pour des racistes, je me casse !

VF : QUOI ?

P: Sale raciste !

VF : Mais ça va pas bien, non ?

P: Oh ça va, j’ai bien vu qu’ils flippaient parce que j’suis noire, tes mômes !

VF : Bah oui mais j’y peux rien si t’es très noire! Ils sont trop petits pour être racistes, t’es conne ou quoi ?

P: Pour moi, les enfants qui font des dessins pour Marine Le Pen, c’est des enculés de racistes.

VF : Qu’est-ce que c’est que ces conneries ??? J’ai JAMAIS eu de carte électorale de ma vie, putain. Mes enfants ne connaissent pas Marine Le Pen.

P: J’me casse, salope de facho !

Elle est partie sans demander à être payée. J’étais sur le cul.

Grumeau arrive vers moi et me tend son dessin.

VF : Tu l’as fait pour Marine parce que tu crois qu’elle est triste, j’parie…

G: Marine Le Pen.

VF : Marine A DE LA peine !

G: Prisca triste ?

VF : Bah ouais, Grumeau. Ouais.

CONNASSE DE MARINE.

Plutôt coucher avec les boches.

Pute: Décroche.

VF : Tu vois, c’est pour ça que j’en ai plein le cul de ce putain de téléphone, il sonne tout le temps. J’en ai plein le cul que les gens appellent. Je propose qu’on l’éclate contre le mur. Allô ?

Prolo : Salut ça va ?

VF : Ouais et toi ?

Prolo : Ouais ça va, tu te fais chier ?

VF : Ouais et toi ?

Prolo : Bah ouais. Il est là, Pourri ?

VF : Je te le passe. Bisous bécots.

Prolo : Bisous bécots.

VF : Puuuuuuuute, c’est ta BFF.

Pute : Ouais, Suintant.

Ça va ?

Hahahahahaha. Ouais.

Ouais.

Mais grave. Ouais.

Non mais c’est bon, je reprends lundi et si j’arrive à avoir le broyeur je ferai un gros chantier samedi, sinon je ferai un petit chantier.

Non mais ça va, j’te dis, juste faut pas me sauter sur les côtes. Et faut surtout pas me toucher le visage.

Gaffe aux branches, tu m’étonnes.

Ouais elle est toujours aussi chiante, je sais pas si elle vient. Mais elle a pas l’air de vouloir.

[ndlb : partir en « vacances ». 4 jours. À 4. Dans l’Iveco. Ce type est un malade mental.]

Bah en même temps, je vais te dire, Vomi, la dernière fois qu’on est partis dans le camion, on était parents depuis 3 mois. Encore complètement chtarbs, tu sais. C’était une boucherie. Le genre de vacances, tu reviens tu te respectes moins, tu vois ? Comprends qu’elle soit pas chaude pour renouveler l’expérience. Surtout que là c’est différent, ça fait quand même quatre vraies personnes dans 5m².

Moi personnellement, je suis pas vraiment pour qu’elle vienne si c’est pour rester dans le fourgon à écrire en faisant la gueule et en fumant des spliffs.

Non mais rêve pas.

D’où je te la prête ? Ça se prête pas. T’as qu’à prendre la tienne.

Hahaha. Crève. Jamais tu poses tes sales pattes sur elle.

Non, putain, je te prête pas ma lampe frontale. Tu te démerdes.

Ouais donc c’est majoritairement les femelles qui font chier, dans cette histoire.

Je sais pas quel âge elle a, tu me mets le doute… 15 mois ?

VF : 18 mois !!!

18 mois.

Ouais elle est marrante, ouais. Elle commence à parler. J’te jure. Quand elle veut un truc, elle dit « çaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa » en tendant le doigt mais genre t’as l’impression que c’est sa dernière volonté, quoi. Et elle s’arrache les cheveux aussi, pour jouer.

Non mais c’est ce que je dis à sa mère « Arrête de pousser des cris d’orfraie quand elle fait ça, tu l’encourages ».

Ouais.

Ouais.

Grumeau ? Bah Grumeau il exerce sa répartie. Il dit « ça me saoule » « laisse tomber » « c’est mort » « mais clair ».

Mais clair !

Il jacte n’importe comment rapport à sa mère qui lui parle comme c’était son petit frère, ça me saoule, j’te jure.

Ouais.

Nan elle a dit fuck pour le canoë.

Et genre le vélo aussi, elle a dit fuck.

Bah elle a dit qu’elle était pas montée sur un vélo depuis 1994.

Bah je sais pas, ce qu’on va faire.

Si, tu sais, de la pêche à marée basse, leur faire ramasser des crabes, des conneries. Ça je crois pas que ça soit trop PHYSIQUE pour elle.

Si, ça j’ai trouvé où ils allaient dormir. En fait j’ai chopé une planche, de la corde et un filet et je vais leur faire un lit suspendu au dessus du nôtre. Ou sous le lit au pire.

Oui la place du chien.

Sécurité et ergonomie, je suis bien d’accord.

Sinon j’avais une caisse en bois mais je me suis dit non quand même je vais pas percer la tôle, j’ai suffisamment galéré avec le toit-ouvrant.

Voilà. Qui fuit, en plus. Merci de le remarquer.

Sinon, je prends du PQ enroulé dans les vieilles toiles des eiperes diadèmes, ça fait un super isolant.

Mais parfaitement, toi-même tu sais.

Attends, je lui demande. VF ? Prolo veut savoir si tu seras réglée pendant le voyage ?

VF : Mais qu’est-ce que ça peut lui foutre ? Non.

Pute : Tu sais comment il est avec ses superstitions…

Elle a dit non.

Je sais pas trop, il y a du mépris sur son visage. Je suis pas sûr que ça puisse la fait rire. Mais lol.

Bon, je dois filer.

Ouais.

Toi aussi. Pareil la famille.

Salut, Vomissant.

VF : Un lit suspendu ?

Pute : Bah ouais. Ça va être nickel. Alors, tu viens ?

VF : …

Pute : …

VF : PLUTÔT COUCHER AVEC LES BOCHES .

La Licorne, cet être étrange et très pénétrable.

Bonjour petite chose sale et angoissée,

Au vu de mes expériences passées, amoureuses j’entends, je me pose certaines questions purement capitales telles que « L’intelligence, je m’en passerais peut-être très bien ou c’est juste une sensas? » « Finalement, ma grande gueule ne jouerait-elle pas contre moi? » « Oh et puis si ça tombe,  je me serai éclatée en CAP coiffure » (mate comme je te fais entrer dans la confidence) celui dans lequel le corps enseignant a proposé de m’envoyer à la fin de ma troisième sous prétexte que « Non elle est pas conne mais elle nous fait chier, prenez-la en techno et ce sera marre. » Mais ma mère devait avoir pour moi des desseins autres que le récurage des bacs à shampooing et des squames en veux-tu en voilà. Elle a dit « Non, prenez-la au lycée, elle fera très bien en Arts Pla. La preuve, elle se drogue ».  Dans les années 90, il s’agissait surtout de regarder une prof déguisée en Princesse Leïa se biturer au Jack avec toute la dévotion du culte et assener des verdicts terribles sur nos petites crottes en acrylique. Ma mère devait moyen apprécier la perspective que je tourne débile mentale et ces heures de profondes humiliations quant à mes atermoiements esthétiques devaient sonner comme la meilleure des écoles. Aussi, à cette époque, n’avais-je dans ma classe qu’une Licorne atteinte de troubles du comportement alimentaire.

Non pas que les coiffeuses soient toutes connes ou que toutes les Licornes soient coiffeuses. Y’a cependant un lien très évident que la compassion et sans doute un vieux fond de décence m’empêchent de formuler plus avant. Ce qui m’a amenée à me demander si je ne serais pas par hasard passée à côté de moi-même.

Pourquoi je te parle de ça? Parce qu’il y a une chose que je me dois d’avouer, de confesser et d’assumer publiquement: J’aurais aimé être une Licorne.

Portrait de ces femmes faites de pure magie.

Car c’est d’un véritable clan dont je parle. Un cercle fermé et intriguant, qui sent Anaïs-Anaïs et la pâte-à-modeler. Un univers magique où tout n’est que Justin Bieber, Marc Levy et Secret Story, où les Bisounours de l’enfance siègent en bout de plume comme pour juger ceux qui auront atterri là et où les posters d’équidés sont autant de pairs protecteurs et bienveillants. La Licorne, ma caille, c’est le rose ultime et l’ultra-féminin. C’est joie de vivre,  sexualité roudoudou et niaiserie de compétition. Elles se pavanent en banc aux concerts de Lily Allen, ce sont aussi les seules à encore se servir de myspace. La Licorne, c’est toujours doux et ça a des étoiles dans les globes oculaires, des vraies, et chacune sans exception a dans son portable un sms disant « Ton père est un sale voleur, il a pris toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux. » Ce texto, c’est l’équivalent du Bac Licorne. Si tu l’as pas t’en es pas une. C’est comme avec l’affiche de l’Enfant de Spencer Rowell. La Licorne, ça porte aussi des tampax Hello Kitty avec des leggings fushias, parce que les Licornes vénèrent le fushia, cette couleur de merde. La Licorne, si tu la lèches trop, t’auras les dents cariées. La Licorne, tu la croirais sortie d’un épisode de Plus Belle, la Vie. Bref, comme leurs amies imaginaires, ça sort tout droit d’un monde dans lequel les contes de fées existent.

Attendu que je me fais présentement l’effet d’un routier du Var dans le corps d’une mère de famille – autant pour le potentiel érotique que pour l’humeur – je me dis qu’il serait peut-être de bon ton de réfléchir à une stratégie de repliement et que devenir Licorne, après tout pourquoi pas. J’ai tenté de les rejoindre, ces putes vérolées, mais il me fallait d’abord réfléchir à ce qui les rendaient aussi irrésistibles. J’en ai rencontré et ces connasses sont terriblement attachantes avec leur regard de veau. Chaque fois, j’avais envie de leur demander un truc:
Dis, t’as pas joué dans Shrek? Mais je le faisais jamais parce que la Licorne n’a pas conscience qu’il existe plus d’un degré sur Terre. Elles auraient répondu: « Nan j’crwa pa. »

Bah j’ai trouvé et je vais te dire c’que c’est: LEUR PUTAIN D’OBSCÉNITÉ , voilà. Une Licorne, c’est complètement obscène. Je me mets deux secondes à la place d’un homme. Je vois une petite chose rose fagotée comme un arc-en-ciel qui est ok pour que je la culbute? Je la bouillave dans le quart d’heure suivant. Pour salir. Pour foutre le bordel dans ses mèches et pour avoir, une fois l’outrage commis, une petite chose douce et calme à caresser avec frénésie.

Et j’ai pu noter l’efficacité redoutable des atouts de Licorne. Tu me croiras si tu le veux mais j’ai juste eu à enfiler un t-shirt estampillé Petit Poney pour provoquer chez Pute le besoin immédiat de me sodomiser avec décadence.

« C’est magique, ça fonctionne vraiment! » me suis-je dit avant de regretter amèrement ce tout petit problème d’anus pas d’accord.

VF: Crayyyve, tu me la may pa dan le cu.
P: Tu m’excites PUTAIIIIIN, ALLEEEEEZ, juste le bout… fais pas ta pute.
VF: Vou disay toujours sa é cay pas vrayyy aprayyy vou maytay tous.
P: Rhaaaaaaaaaaa, viens ici! Où tu vas? VIENS  TOUT-DE-SUITE  PRENDRE  TA  PÉTÉE.
VF: Mé sa va pa nan? Espaysse de PAYRVAYRE !!! Lache-mwa… pa avent le maryage BORDAYL !
P: Oh ouais vas-y parle ! T’arrête surtout pas de parler.

J’étais à deux doigts (oui, je me l’autorise aussi, celle-ci. J’ai peur de rien.) de changer de taille et de prier Harry Potter quand j’ai eu la présence d’esprit de tomber le t-shirt et de me remettre à parler comme d’habitude.

VF: Bon ça suffit maintenant, merde à la fin! Tu prends les rabots qui te servent de pogne et tu vas te palucher comme un grand.
P: Quoi, quoi? Non mais qu’est-ce qui se passe? Non, merde, j’y étais presque, so unfair.
VF: Disons que j’ai fait une expérience un poil trop concluante pour mes petites limites. C’est pour le blog, tu vois?
P: Je déteste ton blog. Ton blog, je l’encule, okay?

Depuis, je ne l’ai plus revu…

Tout ça pour dire que depuis cette mésaventure, je ne remettrai plus jamais en doute le pouvoir magique de la Licornerie. C’est une chose à prendre avec beaucoup de sérieux qui n’est pas à la portée de la première gueuse venue. Moi-même, je suis incapable de revêtir le costume. Trop d’abnégation et une poésie que je n’ai pas pour continuer de faire vivre les  légendes.

Bless their heart.

Cool kids can’t die.

Je bloque sur le radio-réveil de Pute et je regarde une minute chasser l’autre.

L’appartement est vide et dérangé, les lumières sont restées allumées dans le salon.

10h22.

10h57.

Je me dis qu’il faut que j’aille à l’hôpital mais je n’en ai aucune envie ; il faut que j’aille le voir pourtant.

Ses jeans et chaussettes pavent notre chambre, je voudrais brûler ses fringues qu’il laisse traîner et jeter toutes ses affaires et tout ce qui lui est cher.

11h01.

Je n’ai pas envie d’aller le voir.

Dimanche en famille, nous rendons visite à ma soeur nouvellement installée dans une maison avec jardin, cocon résidentiel pour jeune famille.

Pute dit que la maison lui plaît, il essaie de faire fonctionner la gazinière toute neuve, il m’énerve en m’imitant parler aux enfants. Je gueule, il pose une main sur un nichon et l’autre sur ma bouche, susurrant à mon oreille un « Chuuuuuuuuuuut… Qu’est-ce qui nous arrive ?» qui m’énerve encore plus.

Les enfants courent après le chat. Fauve est grognon et réclame sans arrêt mes bras. Lazare, j’ai juste le temps de voir ses longues boucles blondes passer et repasser à la poursuite du félin. J’essaie d’installer le wifi avec mon beau-frère.

Il fait très lourd, ça n’a pas complètement pété et dans l’air, ce truc électrique et désagréable et poisseux. Un étourneau agonise sur le perron quand je sors fumer une cigarette.

Pute et les enfants sont dans le jardin, Fauve monte et descend les petites marches de pierres qui mènent au perron et Lazare décapite consciencieusement les roses. Mon beau-frère et Pute discutent en fumant.

11h11 .

L’étourneau est sec.

Il y a eu un bruit lourd et de la poussière d’un coup, un morceau de la maison se décrocher. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer. Les enfants ?

Je comprends pas pourquoi Pute est par terre avec les yeux grand ouverts, les yeux effrayés et fixes. Je comprends pas pourquoi il y a du sang qui coule de son nez vers ses oreilles. Ou pourquoi ses lèvres ont explosé. Il y a des cris partout. J’entends ceux de ma soeur qui me rappellent des souvenirs de funérarium. Il y en a d’autres, ce sont les miens. Et ceux de ma fille aussi. Qu’est-ce qu’elle fait dans mes bras ? J’étais en train de fumer une cigarette.

Panique.

« Appelle-les pompiers ».

Mon beau-frère fait rentrer les enfants, je les entends crier à l’intérieur de la maison.

Pute a l’air tout petit comme ça par terre. Il devient gris. Son coeur bat très vite et son ventre sursaute bizarrement.

Ma soeur hurle dans le téléphone et fini par me le passer. La voix hurlante change à peine pour le pompier au bout du fil. Lui non plus il ne comprend pas. Je lui dis que je n’ai pas envie de parler, qu’il se taise avec ses questions stupides et qu’il envoie du secours tout-de-suite. Il veut que je lui explique ce qu’il s’est passé.

Pute a sauté pour essayer d’attraper une corniche sous une fenêtre. La corniche est tombée sur lui et maintenant il est par terre. On dirait qu’il va mourir.

Des cernes se creusent à vue d’oeil sur son visage, ses ongles sont cassés et fendus, la chair éclatée de sa bouche qui déborde, du sang sur ses dents. Il tremble.

Je me dis étrangement que c’était inévitable.

Que c’est ce qui arrive dans ma famille, les gens meurent tout-le-temps. Je me rends compte que je n’ai pas perdu l’habitude de ces sentiments-là.

Pute a peur. C’est la première fois que je vois ça dans son regard. Pute n’a jamais peur et encore moins pour lui.

Les pompiers n’arrivent pas.

Ils arrivent enfin. Ça dure une éternité avant qu’ils ne l’emmènent. Lazare a mouillé son pantalon, mes enfants sont dans la chambre de mon neveu. Lazare répète en boucle que son père s’est fait mal, comme lui la semaine dernière quand il est tombé de la cabane dans l’arbre. Je dis que sa soeur et lui vont aller chez leur nourrice pour que j’accompagne leur père chez le médecin qui va le réparer. Fauve est inquiète, elle a dix-huit mois. Je referme la porte sur ses pleurs qui jaillissent, je reviens. Claudine arrive quand les pompiers partent, je ne pense pas à les embrasser. Je leur dis que je reviens avec leurs doudous.

Quand j’arrive à l’hôpital, ils lui font passer un scanner. Je me mets à hurler sur trois weshs qui foutent le bordel dans la salle d’attente.

« Fermez vos putain de gueules, les troubadours. »

Ils l’emmènent en soins intensifs j’entends « poumon perforé » « côtes cassées » « contusion » « vérifier ses constantes toute la nuit » « intervention » « rentrez chez vous ».

J’obéis .

Je ne dors pas.

Je prépare une valise. Une valise pour moi.

Je bloque sur le radio-réveil de Pute.

11h50.

Il faut que j’aille le voir.

Appelle-moi Marc Toesca et insulte-moi en serbe pour l’amour des 80’s.

Salut les p’tits clous,

Nan je suis pas revenue, c’est une vision de l’esprit. Mais je te vois tout malheureux là devant ton écran et ça me brise le coeur. Donc mettons que j’organise une boum de break, t’es invité(e), c’est bath, nan? Y’a du Tang à foison, du Ricqlès, du Pacific et des Frizzy-Pazzi. Dans le fond de la salle y’a même un ghetto-blaster, tout le monde est habillé comme les chanteurs de Wham!.

Par contre, si tu as moins de 20 ans, tu risques de te sentir seul(e) parce que je vais parler de trucs qui ne te seront sûrement pas familiers.   Est-ce que tu savais que j’ai une passion pour Cindy Lauper?

Grosse révélation, Cindy Lauper. Y’a clairement eu un avant/après, dans ma vie. Elle y a mis des licornes et des arc-en-ciel et des têtes de mort, dans ma vie, cette catin décoiffée. Donc je l’aime même si elle ressemble au cul d’un cairn terrier. Maintenant tu vas peut-être comprendre pourquoi le « Insulte-moi en serbe », je préfère la version de Lauper à celle de Brel… Même pas peur.

Mais ne nous égarons pas. C’est une boum de break française pour l’amour des 80’s. Et c’est quoi les 80’s en France? C’est avant tout des chanteurs qui portent tout plein de prénoms avec « François » dedans… comme Jean-Pierre François…

François Valéry…

Ou Frédéric François…

Là, Y’a Lulu et Nora qui se roulent des pelles parce qu’elles en peuvent plus d’amour l’une pour l’autre. Philippe De Thrace met le feu au dancefloor. Papaye et Olympe ont échangé leur mec, Antoine est bourré et entretient l’Ecrevisse de l’affaire DSK mais ça c’est parce qu’ils sont timides. Ils osent pas danser alors ils font juste des mouvements de tête et des tapotis des pieds, même pas en rythme… ces grosses looses. Et puis Branleur, il arrive pas à serrer alors il demande autre chose que des slows.

Donc, je mets ça… qui déchire un peu quand même…

et pis j’enchaîne avec Julie Piétri

Chanson qui a le mérite de rapprocher Maxagaz de la Bretonne, Filoute de Marian, Sam Lowry de Manon Sauvage. C’est moi qui fait les couples. Dance, little puppets, dance!

Vous êtes tous bourrés. Et déchaînés. Et vous me balancez vos culottes.

C’est là que résonnent les premiers accords de …

Avouez que vous êtes tous en train de chialer comme des veaux…
Bien sûr, je me barre comme une fleur. Pour l’amour des 80’s, mes ptits veaux, merci pour vos messages.

Babaille.

PS: Cela dit il est fort probable que je revienne vite vers toi. Pute va visiter une maison dans une bourgade qu’a même pas de bar-tabac, il s’est mis dans la tête de nous y faire vivre. Genre, oui. C’est le mot que tu cherches…

Fermer son blog, c’est partir un peu.

Salut,

Vous l’avez peut-être remarqué mais j’ai fermé le blog hier et désactivé mon compte Facebook. Pas Twitter parce que, soyons honnêtes, d’une il ne me sert pas à grand chose et de deux, je suis même pas sûre de savoir comment faire. Bref, j’aurais pu ignorer vos mails à base de « Pourquoi mais POURQUOI? » et autres « Faut sucer qui pour avoir accès au site? » mais comme je suis pas complètement la dernière des dernières, je me suis dit que tout ça valait bien une petite explication. Que c’était pas urbain de se casser sans rien dire.

Pourquoi je fais du laule à la base? Je ne vais pas vous refaire le couplet dramatique du « J’ai pas de boulot + ça va pas + Oh la la, la vie c’est dur ». Jusqu’à présent, tourner mes petites emmerdes en dérision me permettait de passer outre, de me marrer et j’avais la chance que ce blog fédère une communauté de gens sympa et drôles.

Mais depuis quelques semaines, j’ai plus vraiment l’énergie de tourner mes emmerdes en laule. Mes articles ont perdu en qualité, je reste de mauvais poil et l’ambiance  est devenue délétère.

Je me permets donc d’annoncer que j’arrête de bloguer un moment, le temps de me refaire un stock de blagounettes. Je le dis pour deux raisons: Parce que j’ai un esprit de contradiction tellement développé qu’annoncer que j’arrête est sans doute le meilleur moyen pour que je reprenne et aussi parce que même si je ne le montre pas des masses, je respecte suffisamment mes lecteurs pour arrêter de leur pondre de la merde jour après jour simplement pour garder la cadence.

Voilà, mes agneaux.

Merci pour vos mails et kiss sur vos genitals.

Petit manuel de la rupture à l’usage des hommes peu inspirés.

Hier, en taillant le bout de gras sur mon réseau social favori, une fille m’a offert en messagerie instantanée la chose la plus drôle qu’il m’est été donné de lire depuis un bail. Elle me dit : « Tu sais pas la dernière, je suis en train de me faire larguer » ce à quoi j’ai répondu un laconique « Oh merde, dis donc ». Elle me fait « Ouais mais attends, c’est pas ça le plus drôle. Le plus drôle, c’est qu’il me demande comment faire. » « KEEEEEUWAAAAA ??? », que j’ai fait, parce que j’étais pas sûre de bien comprendre. « Ouais, ouais, il me demande comment faire pour me larguer. ». D’abord, j’ai cru que j’allais m’évanouir et puis j’ai éclaté de rire, même que j’ai fait « lol », c’pour dire, quoi.

Je l’avais jamais entendue celle-là. Ça, c’est de l’inédit. Mais c’est limite brillant, imagine qu’on te dise ça : « Chéri(e), j’ai envie de te larguer, tu préfères quoi ? ». Ce concept a le mérite non négligeable de sortir des horribles : « Notre amour est impossible » et autres « C’est pas toi, c’est moi ». Ce qui me séduit dans cette idée, c’est la volonté du larguant à être arrangeant . Qu’est-ce qui te ferait le moins mal ? Tu préférerais avoir des dents en bois ou une jambe en mousse ? Parce que si dans la volonté de ménager celui ou celle dont on souhaite se défaire, le « C’est pas toi, c’est moi » est insupportable et hypocrite, le « Comment te larguer, mon amour ? » est progressiste et bienveillant, dès lors que l’on ferme les yeux sur le tragique manque d’imagination face au crucial, comme les éternels : « On bouffe quoi, ce soir ? » « Chais pas, t’as envie d’quoi ? »

Pour tous les hommes qui butent face à cette question, quelques recettes de bon aloi :

« Je suis homosexuel » : Oui, tout-à-fait. Loin d’être l’insulte ultime pour celle qui voit plus loin que le bout de son nez, le « Je suis gay, finalement » est imparable. En effet, le problème alors n’étant pas la fille en tant que personne mais justement son genre, le fait qu’il lui manque trois pièces à sa parure. Comment se sentir vraiment mal ou culpabiliser ? « C’est pas ma faute, je ne peux pas rivaliser. Ça n’a effectivement rien à voir avec moi. Sois heureux mon amour. » Bon, sans doute pas « Sois heureux » mais bon, ça, ça ménage. Cette excuse préservera l’orgueil de la demoiselle. Le plus crédibilité : Soyez de plus en plus tactile avec votre entourage masculin.

« Je veux entrer en religion » : Dites-lui combien il était bouleversant d’avoir été « appelé », combien la force de cet appel et l’amour de Dieu vous ont tout-de-suite comblé. Et comme l’esprit est faible et la chair corruptible, finalement. Que Jésus a payé sur la croix pour racheter tous les péchés des hommes, cette bonne pâte. Que la moindre des choses est de lui rendre grâce ad vitam aeternam en acceptant de se défaire des vices, de faire voeu de pauvreté, de charité et d’abstinence, jusqu’à la fin du monde, le 21 décembre 2012, comme ils l’avaient prédit ces foutus mayas. Cette excuse suscitera une peur bleue chez la meuf. Le plus crédibilité : Accrochez une icône de Sainte Catherine de Sienne à votre rétroviseur, ou un chapelet, écoutez Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois.

« J’ai enfin trouvé ma vocation, acteur porno » : ne fonctionne bien évidement que sur celles qui vomissent le porn. Avouez-lui que vous n’envisagez d’être heureux qu’après une journée levrette-double-péné-bukake-sodomie, que sans porn la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, que le porn c’est la vie, le sel de la terre… Que vous devez à l’humanité de partager ce membre dont la nature vous a pourvu dans son infini génie des choses drôlement bien faites. Cette excuse suscitera le dégoût chez votre future-ex-partenaire. Le plus crédibilité : Strings + bronzage + épilation intégrale. Et mettez vous à boire du Gatorade et à faire des pompes.

« J’ai décidé de rejoindre le cabinet de Marine Le Pen » : Parce que cette femme est totalement incomprise et qu’il est injuste de voir un grand esprit ramer toute seule comme une pauvresse. Que ses idées brillantes vous donnent envie de la suivre. Que la France est aux français et que de toutes façons, pourquoi tu crois que t’as pas de taff, ma chérie ? Bah ouais, les étrangers. Et le vélo qu ‘a disparut de la cave, c’est le roms, cherche pas. Cette excuse suscitera un dégoût profond chez la single-to-be. Le plus crédibilité : Hurlez de joie en clamant que « ça y eeeeeeeeest Marine me suit sur Twitter ♥ ♥ ♥ »

Bien sûr, ça peut se décliner à l’infini mais vois-tu je n’ai pas toute la journée. Le principal tu l’auras compris : pour une rupture propre, une rupture cool, valorise-la. Quand même, tu la largues, la moindre des choses est de lui faire croire que t’es une sombre merde à côté de la femme qu’elle est, non ?

Enfin, j’dis ça…

Venge-toi, le ciel t’aidera.

Lecteur,

Il m’est venu une grande idée pour me sortir de la merde pécunière noire dans laquelle je suis. Cette grande idée faisait partie des 250 autres que j’ai par heure mais celle-ci avait la particularité de réunir beaucoup de choses que j’aime : l’humour, la vanne et les intrigues tout en exploitant la misère affective des gens. LE PIED, QUOI.

Je crois que ça a commencé quand j’ai appelé un numéro de voyance « gratuite » à 0,35cents/min pour insulter un médium. Ça aussi j’aime bien, insulter les voyants. Donc comme je voulais en faire un billet j’ai rappelé : cette fois-là c’était Eléanore. Bref, pendant que j’étais « mise en attente » je pouvais écouter les tirages des miséreux de la vie, à base de beaucoup d’accent du nord et de rencontres internet.

Ça a duré un certain temps. J’ai d’abord écouté une certaine Karine faire le récit de toutes les dernières rencontres qu’elle avait faites sur Badoo et demander son avis à Eléanore, la voyante qui lâche deux minutes de silence entre chaque mot qu’elle prononce.

La Catch phrase d’Eléanore ? « Ce. Qui. Me. Dérange. C’est. La. Vibration. »

Finalement Karine n’en avait rien à foutre de ce que pouvait penser Eléanore la voyante, elle avait besoin d’une amie, d’une oreille qui écouterait l’histoire de tous ces hommes qui ne la rappellent pas, qui ne veulent pas coucher avec elle, qui sont mariés.

La deuxième était lilloise, donc appelons-la Lilloise. Lilloise, d’après ce que j’ai pu en comprendre avec son accent de tarée, voulait savoir quand elle se ferait expulser et si son proprio était bien marabouté comme convenu. Parce que sa bite aurait du tomber à l’heure qu’il est.

La Catch phrase d’Eléanore ? « Les. Cartes. Me. Disent. Que. Ça. Devrait. Tomber. Courant. Mai. »

Lilloise, elle a demandé si elle parlait de l’expulsion ou de la bite du proprio. Et c’est là que j’ai été mise en relation avec Eléanore.

Qui m’a fait des « révélations ». Et que finalement, j’ai pas insultée.

Parfaitement.

Bref, mon idée géniale.

Au lieu de proposer à ces miséreux de la vie des prédictions aussi discutables que les chaussettes de Pute après une journée de taf, je me fais forte de proposer des VENGEANCES. Parce que j’adore fomenter des gros coups de salope, dans ces cas-là, j’ai pas de race. Seulement attendu que je ne suis pas une vraie méchante, il est rare que je me venge moi-même. Disons qu’il faut avoir sérieusement merdé genre tu me piques mon donut ou tu me dis que je suis normande, par exemple. Mais attention, je propose pas des vengeances de pucelle hein, du truc lourd, du sérieux et de la classe. Il existe tellement de gens qui ne savent pas se défendre, je serai leur Sailor Moon.

Tu cherches une réplique qui tue? Une idée pour réclamer réparation? Tu veux du duel stylé? De la bagarre? Tu cherches à tuer moralement quelqu’un mais tu ne sais pas comment faire? Tu veux te venger mais t’as pas assez de jugeote ou de courage pour le faire tout seul? C’est du coatching de « T’vas voir ta gueule ».

VIENS ME VOIR.

Même que j’offre les devis.

Les premiers prix sont abordables, comme le pack Fortune Cookie qui te permet de faire passer des messages avec classe, humour et discrétion.

Alors bien sûr, je fais la version française, hein… C’est juste que mon goût pour les répliques et la malveillance, il est international.

Je tiens un concept, non?

My Own Private Nervous Breakdown.

Lecteur,

Sache que je ne suis aujourd’hui que désespoir et vacuité, déjà parce qu’on est dimanche et ensuite parce que au choix : j’ai TOUJOURS pas de taff, j’ai pris trois kilos, je rentre chez moi et je ne suis pas totalement satisfaite de mes nichons.  Bref, je suis pas du tout contente. Hier soir, j’étais chez ma soeur cette grosse teupu que le diable l’emporte et l’encule sauvagement dans la mangrove et c’était un peu la dernière fois où je squattais sa bz avant qu’elle ne fasse l’erreur ultime de quitter Paris pour emménager dans mon bled. Je devrais être contente ? Je devrais me réjouir que nos enfants aient la chance de grandir côte à côte ? Mon cul ouais. Parfaitement. D’OÙ ELLE SE CASSE ?

Genre mon exemple lui a pas suffit. Et comme il y a quatre ans, elle m’a fait une sèremi avant que je ne laisse mon appart pourri du 11ème, je m’applique donc à lui rendre la monnaie de sa pièce et à passer mes nerfs tout frustrés donc tu m’excuseras mais : PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, t’es qu’une PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE, PUTE. Avant de partir, pendant que je faisais un doigt discret à mon neveu, elle m’a dit « En fait, tu veux pas grandir ». Moi je dis que de la part de quelqu’un qui a chanté avec moi « Partir là-bas » d’un bout à l’autre pas plus tard que la veille, je trouve ça un tout petit peu déplacé mais passons.

Lire la suite

Pute et Prolo, sailors.

Je me souviens quand je disais à Pute : « Pute, tellement on fait plus rien ensemble, j’te jure, on a de la croûte qui commence à se former. Mais non, pas n’importe quoi. Tiens, je la vois d’ici ta croûte, dans ton coeur et là, tu sais, où t’as plus de cheveux. ». Ce à quoi Pute rétorquait souvent « Si je ne t’emmène pas en vacances, c’est justement parce que j’en ai besoin [de vacances] et on est pas de ces couples qui s’aiment d’un amour tendre en se bavant des choses gentilles dans les écoutilles. On est le genre de couples qui s’aiment mais de loin et de préférence pas ensemble. ». Pute, il m’emmène jamais dans ses activités physiques et sportives parce qu’il pense que je ne suis ni physique ni sportive et je ne peux décemment lui en tenir rigueur. J’emmène jamais Pute avec moi non plus parce qu’il conchie Paris, qu’il n’aime ni la littérature, ni les bars, ni les tatouages. Là, tu te dis « qu’est-ce qu’ils branlent encore ensemble ces deux-là ? ». Et je dois t’avouer que régulièrement, Pute et moi nous asseyons pour deviser de ces choses-là. Il ressort de ces debriefings que si on est encore ensemble, c’est parce que Pute tient absolument à me tromper avec la sluty secrétaire asiatique qu’il embauchera quand il aura quarante ans et aussi parce que je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir collé des mômes, donc je m’applique à faire de son existence un chemin tord pavé d’embûches et de jouets Playschool qui font du bruit.

Putain, où est-ce que je voulais en venir ?

Lire la suite

Top 30 des choses indispensables à faire avant 30 ans.

Comme tu le sais, petite purge, les années passent et bientôt, on sera tous morts.

Oui, bonjour.

Même pas tu peux savoir à quel point ça me perturbe. Parce que je vais avoir 29 ans vendredi et que non seulement tout le monde s’en cogne (Pute le premier) mais personne ne semble s’émouvoir de cette tragédie : je suis en train de mourir et chaque jour, je me rapproche davantage de la coquille vide que de la jeune pousse. C’t’affreux. Le 15 avril prochain, 70 ans après le naufrage du Titanic (Je m’envisage comme la réincarnation de Kate Winslet) il ne me restera qu’un an de jeunesse, après je basculerai dans l’horrible trentaine. L’horrible Trentaine, ses gueules de bois à rallonge, ses regrets, ses amertumes. Un an avant de rendre les armes. Un an avant la mort de l’âme. Un an avant de plier bagages sur l’idée de ma vingtaine. Un an avant de commencer à mentir sur mon âge. Un an avant que n’entre dans ma vie cette saloperie d’acide hyaluronique. Parce que le jour où j’achèterai un produit anti-rides, lecteur, ce jour-là, bute-moi avec une pelle.

Lire la suite

Fais-toi plaisir.

Lecteur mon ami,

Tu sais quand tu te dis que « ta vie c’est de la merde et que tu l’échangerais bien contre celle du roi du Maroc »?

Tu sais quand tu te dis que t’aimerais bien adopter mes enfants mais qu’après tu te reprends en te disant que c’est weird de vouloir adopter mes mômes?

Tu sais quand tu te dis que ça serait TROP génial d’avoir un truc qui m’appartient? Mais que comme je mets jamais de culotte, t’aurais quand même grave la rue Michel avec un truc doux et chaud et vibrant?

Bah je t’explique même pas comment je vais faire ton bonheur…

Lire la suite

Adolescente.

Oh my… comme on dit.

Depuis plusieurs semaines et va savoir pourquoi, sans doute l’approche du printemps qui me fait neuf fois sur dix péter un câble, j’ai senti s’opérer chez moi une sorte de méga-régression comportementale. Depuis plusieurs semaines, j’ai seize ans et demi.

Et qu’est-ce que je faisais, à l’époque, quand j’avais seize ans et demi ?

J’allais pas en cours : Non, à la place, je traînais avec des copines de défonce près du monument aux morts. On était trop rebelles avec nos bouteilles de rosé et on déclamait du Sylvia Plath et du Shelley et ce poème trop mortel d’Emily Brontë à base de « Tell me, tell me smiling child, what the past is like to thee » en prenant des mines qui se voulaient tellement pénétrées. Je faisais de l’Art aussi. J’étais trop dark comme adolescente. Phrase choc: « T’façon t’y comprends rien à Marguerite Duras, t’es mort à l’intérieur »

Today : J’ai arrêté de m’occuper de tout un tas de trucs dont je suis censée m’occuper. Comme l’entretien de l’appart qui me rappelle étrangement le squat malien dans lequel vivait Pute fut un temps. Je déclame les Tarahumaras devant un Pute atterré en buvant de la Amstel Light et en lâchant régulièrement des « pffff » découragés. Phrase choc: « T’façon t’y comprends rien à Antonin Artaud, t’es mort à l’intérieur. »

Lire la suite

Top 5 des filles que j’aimerais bien les buter un peu, parce que je ne leur ressemble pas.

Voilà, un peu plus de légèreté aujourd’hui. Je vais parler aux femmes là mais si t’es un mec, c’est pas grave tu peux rester et regarder. Je sais pas si ça te fait pareil, grosse. Oui, forcément. On peut être tout-à-fait satisfaite de son apparence, ou raisonnablement satisfaite, il n’empêche qu’on changerait bien notre tête contre celle de certaines filles. Attendu que Volte-Face était une croûte sans nom, que la chirurgie esthétique est risquée combo coûte un bras, que personne n’a encore inventé le moyen de se réveiller avec le visage parfait et que de toute façon on sait jamais on peut regretter après, moi quand je les vois, ça me donne envie de les brutaliser. C’est un peu comme quand j’ai envie de buter un panda, ces choses fragiles et précieuses et un peu connes.

Bitchons ensemble, veux-tu, sur ces créatures mensongères et insolentes qui nous donnent parfois l’impression d’être une blette, à côté. Mon Top Five inutile du printemps et du mardi je peux pas écrire pendant trois plombes rapport j’ai mes mômes, c’est parti.

#5: Jennifer Connelly.

Jennifer Connelly, j’ai mis du temps à comprendre pourquoi elle m’énervait comme ça. Y’avait une gêne quand je la regardais, une envie de planter les ongles. J’ai finalement compris qu’elle était très belle. Ce que je lui ferais? Un truc avec une batte de baseball, je pense. Yankee style.

Lire la suite

Je veux rouler une pelle à Marc-André Grondin avant mes trente ans.

Dans un mois, j’ai 29 ans. Est-ce qu’il existe un âge plus pourri que celui-là?

Dans un mois, il me restera un an pour faire tous les trucs débiles que je m’étais promis de faire avant d’entrer dans cet espace-temps bizarre et nostalgique qu’est la trentaine. Et il me reste plein de trucs débiles à faire, j’aurais jamais le temps, bordel. J’ai été conne, rouler une pelle à Marc-André Grondin, ça se prépare un minimum, merde…

« ELLE. Vous trouvez-vous beau ?
M.-A.G. Pas particulièrement, mais je ne me trouve pas moche, je suis content avec ce que je suis. De toute façon, je ne peux pas me permettre de jouer cette carte là, car, dans les bars, personne ne me remarque. Je ne me fais jamais draguer. »

J’ai envie de lui dire « Attends un peu, ça va venir »

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :